« Deux ou trois compagnies aériennes vont faire faillite » : le patron de Ryanair alerte sur l’été 2026
Le directeur général de Ryanair, Michael O’Leary, ne mâche pas ses mots. Dans une déclaration à la presse italienne ce mercredi 22 avril 2026, il a dressé un tableau sombre pour le transport aérien européen : approvisionnement en kérosène incertain dès le mois de juin, surcoûts de plusieurs centaines de millions de dollars, et faillites de compagnies concurrentes avant la fin de l’année. Pour les millions de vacanciers qui comptent prendre l’avion cet été, le message est clair : rien n’est garanti.
Mai sous contrôle, juin dans le brouillard
D’après les propos rapportés par le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore, les compagnies pétrolières ont pour l’instant assuré à Ryanair qu’il n’y aurait « pas de risques d’approvisionnement pour le mois de mai ». Mais dès qu’on parle de juin, le ton change radicalement. « Pour juin, nous n’en sommes pas sûrs », a lâché O’Leary devant les journalistes.

La raison principale tient en un mot : le Moyen-Orient. L’Europe importe normalement la moitié de son kérosène depuis les pays du Golfe. Or la poursuite du conflit dans la région perturbe les flux. « 10 à 20 % de nos approvisionnements en carburant sont en danger », a précisé le patron irlandais, pointant directement la gestion américaine de la crise. Comme l’a montré la menace qui pèse sur les vols depuis plusieurs semaines, la situation ne cesse de se dégrader.
Le Royaume-Uni serait le pays le plus exposé aux annulations, selon O’Leary. La raison est géographique : une partie de son approvisionnement provient du Koweït, directement touché par la fermeture du détroit d’Ormuz. Pour les liaisons depuis la France, le risque existe aussi, même s’il reste pour l’instant moins aigu. Mais un domino peut en entraîner d’autres.
600 millions de dollars : la facture qui menace les compagnies
Les chiffres avancés par Michael O’Leary donnent le vertige. Rien que pour le mois d’avril 2026, la guerre a déjà coûté 50 millions de dollars supplémentaires à Ryanair en surcoût de carburant. Si le baril reste autour de 150 dollars, cette ardoise « pourrait atteindre 600 millions de dollars d’ici un an », calcule-t-il.

Pour une compagnie ultra-low-cost dont le modèle repose sur des marges serrées et un volume colossal de passagers, c’est un séisme. Et Ryanair est pourtant l’un des transporteurs les mieux armés pour encaisser le choc. Contrairement à Easyjet, la compagnie irlandaise n’a pas encore révisé ses prévisions financières, avant la publication de ses résultats annuels prévue le 18 mai. Son action a toutefois souffert en Bourse ces dernières semaines. Entre la hausse des prix des billets et l’incertitude logistique, le secteur tout entier vacille.
« Tant que la guerre au Moyen-Orient se poursuivra et que Trump continuera à la gérer aussi mal, les prix du carburant resteront forcément plus élevés », a-t-il martelé. Un discours inhabituellement politique pour un dirigeant qui préfère d’ordinaire parler chiffres. Mais la situation semble l’avoir poussé à sortir de sa réserve.
Wizz Air, Air Baltic : les noms qui circulent
C’est sans doute la déclaration la plus brutale de l’interview. « Si le pétrole reste à ces niveaux, deux ou trois compagnies aériennes européennes pourraient faire faillite en octobre ou novembre », a affirmé O’Leary. Et il a nommé ses cibles : Wizz Air, la low-cost hongroise, et Air Baltic, le transporteur letton.
Plus surprenant encore, le patron de Ryanair n’a pas caché sa satisfaction à cette perspective. « C’est une bonne chose pour notre activité, car il y aura moins de concurrents », s’est-il félicité avec le cynisme qu’on lui connaît. Une franchise qui tranche avec les discours policés du secteur, mais qui reflète une réalité économique : dans un marché sous pression, les plus fragiles disparaissent au profit des plus gros. Or comme le révélait récemment une enquête sur les vols supprimés cet été, ce sont déjà des milliers de rotations qui ont été retirées des programmes.
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Wizz Air, qui opère massivement vers l’Europe de l’Est et le Moyen-Orient, subit de plein fouet la hausse du kérosène sur ses lignes les plus longues. Air Baltic, de son côté, traverse déjà une restructuration financière depuis plusieurs trimestres. Si les prix du baril ne redescendent pas, la prédiction d’O’Leary a de bonnes chances de se réaliser.
Ce que ça change concrètement pour les passagers

Michael O’Leary a aussi abordé un point qui concerne directement les voyageurs. En cas d’annulation de vol liée à une pénurie de carburant, le passager n’aurait pas droit à l’indemnisation forfaitaire prévue par la réglementation européenne. « Si le vol saute parce qu’il n’y a pas de carburant à l’aéroport, c’est clairement une circonstance extraordinaire », a-t-il expliqué. Le remboursement du billet resterait dû, mais pas les 250 à 600 euros d’indemnité habituels.
Côté réservations, les signaux sont déjà ambigus. « La demande de voyages a été très forte à Pâques », reconnaît O’Leary. Mais pour les mois de juin, juillet et août, Ryanair observe « un peu de faiblesse des prix ». Traduction : les passagers hésitent à réserver, anticipant soit des annulations, soit des hausses tarifaires. Une prudence qui rappelle l’attentisme déjà observé par les agences de voyage ces dernières semaines.
Pour ceux qui ont déjà leur billet, la situation reste à surveiller de près. La question n’est plus de savoir si les prix vont augmenter — O’Leary considère que c’est déjà acté — mais si certaines liaisons seront tout simplement supprimées. Le rationnement de kérosène déjà évoqué en Italie et en France pourrait se concrétiser bien plus vite que prévu.
L’ombre du détroit d’Ormuz sur l’été européen
Au fond, tout repose sur un passage maritime de 39 kilomètres de large. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est au cœur de la crise. Sa fermeture partielle, liée au conflit régional, a provoqué un effet domino sur toute la chaîne d’approvisionnement en carburant aérien. L’Asie tente de protéger ses propres stocks, et l’Europe se retrouve en compétition pour des volumes qui diminuent.
La situation a déjà des répercussions bien au-delà de l’aérien. En France, plus d’un millier de stations-service étaient à sec en mars dernier. Le gouvernement a même dû autoriser la vente de gazole non conforme pour éviter la paralysie. Air France a suspendu des liaisons vers plusieurs destinations du Moyen-Orient, réduisant encore les rotations disponibles.
Les résultats de Ryanair, attendus le 18 mai, donneront une première indication chiffrée de l’impact réel sur les comptes de la plus grande compagnie low-cost d’Europe. D’ici là, pour les vacanciers, le conseil est simple : garder un œil sur l’évolution du conflit au Moyen-Orient avant de valider ses réservations estivales. Parce que cette année, la météo géopolitique pèsera autant que celle des plages.