Dans les comptes de Aurélien, tailleur de pierre à Angoulême à 2 070 € nets par mois
Aurélien, 38 ans, est tailleur de pierre à Angoulême. Il gagne 2 070 € nets par mois, un salaire qui paraît correct sur le papier, mais qui fond plus vite qu’on ne le croit quand on a un loyer, un enfant et un dos qui réclame parfois des séances de kiné. Voici comment il répartit chaque euro, ligne par ligne.
Son budget cache quelques surprises, à commencer par un poste que personne n’imagine dans le quotidien d’un artisan de la pierre.
Ce qui tombe sur son compte chaque mois
Aurélien est salarié d’une entreprise de restauration de monuments historiques. Son salaire de base atteint 1 880 € nets, auxquels s’ajoutent environ 120 € de primes de chantier et de salissure. Quand il travaille en déplacement, une indemnité de repas vient compléter le tout.
Il touche aussi 70 € nets mensuels grâce à de petits travaux le week-end : une marche de perron, un linteau de cheminée, un muret pour des voisins. « Ça paie l’essence et un peu de plaisir, pas plus », confie-t-il. Au total, son budget tourne donc autour de 2 070 € nets par mois.
Il ne perçoit aucune aide au logement, son revenu étant légèrement trop élevé pour y prétendre. Reste à voir où file cet argent dès les premiers jours du mois.

Les dépenses qui tombent avant même d’y penser
Le loyer d’abord : 640 € pour un trois-pièces avec un petit jardin, dans un quartier calme d’Angoulême. Les charges (eau, chauffage, copropriété) ajoutent 95 €, et l’électricité 78 €. À elles seules, ces trois lignes engloutissent déjà 813 € par mois.
Vient ensuite la voiture, indispensable pour rejoindre les chantiers parfois à 60 kilomètres. Aurélien paie 62 € d’assurance et 45 € de crédit pour son utilitaire d’occasion, sans compter l’entretien lissé à 40 € mensuels. Les abonnements pèsent peu : 29 € pour la box internet, 14 € pour le forfait mobile, 12 € pour deux plateformes de streaming.
La mutuelle, prise en charge pour moitié par son employeur, lui coûte 38 € par mois. Il ajoute 22 € pour une assurance habitation et 31 € de prélèvement à la source, un montant modeste grâce au quotient familial. Total des dépenses fixes : 1 106 €, soit plus de la moitié de ses revenus.
Et pourtant, le vrai poste qui le fait grimacer n’est pas encore sur la table.
Le poste que personne ne devine chez un artisan
Ce sont ses outils. Un tailleur de pierre achète lui-même une partie de son matériel : burins, massettes, ciseaux au carbure, gants renforcés. Une paire de bons ciseaux se paie 45 à 90 € et s’use en quelques mois sur la pierre dure. Aurélien y consacre en moyenne 55 € par mois, lissés sur l’année.
« Mon patron fournit le gros matériel, mais les outils de précision, c’est personnel. On s’attache à ses outils comme un cuisinier à ses couteaux », sourit-il. Il ajoute 25 € de séances de kinésithérapie, car le dos et les poignets encaissent des années de vibrations.
Ces 80 € passent souvent inaperçus dans un budget, mais ils pèsent autant qu’un abonnement salle de sport. Reste la partie où Aurélien dit avoir le plus de marge : le quotidien.

Courses, sorties et petits plaisirs : où il lâche du lest
Aurélien vit avec sa compagne, aide-soignante à temps partiel, et leur fils de 7 ans. Les courses alimentaires leur coûtent 420 € par mois, entre le supermarché et le marché du samedi, où il tient à acheter ses légumes. La cantine de l’enfant ajoute 48 €.
Le carburant représente 170 € par mois, un chiffre qui l’agace. Les sorties restent raisonnables : 60 € de restaurant ou de pizza, 35 € de cinéma et d’activités pour son fils, 40 € de vêtements. Il s’accorde aussi 30 € pour la pêche, sa passion du dimanche matin au bord de la Charente.
Les vacances sont lissées à 90 € par mois : une semaine de location en Charente-Maritime chaque été, sans folie. Le budget variable atteint ainsi 893 € par mois. « On ne se prive pas sur la nourriture, mais le reste, on compte », résume-t-il.
Alors, que reste-t-il vraiment quand tout est payé ?
Ce qu’il lui reste en fin de mois (et la petite surprise)
Faisons le calcul : 2 070 € de revenus, moins 1 106 € de fixes, moins 80 € d’outils et de kiné, moins 893 € de variables. Il reste donc exactement… 0 €, voire un petit découvert certains mois. Sauf qu’Aurélien a une astuce : sa compagne contribue pour 700 € au budget du foyer, ce qui lui permet de mettre 150 € de côté chaque mois.
Cette épargne alimente un Livret A, aujourd’hui à 4 300 €, et un PEL ouvert pour son fils avec 25 € mensuels. Il n’a aucun crédit à la consommation, seulement celui de son véhicule. Son projet : racheter une petite maison à rénover, car il sait que ses mains valent plus qu’un loyer.
« Je sais que je devrais épargner plus, mais avec un enfant et des outils à renouveler, on fait ce qu’on peut », admet-il. Il ne se plaint pas pour autant : il aime son métier, et cela compte.
Et par rapport au reste des Français ?
Avec 2 070 € nets, Aurélien se situe légèrement au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 000 € nets mensuels. Sa situation est donc plutôt confortable sur le papier, mais le moindre imprévu (panne de véhicule, dépense médicale) fait vite basculer le mois.
« Mon salaire ne me rend pas riche, mais il me permet de transmettre un savoir-faire à mon fils, et ça, aucun budget ne le mesure », conclut-il. Une phrase qui rappelle que, derrière les chiffres, il y a des vies et des choix.
Envie de comparer avec un autre métier manuel ? Découvrez comment Pierre, tourneur-fraiseur à Thiers, gère un budget sensiblement proche, ou plongez dans le quotidien de Théo, ostréiculteur au Cap-Ferret, où le rapport à l’argent prend une toute autre forme.