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Dans les comptes d’Inès, architecte d’intérieur à Bordeaux à 2 680 € nets par mois

Publié par Mathieu le 30 Mai 2026 à 19:02

Inès a 34 ans, elle est architecte d’intérieur en libéral à Bordeaux. Chaque mois, 2 680 € nets tombent sur son compte. Pas de treizième mois, pas de primes garanties, pas de filet de sécurité. Voici comment elle ventile chaque euro — et ce qu’il reste une fois que tout est payé.

Ce qui entre sur son compte chaque mois

Inès exerce en micro-entreprise depuis cinq ans. Son chiffre d’affaires mensuel tourne autour de 4 200 € bruts. Après cotisations sociales (environ 23 %), impôt sur le revenu prélevé à la source et contribution à la formation professionnelle, il lui reste 2 680 € nets disponibles. C’est sa moyenne lissée sur les douze derniers mois, précise-t-elle : « En janvier, je peux descendre à 1 800 €. En mai-juin, ça monte à 3 500 €. Le métier est saisonnier, il faut lisser. »

Inès architecte d'intérieur travaillant dans son appartement bordelais

Aucune allocation, aucune APL. Inès vit seule, sans enfant, dans un T2 du quartier Saint-Michel. Elle ne touche ni aide au logement ni prime d’activité — ses revenus dépassent les plafonds. Sa seule source complémentaire : environ 80 € par mois d’intérêts générés par son Livret A et son assurance-vie. Total réel disponible : 2 760 €.

Comparé à un maçon à Limoges ou à une coiffeuse à Perpignan, ses revenus semblent confortables. Mais Bordeaux n’a rien à voir avec ces villes côté loyer — et le statut libéral impose des charges invisibles que beaucoup ignorent.

Le mur des dépenses fixes : 1 614 € avant même de manger

Le premier poste, c’est le loyer. Son T2 de 42 m² dans le centre de Bordeaux lui coûte 780 € charges comprises. « J’ai signé il y a trois ans, aujourd’hui le même appart’ est affiché à 850 €. Je m’accroche à ce bail. » Elle paie en plus une assurance habitation à 22 € par mois.

Courses alimentaires dans un petit appartement à Bordeaux

Côté transports, Inès se déplace essentiellement en vélo et en tramway. Son abonnement TBM revient à 42 €. Elle possède une voiture — une Clio de 2017 — qu’elle utilise surtout pour les rendez-vous clients en périphérie. Assurance auto : 58 €. Essence : environ 65 € par mois. Soit 165 € de mobilité au total.

Ses abonnements numériques et télécoms s’empilent : forfait mobile à 15 €, box internet à 30 €, Netflix à 13,50 €, Spotify à 11 €, Adobe Creative Cloud — indispensable pour son métier — à 60 €. Ce dernier poste fait souvent réagir : « Les gens ne réalisent pas que mon logiciel de travail coûte plus cher que tous mes loisirs numériques réunis. » Total abonnements : 129,50 €.

Sa mutuelle, souscrite en individuel puisqu’elle n’a pas d’employeur, lui revient à 52 €. Une prévoyance complémentaire — obligatoire quand on est libéral et qu’on veut être couverte en cas d’arrêt — ajoute 38 €. Enfin, sa responsabilité civile professionnelle, indispensable pour exercer, coûte 45 € par mois lissé.

Le total des charges fixes atteint 1 231,50 €. Mais il faut y ajouter une ligne que les salariés ne connaissent pas : la provision pour charges sociales et fiscales. Même si les cotisations sont déjà déduites de son net, Inès met systématiquement 250 € de côté pour sa CFE (cotisation foncière des entreprises), sa régularisation URSSAF et les acomptes de TVA qu’elle paie depuis son passage au régime réel. « Le jour où j’ai reçu mon premier appel de CFE — 382 € d’un coup — j’ai compris qu’il fallait provisionner. »

Ajoutez cette provision, et on grimpe à 1 481,50 € de fixes incompressibles. Auxquels s’ajoutent 132 € d’impôt sur le revenu mensuel prélevé à la source (déjà déduit dans le calcul de son net, mais elle le comptabilise mentalement). Bilan psychologique : avant même d’avoir acheté un paquet de pâtes, plus de 55 % de ses revenus ont disparu.

Courses, sorties et petits plaisirs : le budget sous surveillance

Inès consacre 320 € par mois à l’alimentation. Elle fait ses courses principalement chez Auchan et au marché des Capucins le dimanche matin. « Le marché me coûte plus cher au kilo, mais je mange mieux et je jette moins. Sur un mois, ça s’équilibre. » Elle cuisine beaucoup, rarement de plats préparés. Ses seuls achats « premium » : du café en grain à 9 € le paquet et du fromage de chèvre local.

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Les sorties représentent 140 € mensuels. Deux à trois restaurants par mois (entre 20 et 35 € le repas), quelques verres en terrasse à Bordeaux — « à 7 € le verre de vin, la note monte vite » — et un cinéma de temps en temps avec sa carte UGC à 22 €. Ce poste est le premier qu’elle réduit quand un mois est maigre.

Le shopping vêtements et déco oscille autour de 80 € lissés. Inès achète beaucoup en seconde main via Vinted. « Quand tu es architecte d’intérieur, les gens s’attendent à ce que ton appartement ressemble à un magazine. La réalité, c’est IKEA et brocante. » Côté soins personnels — coiffeur, produits, pharmacie — elle compte 55 € par mois.

Les vacances sont budgétées à 100 € mensuels lissés, soit 1 200 € par an. De quoi financer une semaine en location l’été et un week-end prolongé dans l’année. « L’an dernier, c’était le Pays basque et un Airbnb à Porto. Rien d’extravagant. » Comparée à un ébéniste à Annecy qui met 70 € de côté pour les vacances, elle s’en sort un peu mieux — mais Bordeaux lui prend plus cher en loyer.

Total des dépenses variables : 695 €. Le cumul fixe + variable atteint donc environ 2 176 € (hors provision URSSAF/CFE). En intégrant la provision, on frôle 2 426 €.

Ce qu’il reste quand tout est payé

Sur ses 2 760 € mensuels réels, il reste environ 334 € en fin de mois. C’est à la fois « pas mal pour une libérale » et « trop juste pour dormir tranquille », selon ses propres mots.

Inès place 200 € par mois sur son assurance-vie en fonds euros (rendement autour de 3 % en 2024). Les 134 € restants alimentent son compte courant — un matelas de sécurité qu’elle ne touche qu’en cas de mois creux. Son Livret A affiche 9 800 €. Son assurance-vie, alimentée depuis quatre ans, dépasse les 11 000 €. « Mon objectif, c’est 15 000 € de trésorerie de sécurité sur le Livret A. Quand on est indépendante, trois mois sans client, ça existe. »

Aucun crédit à la consommation en cours. Sa voiture a été achetée d’occasion, payée comptant 7 500 €. Elle n’a jamais emprunté pour son activité — son matériel se résume à un MacBook, un écran externe et les abonnements logiciels qui pèsent chaque mois.

Son projet à moyen terme : passer en EURL pour optimiser sa fiscalité. « En micro, passé un certain chiffre d’affaires, tu paies plus d’impôts qu’un salarié au même net. Mon comptable m’a fait une simulation : je gagnerais 180 € nets par mois en changeant de statut. Mais il faut un comptable, une comptabilité réelle… Bref, de l’administratif en plus. » Elle hésite encore.

« Je ne me plains pas, dit-elle. Je fais un métier que j’ai choisi, dans une ville que j’aime. Mais quand je vois mes amies salariées avec leurs congés payés, leur mutuelle d’entreprise et leur treizième mois, parfois je me demande si la liberté vaut vraiment 334 € de marge par mois. »

Pour rappel, le salaire net médian en France se situe autour de 2 100 € par mois. Avec 2 680 € nets, Inès se place au-dessus — mais le statut libéral, l’absence de protection salariale et le coût de la vie bordelais relativisent sérieusement l’écart.

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