Dans les comptes de Franck, ébéniste à Annecy à 2 460 € nets par mois
Franck, 44 ans, ébéniste dans un atelier artisanal à Annecy, touche 2 460 € nets par mois. Propriétaire d’un appartement en périphérie de la ville, père d’un fils de 12 ans dont il a la garde alternée, il vit dans l’une des villes les plus chères de France hors Paris. Voici comment il répartit chaque euro.

Un salaire de 2 460 € pour un métier qui se raréfie
Franck travaille depuis vingt ans dans le même atelier à Cran-Gevrier, une commune limitrophe d’Annecy. Son employeur lui verse un salaire brut de 3 150 €, soit 2 460 € nets après cotisations. C’est nettement au-dessus du salaire médian d’un ouvrier qualifié dans l’artisanat, qui tourne autour de 1 900 à 2 100 € selon les données de la branche bois-ameublement.
L’ancienneté compte beaucoup dans son cas. En début de carrière, il ne dépassait pas 1 700 € nets. Aujourd’hui, il bénéficie d’une prime d’ancienneté de 180 € bruts par mois, déjà incluse dans le calcul. Pas de 13e mois, pas d’heures supplémentaires régulières. « Le patron paie correctement, mais on n’est pas dans le bâtiment où les primes s’accumulent », dit-il.
Côté revenus complémentaires : il perçoit 95 € par mois de pension alimentaire versée par la mère de son fils pour les mois où l’enfant est chez lui. Total des rentrées : 2 555 € mensuels. C’est avec cette enveloppe qu’il gère tout, dans une ville où les loyers ont explosé depuis dix ans.
Des charges fixes qui pèsent lourd à Annecy
Franck a acheté son appartement de 68 m² en 2017, à Seynod, pour 235 000 €. Son crédit immobilier lui coûte 820 € par mois, charges de copropriété comprises. C’est le poste le plus lourd de son budget, et de loin. À titre de comparaison, un locataire pour le même bien paierait aujourd’hui entre 950 et 1 050 € — il a donc fait le bon choix au bon moment.

Les autres charges fixes s’enchaînent rapidement :
- Électricité + gaz : 110 € (contrat révisé en 2024)
- Assurance habitation : 28 €
- Assurance voiture (Peugeot 308 de 2019) : 72 €
- Mutuelle santé : 54 € (prise en charge partielle par l’employeur, reste à charge)
- Forfait téléphone : 22 €
- Internet box : 27 €
- Abonnements streaming (Netflix + Spotify) : 23 €
- Impôt sur le revenu (mensualisation) : 105 €
Total charges fixes : 1 261 €. Une fois cette colonne réglée, il lui reste 1 294 € pour tout le reste. C’est là que les choses deviennent intéressantes — et parfois compliquées.
À noter : Franck ne paie pas de taxe foncière à titre mensuel (il la règle en une fois en octobre, autour de 780 €), ce qui grignote un mois sur deux dans son épargne. Beaucoup de propriétaires oublient d’intégrer ce poste dans leur calcul mensuel lissé — les dépenses contraintes invisibles sont souvent les plus dangereuses.
Le quotidien : là où chaque euro est compté
Avec 1 294 € de marge, Franck gère les dépenses variables d’un père de famille à mi-temps. Les semaines avec son fils changent radicalement l’équation.

Ses postes variables mensuels, lissés sur l’année :
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- Courses alimentaires (pour deux en moyenne) : 320 €
- Carburant (35 km aller-retour pour le travail) : 130 €
- Cantine scolaire + activités extrascolaires du fils : 85 €
- Restaurants et sorties : 90 €
- Habillement (lui + fils) : 60 € en moyenne lissée
- Loisirs et sport (abonnement salle de grimpe partagé père-fils) : 45 €
- Vacances (budget lissé) : 120 €
- Entretien voiture + divers (péages, stationnement) : 65 €
- Cadeaux, imprévus, pharmacie : 55 €
Total dépenses variables : 970 €. Ce qui laisse, en théorie, 324 € à placer chaque mois. Mais la théorie et la réalité ne se croisent pas toujours.
« Les mois où mon fils est là deux semaines complètes, les courses montent à 380 €. Les mois où la voiture tousse, j’oublie l’épargne », reconnaît Franck. Son budget sorties est l’un des plus bas de son entourage — il l’assume : à Annecy, un repas en terrasse tourne facilement autour de 35 € par personne.
Ce qu’il reste vraiment en fin de mois
Sur le papier, Franck dégage environ 300 à 350 € d’épargne mensuelle. Dans les faits, cette enveloppe absorbe les coups durs : réparation d’électroménager, frais dentaires du fils, renouvellement d’outil professionnel (il achète régulièrement ses propres ciseaux à bois, non fournis par l’employeur).
Son Livret A affiche 6 400 € — il y verse 150 € par mois en automatique, et considère ça comme son filet de sécurité minimum. Son PEL ouvert en 2015 dort à 18 200 €, bloqué au taux de 1,5 %. Il n’y touche pas, mais ne l’alimente plus depuis trois ans. « Je sais que c’est un mauvais taux, mais c’est une sécurité psychologique », dit-il. La question de l’usage de l’épargne réglementée se pose de toute façon différemment en 2026.

Son crédit immobilier court jusqu’en 2037. À ce rythme, le capital restant dû est d’environ 112 000 €. La valeur du bien a grimpé à environ 290 000 € selon les estimations du marché annécien — une plus-value latente de 55 000 € qu’il n’a aucune intention de réaliser pour l’instant.
Pas de placement en bourse, pas d’assurance-vie. « Je ne comprends pas assez ces produits pour y mettre de l’argent. Et je n’ai pas le temps de m’y former ». C’est un profil courant chez les artisans : patrimoine immobilier solide, épargne liquide prudente, zéro exposition aux marchés financiers.
Son grand projet : partir dix jours en Espagne avec son fils l’été prochain, budget cible 1 400 €. Il économise 120 € par mois depuis janvier pour y arriver. Pour contextualiser : avec ses 2 460 € nets, Franck se situe au-dessus du salaire médian français (1 981 € nets selon l’INSEE en 2024), mais la cherté de vie à Annecy — l’une des agglomérations les plus chères hors Paris — efface une bonne partie de cet avantage. Comme des millions de Français qui gagnent « bien » sans se sentir à l’aise, la classe moyenne reste un statut étrangement inconfortable.
Envie de comparer ? Ambre, aide-soignante à Rouen à 1 720 €, ou Thomas, policier à Bordeaux à 2 480 €, gèrent des contraintes très différentes avec des enveloppes proches.