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Record mondial : un oligarque ukrainien s’offre un appartement à 471 millions d’euros à Monaco

Publié par Elsa Fanjul le 22 Avr 2026 à 12:00

2 500 m², 5 étages, 21 chambres, une piscine et un prix qui dépasse l’entendement : 471 millions d’euros. L’homme le plus riche d’Ukraine vient de s’offrir le bien immobilier le plus cher jamais vendu au monde, en plein cœur du nouveau quartier de Monaco. Et ce n’est même pas sa première folie sur la Côte d’Azur.

Un penthouse de 2 500 m² dans le quartier le plus exclusif de Monaco

C’est Bloomberg qui a révélé l’information : Rinat Akhmetov, souvent surnommé le « Bernard Tapie ukrainien », a acquis un appartement monumental dans l’immeuble « Le Renzo », situé dans le tout nouveau quartier Mareterra de Monaco. Ce quartier, inauguré en 2024 par le Prince Albert II, est une extension gagnée sur la mer Méditerranée. Un projet pharaonique qui a redéfini la skyline de la principauté.

Vue aérienne du quartier Mareterra à Monaco avec l'immeuble Le Renzo

Les caractéristiques du bien donnent le tournis. L’appartement s’étend sur 5 étages et totalise 2 500 m² habitables. Il compte 21 chambres, une piscine privée et 8 places de parking — un luxe qui, à Monaco, vaut à lui seul une petite fortune. Le mètre carré dans « Le Renzo » se négocie autour de 100 000 euros, un tarif qui place l’immeuble parmi les adresses les plus chères de la planète. Même les appartements de stars à Monaco paraissent modestes en comparaison.

System Capital Management (SCM), la holding d’Akhmetov, a confirmé l’acquisition sans préciser le montant exact. Dans un communiqué mesuré, la société a indiqué que « le portefeuille d’investissements internationaux de SCM comprend depuis plus de dix ans un portefeuille immobilier de premier ordre » et que l’investissement dans « Le Renzo » remonte au marché primaire en 2021. La vente, elle, aurait été finalisée en 2024.

Avec 471 millions d’euros, cette transaction pulvérise tous les records. Aucune vente résidentielle dans l’histoire de l’immobilier mondial n’avait atteint un tel montant. Mais pour comprendre comment un homme d’affaires ukrainien en arrive à signer un tel chèque, il faut remonter trois décennies en arrière.

Du charbon du Donbass aux palaces de la Côte d’Azur

Rinat Akhmetov a bâti sa fortune dans les mines de charbon du Donbass au début des années 1990, dans le chaos de l’effondrement soviétique. En quelques années, il est devenu l’homme le plus riche d’Ukraine, à la tête d’un empire industriel couvrant l’acier, l’énergie et les télécommunications. Son nom est aussi indissociable du football : il est le propriétaire du Shakhtar Donetsk, l’un des clubs les plus titrés d’Europe de l’Est.

Homme d'affaires sur une terrasse surplombant la Côte d'Azur

En 2004, lors de la « révolution orange » en Ukraine, Akhmetov — alors considéré comme pro-russe — est soupçonné d’avoir participé au trucage de l’élection présidentielle orchestré par le gouvernement de Viktor Ianoukovytch. Il choisit de s’exiler à Monaco et s’installe dans l’une des suites les plus luxueuses de l’hôtel Hermitage. Deux années durant, il y vit à plein temps. Et pendant ces deux ans, l’oligarque tombe sous le charme de la Côte d’Azur.

Son retour en Ukraine en 2006 ne coupe pas ses liens avec le sud de la France. En 2009, alors qu’il est député à Kiev, son nom circule sérieusement pour racheter l’OGC Nice après le départ du président Maurice Cohen. « L’OGC Nice a-t-il trouvé son Abramovitch ? » titrait même Nice-Matin à l’époque. Un avocat niçois avait été mandaté pour ficeler une offre. Elle n’arrivera jamais. Le club sera finalement vendu à Jean-Pierre Rivère.

Mais l’appétit immobilier d’Akhmetov pour la région, lui, ne faiblissait pas. Et dix ans plus tard, il allait frapper un coup encore plus spectaculaire que ce penthouse monégasque.

La villa des Cèdres : un milliard estimé, achetée 200 millions

En 2019, Rinat Akhmetov acquiert la villa des Cèdres, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Ce joyau architectural, construit en 1830 sur un terrain de 18 000 m², dispose d’un jardin botanique de 14 hectares qui compte parmi les plus remarquables d’Europe. La propriété a notamment appartenu au roi des Belges Léopold II. C’est à la société Campari qu’Akhmetov la rachète pour 200 millions d’euros.

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Un montant colossal, mais qui représente en réalité une affaire exceptionnelle. Quelques années avant la vente, la villa avait été estimée à près d’un milliard d’euros. À l’époque, la fortune personnelle d’Akhmetov frise les 15 milliards de dollars. Les grandes fortunes qui investissent sur la Côte d’Azur ne manquent pas, mais rares sont celles qui accumulent des biens de cette envergure.

Avec la villa des Cèdres et désormais cet appartement record à Monaco, le portefeuille immobilier d’Akhmetov dans la région dépasse les 670 millions d’euros. Même les empires immobiliers des milliardaires français les plus discrets peinent à rivaliser. Mais derrière cette accumulation de luxe se cache une histoire bien plus complexe — celle d’un homme pris dans les tourments d’une guerre qui a tout changé.

Du camp pro-russe aux 100 millions versés à l’Ukraine

Longtemps classé dans le camp pro-russe, Rinat Akhmetov a opéré un virage radical depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Son usine Azovstal, à Marioupol, est devenue l’un des symboles les plus puissants de la résistance ukrainienne. Pendant des semaines, les images des combattants retranchés dans les entrailles de l’aciérie ont fait le tour du monde.

L’oligarque a dénoncé publiquement les crimes de guerre commis par l’armée russe. Il a salué les sanctions occidentales contre Moscou, cédé son empire médiatique à l’État ukrainien et porté plainte contre la Russie devant la Cour européenne des droits de l’homme. « En temps de guerre, mes activités sont concentrées sur le soutien aux gens et à l’armée pour défendre notre souveraineté, notre liberté et notre indépendance », a-t-il déclaré.

Ruines de l'usine Azovstal à Marioupol avec drapeau ukrainien

Selon le Financial Times, Akhmetov aurait déjà versé plus de 100 millions d’euros à Kiev — entre financement d’aides humanitaires et soutien direct aux forces armées. « J’attends sincèrement la victoire de l’Ukraine dans cette guerre », confie-t-il. En cas de victoire, il s’est engagé, depuis Monaco, à reconstruire intégralement Marioupol et à participer au financement de la reconstruction du reste du pays.

471 millions pour un appartement : la démesure a-t-elle encore un sens ?

Le contraste est saisissant. D’un côté, un homme qui promet de rebâtir une ville ukrainienne rasée par les bombes. De l’autre, le même homme qui signe la transaction résidentielle la plus chère de l’histoire de l’humanité. À titre de comparaison, 471 millions d’euros représentent environ le budget annuel d’une ville française de 100 000 habitants.

Ce record s’inscrit dans une tendance plus large. L’immobilier ultra-luxe atteint des sommets inédits à travers le monde, porté par une concentration de richesses toujours plus extrême. Monaco reste l’épicrène de ce phénomène : la principauté, avec ses 2 km² de superficie, affiche les prix au mètre carré les plus élevés de la planète. Un joueur de tennis classé 23e mondial y roule encore en Peugeot 307 — preuve que tous les résidents ne jouent pas dans la même cour.

Pour Akhmetov, cet achat est aussi un signal politique. Investir massivement en Occident, c’est ancrer sa fortune hors de portée de Moscou. C’est affirmer, par le portefeuille, un choix de camp devenu irréversible. Les transactions immobilières de prestige ne sont jamais que de l’immobilier : elles racontent des trajectoires, des ruptures, des allégeances.

Le « Bernard Tapie ukrainien » a désormais les deux pieds bien ancrés sur le Rocher. Reste à savoir si sa promesse de reconstruire Marioupol résistera au temps — et au prix du mètre carré monégasque.

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