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Dans les comptes de Franck, ébéniste à Annecy à 2 460 € nets par mois

Publié par Mathieu le 10 Mai 2026 à 19:01

Franck, 44 ans, ébéniste dans un atelier artisanal à Annecy, touche 2 460 € nets par mois. Propriétaire d’un appartement en périphérie de la ville, père d’un fils de 12 ans dont il a la garde alternée, il vit dans l’une des villes les plus chères de France hors Paris. Voici comment il répartit chaque euro.

Ébéniste artisan ponçant un meuble en bois dans son atelier

Un salaire de 2 460 € pour un métier qui se raréfie

Franck travaille depuis vingt ans dans le même atelier à Cran-Gevrier, une commune limitrophe d’Annecy. Son employeur lui verse un salaire brut de 3 150 €, soit 2 460 € nets après cotisations. C’est nettement au-dessus du salaire médian d’un ouvrier qualifié dans l’artisanat, qui tourne autour de 1 900 à 2 100 € selon les données de la branche bois-ameublement.

L’ancienneté compte beaucoup dans son cas. En début de carrière, il ne dépassait pas 1 700 € nets. Aujourd’hui, il bénéficie d’une prime d’ancienneté de 180 € bruts par mois, déjà incluse dans le calcul. Pas de 13e mois, pas d’heures supplémentaires régulières. « Le patron paie correctement, mais on n’est pas dans le bâtiment où les primes s’accumulent », dit-il.

Côté revenus complémentaires : il perçoit 95 € par mois de pension alimentaire versée par la mère de son fils pour les mois où l’enfant est chez lui. Total des rentrées : 2 555 € mensuels. C’est avec cette enveloppe qu’il gère tout, dans une ville où les loyers ont explosé depuis dix ans.

Des charges fixes qui pèsent lourd à Annecy

Franck a acheté son appartement de 68 m² en 2017, à Seynod, pour 235 000 €. Son crédit immobilier lui coûte 820 € par mois, charges de copropriété comprises. C’est le poste le plus lourd de son budget, et de loin. À titre de comparaison, un locataire pour le même bien paierait aujourd’hui entre 950 et 1 050 € — il a donc fait le bon choix au bon moment.

Factures et budget mensuel posés sur un bureau en bois

Les autres charges fixes s’enchaînent rapidement :

  • Électricité + gaz : 110 € (contrat révisé en 2024)
  • Assurance habitation : 28 €
  • Assurance voiture (Peugeot 308 de 2019) : 72 €
  • Mutuelle santé : 54 € (prise en charge partielle par l’employeur, reste à charge)
  • Forfait téléphone : 22 €
  • Internet box : 27 €
  • Abonnements streaming (Netflix + Spotify) : 23 €
  • Impôt sur le revenu (mensualisation) : 105 €

Total charges fixes : 1 261 €. Une fois cette colonne réglée, il lui reste 1 294 € pour tout le reste. C’est là que les choses deviennent intéressantes — et parfois compliquées.

À noter : Franck ne paie pas de taxe foncière à titre mensuel (il la règle en une fois en octobre, autour de 780 €), ce qui grignote un mois sur deux dans son épargne. Beaucoup de propriétaires oublient d’intégrer ce poste dans leur calcul mensuel lissé — les dépenses contraintes invisibles sont souvent les plus dangereuses.

Le quotidien : là où chaque euro est compté

Avec 1 294 € de marge, Franck gère les dépenses variables d’un père de famille à mi-temps. Les semaines avec son fils changent radicalement l’équation.

Père et fils faisant les courses au supermarché

Ses postes variables mensuels, lissés sur l’année :

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  • Courses alimentaires (pour deux en moyenne) : 320 €
  • Carburant (35 km aller-retour pour le travail) : 130 €
  • Cantine scolaire + activités extrascolaires du fils : 85 €
  • Restaurants et sorties : 90 €
  • Habillement (lui + fils) : 60 € en moyenne lissée
  • Loisirs et sport (abonnement salle de grimpe partagé père-fils) : 45 €
  • Vacances (budget lissé) : 120 €
  • Entretien voiture + divers (péages, stationnement) : 65 €
  • Cadeaux, imprévus, pharmacie : 55 €

Total dépenses variables : 970 €. Ce qui laisse, en théorie, 324 € à placer chaque mois. Mais la théorie et la réalité ne se croisent pas toujours.

« Les mois où mon fils est là deux semaines complètes, les courses montent à 380 €. Les mois où la voiture tousse, j’oublie l’épargne », reconnaît Franck. Son budget sorties est l’un des plus bas de son entourage — il l’assume : à Annecy, un repas en terrasse tourne facilement autour de 35 € par personne.

Ce qu’il reste vraiment en fin de mois

Sur le papier, Franck dégage environ 300 à 350 € d’épargne mensuelle. Dans les faits, cette enveloppe absorbe les coups durs : réparation d’électroménager, frais dentaires du fils, renouvellement d’outil professionnel (il achète régulièrement ses propres ciseaux à bois, non fournis par l’employeur).

Son Livret A affiche 6 400 € — il y verse 150 € par mois en automatique, et considère ça comme son filet de sécurité minimum. Son PEL ouvert en 2015 dort à 18 200 €, bloqué au taux de 1,5 %. Il n’y touche pas, mais ne l’alimente plus depuis trois ans. « Je sais que c’est un mauvais taux, mais c’est une sécurité psychologique », dit-il. La question de l’usage de l’épargne réglementée se pose de toute façon différemment en 2026.

Livret A et titre de propriété sur une table en bois

Son crédit immobilier court jusqu’en 2037. À ce rythme, le capital restant dû est d’environ 112 000 €. La valeur du bien a grimpé à environ 290 000 € selon les estimations du marché annécien — une plus-value latente de 55 000 € qu’il n’a aucune intention de réaliser pour l’instant.

Pas de placement en bourse, pas d’assurance-vie. « Je ne comprends pas assez ces produits pour y mettre de l’argent. Et je n’ai pas le temps de m’y former ». C’est un profil courant chez les artisans : patrimoine immobilier solide, épargne liquide prudente, zéro exposition aux marchés financiers.

Son grand projet : partir dix jours en Espagne avec son fils l’été prochain, budget cible 1 400 €. Il économise 120 € par mois depuis janvier pour y arriver. Pour contextualiser : avec ses 2 460 € nets, Franck se situe au-dessus du salaire médian français (1 981 € nets selon l’INSEE en 2024), mais la cherté de vie à Annecy — l’une des agglomérations les plus chères hors Paris — efface une bonne partie de cet avantage. Comme des millions de Français qui gagnent « bien » sans se sentir à l’aise, la classe moyenne reste un statut étrangement inconfortable.

Envie de comparer ? Ambre, aide-soignante à Rouen à 1 720 €, ou Thomas, policier à Bordeaux à 2 480 €, gèrent des contraintes très différentes avec des enveloppes proches.

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