Dans les comptes de Mélanie, conductrice de tramway à Montpellier à 2 310 € nets par mois
Mélanie a 34 ans. Elle conduit un tramway à Montpellier, six jours sur quatorze à partir de 5 h du matin, et gagne 2 310 € nets par mois. Un salaire un peu au-dessus de la médiane française, mais dans une ville où se loger coûte cher. Voici comment elle répartit chaque euro, et le poste qui lui pèse le plus n’est pas celui qu’on croit.
2 310 € par mois : d’où vient chaque euro
Le salaire de base de Mélanie s’élève à 1 890 € nets. À cela s’ajoutent les primes liées aux horaires décalés : 280 € pour les services de très tôt le matin et de soirée, auxquels s’ajoutent 140 € de prime de travail du dimanche et des jours fériés. Total : 2 310 € nets, versés chaque fin de mois.
Elle perçoit aussi un petit complément : 38 € de titres-restaurant pris en charge par l’employeur, qu’elle ne compte pas dans son salaire mais qui allègent ses courses. Pas d’heures supplémentaires, pas de second emploi. « Mon planning change tout le temps, alors faire autre chose à côté, c’est impossible », confie-t-elle.

Célibataire, sans enfant, elle ne touche ni allocation ni aide au logement. Son revenu fiscal la place dans la tranche à 11 %, et son prélèvement à la source est déjà intégré dans les 2 310 € nets. Reste à voir ce qui part en premier, dès le début du mois.
Les dépenses fixes : ce poste qui avale la moitié du salaire
Premier poste, et de loin : le logement. Mélanie loue un deux-pièces de 41 m² près du quartier des Beaux-Arts pour 780 € par mois, charges comprises. À Montpellier, où les loyers ont fortement grimpé ces dernières années, elle estime avoir eu de la chance de le trouver.
Viennent ensuite l’électricité (62 €), l’assurance habitation (14 €), internet et téléphone (29 €) et la mutuelle d’entreprise (47 €). Côté transports, elle ne paie rien pour le tram, évidemment, mais sa petite Clio de 2014 lui coûte 68 € d’assurance et environ 70 € de carburant et d’entretien lissés, car elle en a besoin pour rejoindre le dépôt à 4 h 30 quand le réseau n’a pas démarré.
Elle règle aussi 19 € d’abonnements numériques (streaming et stockage photo) et 25 € pour une salle de sport. Total des fixes : 1 114 € environ. Soit presque la moitié de son revenu, avant d’avoir acheté un seul yaourt. Et ce n’est pas encore là que le budget se joue.
Courses, sorties, imprévus : où l’argent s’évapore
Pour l’alimentation, Mélanie dépense 280 € par mois. Elle cuisine beaucoup en batch le dimanche soir, ce qui lui permet de tenir avec un budget raisonnable malgré ses horaires décalés. « Quand je finis à 22 h, je n’ai pas envie de cuisiner. Si je n’ai rien préparé, c’est livraison ou sandwich. »
Les restaurants et cafés lui coûtent 120 € mensuels, les vêtements et soins 90 €, et les loisirs (cinéma, concerts, escapades au bord de la mer) 85 €. Elle ajoute 40 € de cadeaux et dépenses imprévues, et 30 € pour le vétérinaire de sa chatte, Pita.

Total des dépenses variables : 645 €. En cumulant avec les fixes, on arrive à 1 759 €. Il reste donc 551 € sur le papier. Mais Mélanie ne les retrouve pas tous sur son compte, et la raison tient en un mot qu’elle n’avait pas prévu de mettre dans son budget.
Ce qu’il reste en fin de mois (et pourquoi c’est moins que prévu)
Chaque année, Mélanie met de côté pour ses vacances : 90 € par mois sur un livret dédié, soit un voyage de 1 080 € l’été. Elle alimente aussi un Livret A à hauteur de 200 € mensuels, avec un objectif clair : constituer un apport pour acheter un petit appartement dans l’arrière-pays héraultais d’ici cinq ans.
Elle verse enfin 60 € par mois sur une assurance-vie ouverte par sa banque. Cumulé, cela représente 350 € d’épargne programmée. Il lui reste donc environ 200 € de marge, qui fondent souvent en frais imprévus : une réparation de voiture, une facture de dentiste, un mariage d’amis.
Elle n’a aucun crédit à la consommation. Son seul engagement long, c’est le loyer. « Je sais que je pourrais épargner plus si je rognais sur les sorties, mais j’ai un métier où je suis seule dans ma cabine pendant des heures. Les moments avec mes amis, c’est ma soupape », glisse-t-elle.
Le verdict : mieux que la médiane, mais pas de quoi se relâcher
Avec 2 310 € nets, Mélanie dépasse le salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets par mois pour un temps plein. Mais à Montpellier, avec un loyer de 780 € pour 41 m², cet avantage fond vite. Son taux d’épargne atteint 15 %, un chiffre honorable que peu de Français de son âge peuvent revendiquer.
Elle résume son rapport à l’argent en une phrase : « Je ne suis pas riche, mais je dors tranquille. » Reste à savoir comment font d’autres professionnels dont les horaires sont tout aussi atypiques. Pour comparer, découvrez le budget de Marlène, ambulancière à Chalon-sur-Saône, qui jongle elle aussi avec les gardes de nuit, ou les comptes de Solange, factrice à Auxerre, qui se lève elle aussi avant l’aube.