Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Science

En 1962, les USA ont fait exploser une bombe H de 1,4 mégatonne dans l’espace : ce qui s’est éteint n’était pas prévu

Publié par Cassandre le 29 Sep 2026 à 19:03

En pleine guerre froide, les États-Unis décident de tester une bombe thermonucléaire là où aucun humain n’a jamais posé le pied. Le 9 juillet 1962, une ogive de 1,4 mégatonne explose à 400 km d’altitude, au-dessus du Pacifique. Les militaires attendaient des mesures ; ils ont obtenu une série d’effets que personne n’avait vraiment anticipés.

À retenir

  • Le 9 juillet 1962, une ogive de 1,4 mégatonne explose à 400 km d’altitude, au-dessus du Pacifique.
  • Sur 24 satellites en orbite ou lancés dans les semaines suivantes, au moins huit ont subi des dommages liés à l’essai.
  • Le 5 septembre 1962, John Kennedy suspend les essais nucléaires dans l’espace.
Ciel nocturne rouge et vert au-dessus d'une île tropicale

Une guerre froide qui se joue au-dessus des nuages

Starfish Prime fait partie de l’opération Dominic, une série de 36 essais nucléaires. Cinq d’entre eux, regroupés sous le nom d’opération Fishbowl, devaient être menés à très haute altitude, à partir de 30 000 m. Le projet est piloté par la Commission de l’énergie atomique des États-Unis et la Defense Atomic Support Agency.

Les militaires voulaient répondre à des questions très concrètes. Une explosion en altitude peut-elle détruire des missiles balistiques en plein vol ? Que devient un radar, ou une communication à longue portée, dans un ciel traversé par une détonation nucléaire ?

Derrière ces objectifs, une idée plus étrange circulait déjà. Dès le 1er mai 1958, James Van Allen démontrait que le champ magnétique terrestre contient des particules de haute énergie. Le même jour, l’armée américaine lui demandait de l’aider sur des projets alors top-secrets : cette ceinture de radiation pouvait-elle être déviée vers l’ennemi grâce à des explosions nucléaires hors de l’atmosphère ?

Cette hypothèse n’a jamais été confirmée par Starfish Prime. Mais elle explique pourquoi l’expérience a été préparée avec un tel déploiement, et pourquoi elle a failli mal tourner dès le premier essai.

Un premier échec, puis un ciel qui s’embrase

Le tir initial a lieu le 20 juin 1962 depuis l’atoll Johnston, dans le Pacifique. Le moteur du missile s’arrête prématurément, et un signal de destruction est déclenché à environ 10 000 m d’altitude. L’ogive est détruite sans exploser, mais des morceaux du missile et une contamination au plutonium retombent sur l’atoll et sur Sand Island.

Le second tir a lieu le 9 juillet, soit le 8 juillet à Honolulu. Un missile PGM-17 Thor emporte l’ogive W49, conçue par le laboratoire de Los Alamos, jusqu’à 965 km d’altitude. Elle explose à 400 km, au-dessus d’un point situé à 36 kilomètres au sud de l’atoll Johnston, avec une puissance de 1,4 mégatonne.

Pour mesurer les effets, les Américains ont déployé des stations à travers le Pacifique, sur terre, sur mer et dans les airs, avec plus d’une quinzaine d’avions. Ils ont aussi tiré 27 fusées depuis l’atoll Johnston.

Le spectacle dépasse le laboratoire. Une aurore artificielle est visible de Hawaï jusqu’en Nouvelle-Zélande, et l’explosion crée des prolongements artificiels de la ceinture de Van Allen. Selon la page anglophone, la Marine néo-zélandaise en aurait même profité pour ses manœuvres anti-sous-marines, grâce à la lumière de la bombe.

Mais le plus étonnant ne se voyait pas dans le ciel. Il se trouvait dans les circuits électriques, au sol comme en orbite.

Des réverbères grillés à Hawaï, des satellites condamnés en orbite

Voilà ce qui s’est éteint. L’impulsion électromagnétique de l’explosion a provoqué une surtension dans une trentaine de lignes d’éclairage public de Kailua et Mānoa, à près de 1 500 km de la détonation. Les fusibles ont fondu et 300 réverbères se sont éteints.

Lampadaire rouillé éteint sur un rivage du Pacifique la nuit

L’épisode est souvent exagéré. Ces 300 lampadaires ne représentaient que 1 % des ampoules du réseau de l’époque, et une seule liaison téléphonique par faisceau hertzien, entre deux îles, a été endommagée. Les habitants, eux, ont surtout raconté des portes de garage qui s’ouvraient ou se fermaient « seules » et des alarmes anti-intrusion déclenchées sans raison.

Les ondes radio ont aussi souffert. En Tasmanie, le radio-amateur Len Evans a enregistré la perte brutale des signaux de la station WWVH, sur l’île de Kauai. Ailleurs en Australie et en Nouvelle-Zélande, plusieurs transmissions ont été fortement atténuées pendant 60 minutes.

Le véritable dégât se situait plus haut. L’explosion a injecté un flux massif d’électrons dans la magnétosphère, créant la ceinture de radiation artificielle la plus intense et la plus durable de tous les essais spatiaux. Sur les 24 satellites en orbite ou lancés dans les semaines suivantes, au moins huit ont subi des dommages indéniablement liés à l’essai, la plupart irrémédiablement.

Parmi les victimes figurent Cosmos 5, mis en orbite le 28 mai 1962, ainsi que, d’après la page anglophone, Telstar 1, premier satellite commercial de relais, et Ariel 1, premier satellite britannique. Les militaires avaient voulu observer le ciel ; ils ont surtout découvert qu’ils pouvaient abîmer l’orbite pour longtemps. En 1968, on a rapporté que certains électrons de Starfish étaient restés piégés pendant 5 ans.

Le danger ne concernait pas que les machines. Le 5 septembre 1962, Kennedy, le secrétaire à la Défense Robert McNamara et la NASA décident de suspendre les essais nucléaires dans l’espace, par crainte pour la santé de Walter Schirra, qui devait voler dans le cadre du programme Mercury. Après son vol, un porte-parole de l’armée de l’air a annoncé qu’à plus de 640 km d’altitude, l’astronaute aurait été tué par le rayonnement résiduel.

Kennedy a aussi annulé l’essai URACCA, prévu à plus de 1 000 km. En 1963, selon la page anglophone, les États-Unis et l’URSS signaient le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires. Starfish Prime reste ainsi l’un des rares essais à avoir été freiné par ses propres effets, au point de servir encore d’exemple, parfois excessif, des dégâts d’une impulsion électromagnétique.

Ce pari spatial n’était pas le premier délire atomique de l’époque : les ingénieurs américains rêvaient aussi d’un vaisseau propulsé par des bombes atomiques. Et si la vraie leçon de 1962 était que le ciel n’appartient à personne ?

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *