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Dans les comptes de Clara, diététicienne à Toulon à 1 920 € nets par mois

Publié par Mathieu le 25 Mai 2026 à 19:02

Clara a 29 ans, elle est diététicienne salariée dans une clinique privée à Toulon et touche 1 920 € nets par mois. Célibataire, sans enfant, elle vit seule dans un T2 à quelques minutes du port. Voici comment elle répartit chaque euro — et ce qui reste en fin de mois risque de surprendre ceux qui imaginent que les professionnels de santé vivent confortablement.

Ce que Clara gagne vraiment chaque mois

Son salaire fixe s’élève à 1 920 € nets après prélèvement à la source. Clara est en CDI depuis trois ans dans une clinique spécialisée en rééducation. Elle travaille 35 heures par semaine, du lundi au vendredi. Pas de primes régulières, pas de 13e mois. « En clinique privée, la grille salariale est ce qu’elle est. Je gagne un peu plus qu’à l’hôpital public, mais ça reste modeste pour un bac +3 dans la santé », confie-t-elle.

Jeune diététicienne en blouse blanche dans son bureau de clinique

Seul complément : une prime annuelle d’intéressement versée en mars, qui oscille entre 300 et 500 € selon les résultats de la clinique. Lissée sur douze mois, cela représente environ 35 € mensuels. Clara ne la compte pas dans son budget courant : elle la verse directement sur son épargne. Son revenu réel mensuel de fonctionnement reste donc bloqué à 1 920 €. À titre de comparaison, le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets. Clara se situe en dessous.

Elle a envisagé de passer en libéral pour augmenter ses revenus, comme certaines professionnelles de santé libérales, mais le coût d’installation et l’absence de patientèle garantie l’ont freinée. Pour l’instant, elle mise sur la stabilité du salariat — quitte à serrer les vis ailleurs.

Le loyer qui mange presque la moitié

Premier poste de dépense, et de loin : le logement. Son T2 de 38 m² dans le quartier du Mourillon lui coûte 680 € par mois, charges comprises. C’est un loyer moyen pour Toulon, où les prix ont grimpé ces dernières années sous l’effet de la pression immobilière sur le littoral varois. « J’ai visité des studios plus petits au même prix. Au moins là, j’ai une vraie chambre séparée », précise Clara.

Légumes frais et huile d'olive dans une cuisine d'appartement à Toulon

L’assurance habitation ajoute 18 € mensuels. L’électricité, dans un appartement tout électrique avec un ballon d’eau chaude ancien, lui revient à 72 € par mois en moyenne lissée sur l’année — un poste qu’elle surveille de près depuis la hausse des tarifs de ces dernières années. Sa taxe d’habitation sur les ordures ménagères représente 32 € par mois une fois lissée.

Côté télécommunications : un forfait mobile à 12 € (B&You) et une box internet à 20 € (Red by SFR). Elle cumule un abonnement Netflix à 5,99 € (forfait avec pub) et Spotify à 10,99 €. Sa mutuelle complémentaire, obligatoire via l’employeur, lui coûte 38 € après prise en charge partielle par la clinique. Enfin, la cotisation à un syndicat professionnel de diététiciens s’élève à 8 € par mois.

Total des dépenses fixes : 896,98 €. Autrement dit, près de 47 % de son salaire net disparaît avant même qu’elle ait mis un pied au supermarché. Ce ratio est nettement plus élevé que celui d’un salarié dans une ville moins chère comme Limoges. Mais la marge de manœuvre se joue sur ce qui vient après.

Le paradoxe de la diététicienne au rayon courses

On pourrait croire qu’une diététicienne mange mieux et dépense moins en alimentation. Clara nuance sérieusement ce cliché. Son budget courses s’élève à 320 € par mois. « Je cuisine tout moi-même, je n’achète quasiment aucun plat préparé. Mais les légumes frais, les protéines de qualité, les huiles première pression… ça coûte cher. Manger bien n’est pas manger pas cher. »

Elle fait ses courses principalement chez Lidl et au marché du Cours Lafayette le samedi matin. Les fruits et légumes de saison représentent à eux seuls 90 € par mois. Le poisson frais — elle en consomme deux fois par semaine — alourdit la note d’environ 50 €. Le reste part en légumineuses, œufs, produits laitiers et quelques extras comme du chocolat noir 85 % (« mon seul vice assumé »). Comparé au budget alimentaire d’une aide-soignante à Rouen, Clara dépense nettement plus en nourriture — un choix conscient qu’elle assume.

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Côté sorties et restaurants, elle s’accorde un dîner au restaurant par mois (environ 25 €) et deux ou trois verres en terrasse dans le mois (30 € au total). Son budget « plaisirs sociaux » mensuel plafonne à 55 €. « Mes amies comprennent. On se fait plus souvent des apéros chez l’une ou chez l’autre. »

Les transports constituent un poste étonnamment léger. Clara n’a pas de voiture : elle se déplace en vélo et en bus. Son abonnement Réseau Mistral (bus + tramway) coûte 33 € par mois. L’entretien annuel du vélo, lissé, ajoute 8 €. Total transports : 41 €. Un luxe permis par la proximité de la clinique (12 minutes en vélo) et la douceur du climat varois. Pas de frais d’essence, pas d’assurance auto, pas de stationnement — une économie considérable par rapport à un conducteur de bus ou un ambulancier qui doivent entretenir un véhicule personnel.

Shopping et vêtements : 40 € par mois en moyenne. Clara achète peu mais régulièrement, surtout en seconde main via Vinted. Loisirs divers (livres, yoga en salle) : 45 € par mois, dont 30 € pour un abonnement dans un studio de yoga. Vacances : elle provisionne 80 € par mois pour un voyage annuel, généralement une semaine en Grèce ou en Espagne.

Total des dépenses variables : 581 €.

Ce qui reste quand tout est payé

Faisons le calcul. Revenus : 1 920 €. Dépenses fixes : 897 €. Dépenses variables : 581 €. Reste en fin de mois : 442 €.

Sur ce solde, Clara place systématiquement 200 € sur un Livret A (actuellement à environ 8 400 € de cumul) et 100 € sur une assurance-vie ouverte l’année dernière. Les 142 € restants forment son « matelas de sécurité mensuel » : l’argent qui absorbe les imprévus — un rendez-vous chez le dentiste, un cadeau d’anniversaire, une réparation de vélo.

« Je sais que 300 € d’épargne par mois, ça peut paraître correct. Mais je n’ai aucun crédit en cours, pas de voiture, pas d’enfant. Le jour où l’un de ces paramètres change, tout explose. » Clara n’a pas tort : son taux d’épargne de 15,6 % est supérieur à la moyenne française (environ 11 %), mais il repose sur un mode de vie volontairement frugal. Quand on compare avec le budget d’une infirmière libérale à 3 200 €, l’écart de confort financier est flagrant — alors que les deux métiers relèvent du même univers paramédical.

Son objectif à 18 mois : atteindre 12 000 € sur le Livret A pour constituer un fonds de sécurité équivalent à six mois de dépenses. Ensuite, elle envisage de passer une formation complémentaire en micronutrition pour élargir sa patientèle si elle bascule en libéral. Coût estimé : 3 500 €. « C’est un investissement sur moi-même. Si je passe en libéral, je peux espérer tourner entre 2 500 et 3 000 € nets. Ça change tout. »

En attendant, Clara vit avec 1 920 € dans une ville balnéaire où le coût de la vie n’a rien d’anodin. Elle ne se plaint pas, mais résume la situation avec lucidité : « Je mange bien, je dors bien, je vis au soleil. Mais si on m’avait dit à la fac que je gagnerais moins qu’un smic et demi avec un diplôme de santé, j’aurais peut-être réfléchi autrement. » Le Smic vient d’ailleurs d’être revalorisé, et l’écart avec les diplômés bac +3 du paramédical ne cesse de se réduire — un constat que partagent de nombreux professionnels du secteur.

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