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Ryanair, Lufthansa, Transavia… La liste des compagnies qui suppriment des vols cet été s’allonge

Publié par Ambre Détoit le 29 Avr 2026 à 13:00

Le kérosène flambe, les compagnies taillent dans leurs programmes. Lufthansa vient d’annoncer la suppression de 20 000 vols d’ici fin octobre. Transavia, Ryanair, Volotea… Chacune réduit la voilure à sa manière. Et le commissaire européen à l’Énergie prévient déjà : les vacances de beaucoup de Français risquent d’en prendre un coup. Tour d’horizon compagnie par compagnie, pour savoir exactement où ça coupe — et pourquoi c’est loin d’être fini.

Pourquoi le ciel européen se vide cet été

Le problème tient en un mot : le détroit d’Ormuz. Tant que le conflit empêche l’importation de pétrole et de kérosène depuis les pays du Golfe, le carburant aérien reste à des niveaux historiquement élevés. Les compagnies qui n’ont pas signé de contrats de couverture — pour acheter leur kérosène à prix fixe — encaissent la hausse de plein fouet.

Ravitaillement en kérosène d'un avion sur le tarmac

Et les prix des billets ne suffisent pas à compenser. Les compagnies low cost, qui contrôlent un bon tiers du marché mondial, disposent de marges trop fines pour absorber le choc. Résultat : les vols les moins rentables passent à la trappe. Surtout ceux de la haute saison estivale, quand les programmes sont les plus ambitieux.

« Hélas, il est probable que les vacances de beaucoup de gens seront touchées, soit par des annulations de vols, soit par des prix des billets très, très élevés », prévenait le 22 avril sur SkyNews le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen. Le ton est posé, mais le message est clair : ce n’est pas un ajustement technique, c’est une crise qui touche toute l’Europe.

L’analyste financier Dudley Shanley, de la banque d’affaires Goodbody, confirme à l’AFP : « Si les prix du kérosène restent à ces niveaux, il faudra encore un peu tailler chez les compagnies low cost. » Autrement dit, les suppressions actuelles ne sont peut-être que le début.

Lufthansa frappe le plus fort : 20 000 vols supprimés

C’est la mesure la plus spectaculaire du secteur. Le groupe allemand Lufthansa a annoncé la suppression de 20 000 vols d’ici fin octobre 2026. Pas un ajustement à la marge : la compagnie va jusqu’à arrêter sa filiale régionale CityLine.

Vingt mille vols, ça représente des dizaines de milliers de passagers recalés ou redirigés. Et ce n’est pas un cas isolé. Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large qui touche l’ensemble du ciel européen. Les compagnies qui avaient parié sur une reprise post-Covid sont rattrapées par la géopolitique.

Porte d'embarquement vide dans un aéroport européen

Le patron de Wizz Air, Jozsef Varadi, observe la scène depuis Budapest avec un cynisme assumé. « Nous ne supprimons pas de capacités, parce que je pense que les autres en supprimeront », lançait-il jeudi depuis Berlin, cité par Aviation Week. Sa philosophie : « Pas besoin de courir plus vite que l’ours, mais il faut aller plus vite que le type à côté. » Traduction : chaque compagnie attend que les concurrents réduisent d’abord.

Sauf que chez Lufthansa, la décision est déjà prise. Et elle fait déjà trembler les voyageurs qui comptaient sur des liaisons régionales pour rejoindre leur destination cet été.

Transavia, Ryanair, Volotea : qui coupe quoi exactement ?

Côté franco-néerlandais, Air France-KLM a annoncé dimanche l’annulation de 2 % des vols de Transavia en mai et juin. KLM, de son côté, limite la casse à moins de 1 % de ses vols européens. La différence de traitement dit tout : Transavia, en tant que filiale low cost, a moins de marge et trinque en premier.

Ryanair joue une partition différente. La compagnie irlandaise n’invoque pas le kérosène mais une « fiscalité stupide » en Allemagne pour réduire de moitié son programme au départ de Berlin. Cette mesure prendra effet en octobre. En parallèle, elle réduit de 10 % ses vols depuis Dublin cet été, en pointant du doigt le manque de capacités de l’aéroport.

Son patron Michael O’Leary ne mâche pas ses mots. Mi-avril, il confiait à des journalistes italiens que « l’activité connaissait un boom cette année » jusqu’aux attaques contre l’Iran le 28 février. Depuis, les voyageurs hésitent. « Nous pensons que les gens se retiennent de prendre leurs réservations », admet-il. Le patron de Ryanair avait d’ailleurs alerté sur le risque de faillites dans le secteur.

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Chez Volotea, l’ajustement est arrivé très tôt. Dès le 1er avril, l’espagnole a annoncé la suppression de près de 1 % de ses vols sur les six mois à venir. Un geste modeste en apparence, mais révélateur d’une tendance générale : personne ne veut être le dernier à réagir.

Les compagnies hors Europe n’échappent pas au couperet

Le phénomène dépasse largement le Vieux Continent. La canadienne Air Transat, spécialiste du tourisme de masse, a abaissé de 6 % son programme de vols entre mai et octobre. Six pour cent, ça ne semble pas énorme — sauf quand on parle de centaines de milliers de sièges en pleine saison.

En Asie, la thaïlandaise Air Asia X a annoncé vendredi la suppression de certains vols, voire de liaisons entières. Bangkok Don Muang-Shanghai, par exemple, ne sera plus desservie. La compagnie n’a donné aucun chiffre global, ce qui laisse penser que d’autres coupes pourraient suivre. Pour ceux qui avaient déjà réservé leur billet, la question des suppléments carburant se pose aussi.

Les compagnies européennes, elles, ont un avantage : beaucoup ont signé des contrats de couverture qui les protègent partiellement de la flambée du kérosène. C’est d’ailleurs ce qui explique la différence entre KLM (moins de 1 % de suppressions) et Air Transat (6 %). Mais cette protection a ses limites. Si le conflit dure, les contrats expireront et les prix réels finiront par rattraper tout le monde.

« Réservez tôt » : le seul conseil qui vaille ?

L’instagrammeuse voyage Karen Schaler (@traveltherapy) a résumé la situation en une phrase le 25 avril : « Les compagnies aériennes suppriment des milliers de vols en ce moment même. » Son conseil aux voyageurs : réserver le plus tôt possible.

Voyageuse inquiète consultant son téléphone à l'aéroport

Un conseil validé, au fond, par le patron de Ryanair lui-même. O’Leary observe que les voyageurs « se retiennent » — et c’est précisément ce qui aggrave le problème. Moins de réservations signifie moins de recettes, ce qui justifie encore plus de suppressions. Un cercle vicieux dont les low cost sont les premières victimes.

Concrètement, si vous avez prévu de voyager cet été, plusieurs réflexes s’imposent. D’abord, vérifier régulièrement le statut de votre vol. Ensuite, privilégier les compagnies qui ont annoncé peu de coupes — KLM, par exemple, semble pour l’instant mieux résister. Enfin, connaître vos droits en cas d’annulation, sachant que la pénurie de kérosène pourrait être qualifiée de circonstance exceptionnelle — ce qui limiterait vos indemnités.

Pour ceux qui hésitent encore, des alternatives émergent. Le train de nuit revient en force sur certaines liaisons européennes, et les destinations moins courues permettent d’éviter les routes les plus touchées par les suppressions.

Ce n’est probablement que le début

Tous les acteurs du secteur s’accordent sur un point : tant que la guerre empêchera l’importation de pétrole depuis le Golfe, la situation ne s’améliorera pas. Le baril de kérosène reste à des niveaux qui rendent certaines liaisons structurellement déficitaires.

Et les conséquences ne se limitent pas à l’aérien. La tension sur le carburant touche aussi les automobilistes, avec des scénarios de rationnement qui ne relèvent plus de la science-fiction. Michel-Edouard Leclerc lui-même a admis ne pas pouvoir tenir ses promesses sur les prix à la pompe.

Dans le ciel, la question n’est plus de savoir si d’autres compagnies vont réduire leurs programmes. C’est de savoir lesquelles résisteront assez longtemps pour maintenir un semblant de normalité cet été. Le patron de Ryanair l’a dit sans détour : « Deux ou trois compagnies aériennes vont faire faillite. » Le tri est en cours. Et pour les 200 millions d’Européens qui comptent prendre l’avion avant octobre, chaque semaine qui passe réduit un peu plus les options disponibles.

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