« Trois fois moins cher » : cet agent immobilier ne fait plus aucune visite et les laisse aux vendeurs

Vendre sa maison coûte cher, très cher, et chacun le sait en signant un mandat. À Marseille, un ancien agent immobilier a décidé de retirer de son métier l’étape la plus emblématique : la visite. Les clés restent chez le vendeur, qui accueille lui-même les acheteurs. Reste à savoir ce que cela change vraiment sur la facture, et c’est là que le chiffre surprend.
Une commission à 5,78 % : le point de départ d’un pari marseillais
Pour comprendre l’idée, il faut partir d’un chiffre. En 2023, l’Autorité de la concurrence révélait que les commissions des agences immobilières françaises s’élevaient en moyenne à 5,78 % du prix de vente. La moyenne de l’Union européenne, elle, flirtait avec les 4 % TTC.
Dans un marché où la hausse des prix grignote le pouvoir d’achat des acquéreurs, toute économie est bonne à prendre. C’est précisément sur ce terrain que s’est lancé Jocelyn Tuccio, 45 ans, fondateur de J’ose l’immo, une agence en ligne basée à Marseille.
Son parcours colle au sujet : fils de commerçants, ancien employé de banque, puis agent immobilier, il a toujours été « dans la relation clientèle », la vraie, en chair et en os. Le Covid l’a pourtant frappé de plein fouet, comme beaucoup de mandataires. « Tout s’est arrêté », raconte-t-il, avant que le marché ne s’emballe à la sortie de la crise.
C’est à ce moment qu’il a voulu monter son propre projet, centré sur le service client. Lui qui défend le contact humain a pourtant choisi de passer au téléphone et à la visio. Vendre ou acheter sans agent peut d’ailleurs coûter bien plus cher qu’on ne le croit, ce qui explique que son option intermédiaire attire l’attention.
Mais que garde-t-il exactement dans son offre, et que laisse-t-il au vendeur ?
Tout est géré à distance, sauf une chose : la porte d’entrée
Le principe tient en une phrase de son fondateur : « Les mieux placés pour présenter leur bien, ce sont quand même ceux qui y habitent. » Les vendeurs gardent donc les clés et reçoivent eux-mêmes les acheteurs potentiels. Tout le reste, l’agence s’en charge.
Concrètement, les conseillers définissent la stratégie de commercialisation, préparent et diffusent l’annonce, gèrent les demandes et qualifient les acquéreurs. Ils organisent les rendez-vous, analysent les retours, accompagnent les décisions et négocient. Ils vérifient aussi le financement et sécurisent la transaction jusqu’au notaire.
Autre élément inclus dans le forfait : des photographes professionnels sont envoyés sur place pour réaliser les clichés du bien. Un détail qui pèse dans une annonce, et que beaucoup de vendeurs particuliers négligent.
Sans les visites, les agents se dégageraient, selon Jocelyn Tuccio, énormément de temps. Ils pourraient gérer une trentaine de biens en simultané, et « efficacement », assure-t-il. Autre conséquence : l’équipe peut travailler de partout en France, en télétravail.
Ce modèle n’est pas sans rappeler les débats sur le métier lui-même : des salariés d’agences franchisées osent désormais en parler sans filtre. Reste la question que tout le monde se pose : combien l’opération coûte-t-elle réellement ?

« On est à moins de 2 % » : le chiffre derrière le « trois fois moins cher »
Avant d’arriver au tarif, un mot sur le contexte. Tout propriétaire doit aussi penser à ses obligations déclaratives, car vendre ne se résume pas à trouver un acheteur.
Voici la réponse. Jocelyn Tuccio promet une prestation « 2 à 3 fois moins cher que dans le circuit classique ». Et il précise : « On est à moins de 2 %. » Face aux 5,78 % de moyenne observés en 2023, l’écart est considérable, même si ce tarif est celui que revendique le fondateur lui-même.
Le service fonctionne par paliers, selon la source. Le détail de cette grille n’y est pas précisé, il faut donc se référer au site de l’agence pour la consulter. Le fondateur parle en tout cas d’un forfait qui inclut notamment les photos professionnelles.
Il ne prétend pas pour autant remplacer ses confrères : « On ne veut pas remplacer les agences immobilières traditionnelles. On propose juste une option différente. » Elle s’adresse à ceux qui ne se sentent pas de vendre de particulier à particulier et à ceux qui veulent des frais réduits.
Le contrat, lui, repose sur un compromis assumé : le vendeur donne de son temps et de sa présence, l’agence apporte la méthode et la sécurité juridique. Mais qui accepte réellement ce deal ?
Retraités et primo-vendeurs : les premiers convaincus
D’après Jocelyn Tuccio, la formule a séduit tout type de vendeurs, « mais essentiellement des propriétaires occupants ». Ce sont ceux qui ont un attachement particulier à leur bien. Il cite des retraités très attachés à leur maison et qui ont le temps, mais aussi des primo-vendeurs.
L’idée est assez logique : celui qui connaît chaque recoin de son salon est souvent le mieux placé pour en parler. Pour lui, l’attachement devient presque un atout commercial.
Cette mécanique pose toutefois une question que la source n’aborde pas : que se passe-t-il quand le vendeur n’a ni le temps ni l’envie de recevoir chez lui ? L’agence assure justement qu’elle ne vise pas tout le monde, seulement ceux pour qui l’option fait sens.
L’entrepreneur s’est par ailleurs entouré. Il a suivi une formation dispensée par ceux de l’émission Qui veut être mon associé ?, qui viendront peut-être un jour lui acheter une part de son business. Et il a commencé seul, avant d’être rejoint par trois indépendants.
Reste à voir si ce modèle tiendra la distance, car la croissance annoncée est ambitieuse.
Ce que J’ose l’immo prépare pour 2027
Jocelyn Tuccio a rejoint le marché seul. Depuis juin, trois indépendants l’ont rejoint, installés ailleurs en France, dont un qui travaille depuis la Belgique. Un équilibre de freelances à distance, cohérent avec le fonctionnement de l’agence.
L’objectif suivant est annoncé : constituer progressivement une équipe de 5 à 10 conseillers immobiliers salariés courant 2027. Pour y arriver, le patron prépare une levée de fonds.
Son pari s’inscrit dans un marché où les modèles alternatifs se multiplient. Même les agences d’un nom célèbre du secteur peinent à rester debout, et la question du coût des intermédiaires s’invite partout.
Marseille reste de son côté un terrain d’observation intéressant, puisque les prix y progressent fortement dans certains arrondissements. Les vendeurs y sont sensibles à tout levier de réduction des frais.
Dernier point à surveiller : la capacité de l’agence à tenir sa promesse tarifaire en grandissant. Quand des réseaux bancaires ferment leurs agences, le service à distance gagne du terrain, et l’immobilier pourrait suivre la même pente.
En clair, la visite devient l’ultime frontière entre le vendeur et l’agent. Et si ce couple qui touche 2 300 € de retraite après 41 ans de petits salaires intrigue autant que ce modèle, c’est que chaque euro compte. Enfin, un collège de 2 710 m² à 159 000 euros montre que l’immobilier réserve encore des surprises.