Tour du Mont Blanc : la France impose une réservation obligatoire pour stopper 90 000 randonneurs

Chaque été, des dizaines de milliers de marcheurs s’élancent sur les sentiers qui encerclent le Mont Blanc. Un décor de carte postale, entre France, Italie et Suisse, qui attire toujours plus de monde. Sauf que derrière les photos léchées, une réalité beaucoup moins glamour s’est installée sur les 170 kilomètres du parcours, et les autorités françaises ont fini par dire stop.
Un sentier pris d’assaut, des refuges saturés
Le Tour du Mont Blanc a longtemps été une randonnée d’initiés, capable de se compléter en une bonne semaine. Ce n’est plus le cas. Environ 90 000 personnes ont emprunté le circuit cet été, contre 60 000 en 2022, une hausse qui rappelle d’autres tensions observées ailleurs, comme lors de cette croisière en Alaska où des passagers s’étaient retrouvés bloqués faute d’anticipation.
Jean-Marc Peillex, président de la Fédération des communautés de communes du pays du Mont-Blanc, décrit des randonneurs marchant à moins d’un mètre les uns des autres certains jours. Les hébergements, eux, explosent en amont : certains sites de bivouac affichent complet un an à l’avance. Un engorgement qui rappelle, à l’échelle du tourisme mondial, ces annulations en cascade qui touchent aussi le secteur aérien cet été.
Résultat : des campements sauvages fleurissent sur des terrains privés quand les refuges et bivouacs officiels affichent complet. Certains propriétaires, à bout, installent du grillage pour empêcher les tentes de s’inviter dans leur jardin.
Réservation obligatoire, sacs à dos imposés, brigade verte
Face à cette pression, les autorités françaises ont dévoilé cette semaine un projet de règles inédites. Pour marcher sur le sentier, il faudra désormais justifier d’une réservation : hôtel, refuge, site de bivouac ou tout autre hébergement. Une logique de contrôle qui n’est pas sans rappeler d’autres mesures prises face à la surconsommation, à l’image des arbitrages autour du jour du dépassement en France.
Autre changement de taille : seuls les sacs à dos de randonnée seront tolérés sur le parcours. Fini les grosses valises à roulettes, tractées en taxi d’un refuge à l’autre, une pratique qui avait choqué les gestionnaires de gîtes locaux.
Certains randonneurs sont même accusés d’avoir prétendu boucler tout le circuit à pied alors qu’ils en parcouraient de larges portions en voiture. Un gérant de refuge raconte avoir reçu des plaintes de clients venant de grimper 1 000 mètres de dénivelé… et se plaignant de l’absence d’ascenseur.
Un autre lui aurait demandé si son établissement disposait d’un spa. Une désinvolture qui n’est pas sans écho avec certaines polémiques du secteur, comme ce litige évité de justesse chez Volotea après achat.

Amendes, déchets et le vrai visage du problème
Pour faire respecter ces règles, une équipe surnommée la « brigade verte » sera chargée des contrôles et pourra distribuer des amendes. Le montant exact reste à fixer, mais Jean-Marc Peillex évoque un plancher d’au moins 35 euros, et probablement bien plus pour les cas les plus graves.
Les taxis, eux, ne pourront transporter les sacs des marcheurs qu’à certaines heures, sans doute le matin et le soir, histoire de limiter les allers-retours motorisés sur les petites routes qui longent des sentiers autrefois réservés aux amateurs de coins de forêt discrets.
Mais la vraie urgence, ce sont les déchets. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des lingettes usagées, du papier toilette et des excréments abandonnés le long du tracé. Une randonneuse y explique avoir trouvé une « quantité astronomique » de déchets intimes et appelle les marcheurs à garder un petit sac pour tout ramener jusqu’à une poubelle.
Pierre Arpin, gérant d’un hôtel à Bourg-Saint-Maurice, a confié au Monde retrouver du papier toilette sous chaque pierre des zones de bivouac sauvage. Le plan prévoit aussi de ne plus construire de nouveaux hébergements sur le circuit, quitte à concentrer davantage la fréquentation sur les sites existants — un massif qui n’a rien à envier aux plus longs cours d’eau du pays classés parmi les 7 fleuves et rivières les plus longs de France.
Certains maires locaux s’opposent déjà au projet, jugeant le Tour du Mont Blanc devenu vital pour l’économie de leur commune. Reste une inconnue de taille : aucun signe pour l’instant que la Suisse ou l’Italie, traversées par le même sentier, adopteront les mêmes règles. Le massif le plus célèbre d’Europe pourrait bien devenir, l’an prochain, un terrain d’expérimentation à trois vitesses.