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Dans les comptes de Prisca, aide-soignante en Ehpad à Angers à 1 720 € nets par mois

Publié par Mathieu le 08 Oct 2026 à 19:01

Prisca a 44 ans, vit à Angers avec ses deux enfants et travaille en Ehpad depuis dix-neuf ans. Elle gagne 1 720 € nets par mois, primes de week-end comprises. Voici comment elle répartit chaque euro, et le poste qui lui pèse le plus n’est pas celui que l’on croit.

Ce qui tombe vraiment sur le compte chaque mois

Le salaire de base de Prisca s’élève à 1 480 € nets. À cela s’ajoutent environ 190 € de primes de dimanche et de jours fériés, car elle travaille un week-end sur deux. Le total grimpe donc à 1 670 €, auxquels s’ajoutent 50 € de prime Ségur lissée.

Séparée du père de ses enfants, elle touche aussi 180 € de pension alimentaire, versée de façon irrégulière. S’y ajoutent 245 € d’allocations familiales et 112 € d’aide au logement. Au total, le foyer dispose d’environ 2 200 € par mois, mais Prisca ne compte jamais la pension : « Si elle arrive, c’est un bonus. »

Son salaire seul, lui, plafonne à 1 720 €. C’est sur cette base qu’elle construit tout, et c’est là que les choses se corsent.

Les dépenses fixes qui avalent la moitié du budget

Le loyer d’abord : 640 € charges comprises pour un trois-pièces dans le quartier de la Roseraie. Pour Angers, c’est un tarif raisonnable, que Prisca doit à un bail de huit ans jamais revalorisé de façon abusive. « Si je devais retrouver le même aujourd’hui, ce serait 780 € minimum. »

Viennent ensuite l’électricité et le chauffage (95 € lissés), l’assurance habitation (18 €), la mutuelle familiale (74 €) et l’assurance de sa Clio de 2013 (62 €). Internet et deux forfaits mobiles coûtent 38 €, plus 9 € pour une plateforme de streaming partagée avec sa sœur.

Reste un poste dont personne ne parle : la cantine et le périscolaire de ses enfants, 86 € par mois. Le total des charges fixes atteint déjà 1 022 €, soit près de 60 % de son salaire. Et pourtant, ce n’est pas encore le poste le plus douloureux.

Aide-soignante calculant son budget à la table de cuisine

Le poste qui fait mal : la voiture

Prisca travaille à 14 kilomètres de chez elle, sur un horaire en coupé qui exclut les transports en commun. Impossible de faire autrement que de rouler. Elle dépense 128 € d’essence par mois, auxquels s’ajoutent environ 45 € d’entretien lissé, une fois les pneus et la vidange provisionnés.

Cela porte le coût de sa voiture à 235 € par mois, assurance comprise. « Je pourrais prendre le bus, mais avec mes horaires, je finirais plus tard que mes enfants », résume-t-elle. Ce choix, elle ne le regrette pas, mais il lui coûte l’équivalent d’un week-end de vacances chaque mois.

On passe à la partie variable du budget, là où elle ajuste tout. Et c’est là qu’on découvre ses petites astuces.

Courses, loisirs et ces dépenses « invisibles »

Pour nourrir trois personnes, Prisca dépense 340 € par mois en courses alimentaires. Elle fait un seul grand passage mensuel en drive, complété par du marché le samedi pour les fruits et légumes. Elle estime avoir économisé 60 € par mois depuis qu’elle prépare ses menus le dimanche soir.

Les vêtements des enfants représentent 45 € par mois lissés, dont une bonne part en seconde main. Pour elle, c’est 20 € maximum : « Je porte ma blouse toute la journée, j’ai de quoi tenir. » Les loisirs se limitent à 50 € : une activité sportive pour chaque enfant et un cinéma de temps en temps.

Reste l’imprévu, qu’elle appelle « le trou noir » : médecin, pharmacie, anniversaire, panne d’électroménager. Elle y consacre en moyenne 70 € par mois, mais certains mois, ça explose.

Mère de famille chargeant ses courses dans sa petite voiture

Combien reste-t-il vraiment en fin de mois ?

Faisons le total. Charges fixes : 1 022 €. Voiture : 235 €. Courses : 340 €. Vêtements : 65 €. Loisirs : 50 €. Imprévus : 70 €. Cela fait 1 782 € de dépenses pour un budget de 1 720 € de salaire. Sans les aides, elle serait déjà dans le rouge.

Grâce aux 245 € d’allocations et aux 112 € d’aide au logement, le solde remonte à environ 295 € positifs. Prisca en verse 120 € sur un Livret A, pour les vacances d’été. Les 175 € restants servent de coussin pour les mois compliqués.

Elle n’a aucun crédit à la consommation, ce dont elle est fière. Mais elle n’a pas non plus de projet immobilier : « Avec mon salaire, aucune banque ne me suivra. » Son épargne totale ? 2 300 €, qu’elle considère comme une simple réserve de sécurité.

Ce que ce budget dit de tant de Français

Le salaire médian net en France tourne autour de 2 190 € par mois. Prisca gagne donc environ 470 € de moins, alors qu’elle s’occupe de personnes âgées dépendantes, avec une charge physique et émotionnelle considérable. L’écart est net, et il reste difficile à avaler.

« On ne fait pas ce métier pour l’argent, mais on aimerait quand même ne pas compter chaque courses », conclut-elle. Son équilibre tient grâce à un loyer ancien, une voiture sans crédit et une organisation millimétrée. Un seul grain de sable, et tout vacille.

Et si vous vous demandez ce que gagne quelqu’un qui accompagne d’autres vies fragiles, découvrez le quotidien de Marlène, ambulancière à Chalon-sur-Saône, dont le budget réserve quelques surprises. Autre profil qui jongle avec les horaires décalés : Fabienne, standardiste dans une clinique de Poitiers.

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