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El Niño s’intensifie de 40% depuis un siècle : une étude sur mille ans révèle un basculement inédit

Publié par Cassandre le 01 Sep 2026 à 7:38
Vague océanique tropicale sous ciel orange intense

El Niño revient régulièrement dans les prévisions météo, entre sécheresses et inondations spectaculaires. Mais une question dérangeante agite désormais les climatologues : ce phénomène est-il en train de devenir incontrôlable ? Une étude vient de plonger mille ans dans le passé pour y répondre, et le résultat surprend jusqu’aux chercheurs eux-mêmes.

Un phénomène naturel sous surveillance depuis des décennies

El Niño désigne la phase chaude d’un cycle naturel appelé ENSO (El Niño-Oscillation australe), qui survient tous les deux à sept ans dans le Pacifique tropical. Le réchauffement anormal des eaux du centre et de l’est de cet océan bouleverse alors températures et précipitations sur toute la planète.

Les conséquences concrètes se comptent en sécheresses, en vagues de chaleur prolongées et en crises alimentaires dans certaines régions du globe. Les satellites observent déjà des perturbations marines liées à ce phénomène, avec des répercussions directes sur la biodiversité et les activités humaines qui dépendent des océans.

Jusqu’ici, difficile de savoir si les épisodes récents sortaient vraiment de l’ordinaire. Les relevés instrumentaux modernes ne couvrent qu’un siècle et demi, une durée trop courte pour distinguer une évolution du climat des variations naturelles classiques du système. Il fallait remonter beaucoup plus loin dans le temps pour trancher.

Des coraux des Galápagos livrent un verdict sans appel

Pour dépasser cette limite, une équipe menée par Julia Cole, chercheuse à l’université du Michigan, a analysé 13 coraux anciens et modernes prélevés dans les îles Galápagos. Cette zone se trouve au cœur même de la région où se développe El Niño.

La composition chimique du squelette de ces coraux est sensible à la température de l’eau environnante. Elle permet donc de reconstituer, année après année, les variations climatiques survenues sur près de mille ans. Un travail patient, publié le 27 août dans la revue Science.

Le résultat a de quoi marquer : les épisodes El Niño des quatre dernières décennies auraient été près de 40 % plus intenses que ceux enregistrés à l’ère préindustrielle. « Nous n’avons jamais observé d’épisodes El Niño aussi intenses qu’aujourd’hui », résume Julia Cole.

Les grands événements récents ne relèveraient donc pas de la variabilité habituelle du climat. Ils constitueraient une rupture par rapport à tout ce que le dernier millénaire avait connu, y compris lors de périodes marquées par des bouleversements océaniques importants.

Fragments de coraux anciens étudiés en laboratoire

Le réchauffement climatique pointé directement en cause

Reste à savoir ce qui a provoqué ce basculement. Les données récoltées dans les coraux révèlent une évolution progressive depuis le XIXe siècle, période qui correspond précisément à la généralisation des combustibles fossiles à l’échelle industrielle.

Les épisodes autrefois modérés auraient peu à peu cédé la place à des événements bien plus puissants. Grâce à des simulations climatiques, l’équipe a pu écarter d’autres explications possibles, comme les éruptions volcaniques ou les variations naturelles de l’activité solaire, deux facteurs souvent invoqués pour ce type de phénomène.

« On ajoutait sans cesse des enregistrements en se disant que ça allait se compliquer, mais en fait non. C’est une histoire tellement claire », confie Julia Cole. Un constat net qui laisse peu de place au doute sur l’origine humaine de cette intensification.

Ce qui inquiète particulièrement les chercheurs, c’est que ces El Niño surpuissants viennent désormais se greffer sur un climat déjà réchauffé par les gaz à effet de serre. Un épisode intense peut ainsi amplifier temporairement les températures mondiales et aggraver des événements extrêmes déjà violents, comme le rappelle l’approche du point d’ébullition observée récemment sur la planète. Les grands écosystèmes, à commencer par la forêt amazonienne, figurent parmi les premières victimes potentielles de ce dérèglement.

Mille ans de coraux pour arriver à une conclusion aussi limpide : El Niño n’est plus tout à fait ce phénomène naturel d’antan. Julia Cole le résume sans détour : « El Niño est une source majeure d’événements climatiques extrêmes, et donc s’il s’intensifie, ses conséquences s’aggravent. » Reste une question, elle, encore sans réponse précise : jusqu’où peut-il encore grimper ?

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