Dans les comptes de Romain, cuisinier à Limoges à 1 830 € nets par mois
Romain a 34 ans, il est cuisinier dans un restaurant traditionnel à Limoges depuis six ans. Chaque mois, il touche 1 830 € nets. Célibataire, locataire d’un deux-pièces en centre-ville, il jongle entre des horaires décalés, un loyer modéré et l’envie de mettre un peu d’argent de côté. Voici comment il répartit chaque euro.

Ce qui tombe sur son compte chaque mois
Le salaire de base de Romain s’élève à 1 680 € nets. C’est ce que lui verse son employeur, un restaurateur indépendant qui tourne avec une brigade de quatre personnes en cuisine. Romain est en CDI, au coefficient 185 de la convention collective des hôtels-cafés-restaurants, ce qui correspond à un poste de cuisinier confirmé.
À ce salaire fixe s’ajoutent en moyenne 150 € nets de pourboires mutualisés. « Ça dépend des mois, l’été c’est mieux, en janvier c’est mort », précise-t-il. Le restaurant pratique le partage des pourboires entre salle et cuisine, un système de plus en plus courant depuis que le paiement par carte a rendu les pourboires traçables.
Total mensuel moyen : 1 830 € nets. Pas de prime de fin d’année, pas de treizième mois. Romain ne touche ni APL — son salaire dépasse le plafond pour un célibataire sans enfant — ni aucune autre aide. Comparé à d’autres métiers manuels, comme un boucher à Colmar qui tourne à 2 340 €, l’écart est net. Mais Limoges a un avantage que peu de villes françaises peuvent offrir : un coût de la vie parmi les plus bas de France.
Le loyer et les charges qui partent avant tout le reste
Son appartement de 42 m² en centre-ville lui coûte 420 € par mois, charges comprises. À Limoges, le prix moyen au mètre carré en location tourne autour de 9 €, bien en dessous de la moyenne nationale. « Quand je vois ce que paient mes potes cuisiniers à Lyon ou Bordeaux pour un studio, je me dis que j’ai bien fait de rester ici », lâche Romain.
Son assurance habitation lui revient à 18 € par mois. La mutuelle santé, obligatoire via son employeur, est prise en charge à 50 % : il paye 32 € de sa poche. Côté énergie, sa facture d’électricité — il se chauffe avec des convecteurs — oscille entre 55 € en été et 95 € en hiver. Lissé sur l’année, il compte 72 € par mois.
Internet : 25 € par mois chez un opérateur classique. Forfait téléphone : 13 €. Il n’a pas de box TV, il se contente de son téléphone et de son ordinateur portable. Côté streaming, un seul abonnement Netflix à 13,49 €. « Je rentre souvent à 23 h, je regarde un épisode et je dors. Pas besoin de cinq plateformes. »
Transport : Romain n’a pas de voiture. Son restaurant est à douze minutes à vélo de chez lui. Il possède un vieux VTT qu’il entretient lui-même. Coût mensuel réel : 0 €, hors les rares réparations. En cas de pluie ou de retour tardif, il prend un bus — l’abonnement annuel Limoges Métropole coûte 280 €, soit 23 € par mois, qu’il a fini par prendre pour avoir l’esprit tranquille.
Son impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente 52 € par mois. Avec un revenu net imposable d’environ 22 000 € annuels, il se situe dans la première tranche à 11 %. Au total, ses dépenses fixes atteignent 668,49 € par mois. Il lui reste donc 1 161,51 € pour vivre, épargner et se faire plaisir. Mais la suite montre que ce « reste » fond vite.

Courses, sorties et les petits extras qui s’accumulent
Avantage du métier : Romain mange au restaurant cinq jours sur sept. Les repas pris en service — un déjeuner avant le coup de feu, un dîner à la fermeture — ne lui coûtent rien. « C’est le gros plus de ce boulot. Si je devais manger dehors ou cuisiner chez moi tous les jours, mon budget exploserait. » Résultat : ses courses alimentaires se limitent aux jours de repos et aux petits-déjeuners.
Il dépense environ 180 € par mois en courses. Du frais, pas de plats préparés — « déformation professionnelle ». Il achète ses légumes au marché du samedi matin, sa viande chez un boucher du quartier. Pour un célibataire, c’est un budget maîtrisé, très en dessous de la moyenne INSEE qui tourne autour de 260 € pour une personne seule. Comme le montre le budget de Youssef, serveur à Paris, les métiers de la restauration ont cet avantage concret sur le poste alimentation.
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Côté sorties, c’est plus compliqué. Travailler le soir et le week-end limite drastiquement la vie sociale. Romain sort un soir par semaine en moyenne, souvent le dimanche, jour de fermeture. Il consacre environ 90 € par mois aux sorties : un bar, un resto de temps en temps avec des amis, parfois une place de cinéma. « Mes potes sortent le samedi soir. Moi je suis en plein service. On se voit le dimanche ou pas du tout. »
Shopping et vêtements : 45 € par mois en moyenne lissée. Romain n’achète pas grand-chose, mais renouvelle régulièrement ses chaussures — « debout dix heures par jour sur du carrelage, tes semelles lâchent vite ». Il commande principalement en ligne.
Hygiène et soins : 25 €. Coiffeur tous les deux mois, produits de base. Son budget loisirs annexes — un abonnement à une salle de sport low cost — lui coûte 20 € par mois. Il y va deux fois par semaine, toujours le matin avant le service. Enfin, il provisionne 60 € par mois pour les vacances. Deux semaines par an, souvent chez sa famille dans le Lot, parfois un voyage modeste. L’an dernier, une semaine au Portugal pour 650 € tout compris.
Total des dépenses variables : 420 € par mois. Ajoutées aux charges fixes, ses sorties d’argent mensuelles atteignent donc environ 1 088 €. Sur le papier, il reste quelque chose. Mais entre le papier et la réalité, il y a toujours un écart.
Ce qu’il reste vraiment en fin de mois
En théorie, Romain dégage 742 € de reste à vivre après toutes ses dépenses identifiées. En pratique, il parvient à épargner entre 250 et 350 € par mois. Le reste part dans ce qu’il appelle « les fuites » : un verre en plus, un achat impulsif, une réparation de vélo, un cadeau d’anniversaire.
Son épargne est simple. Il verse 200 € par mois sur un Livret A qui affiche aujourd’hui un peu plus de 6 800 €. Le reste, quand il y en a, termine sur son compte courant en tampon de sécurité. Il n’a ni assurance-vie, ni PEA, ni investissement immobilier. « Je sais que je devrais m’y mettre. Mais à 1 830 € par mois, j’ai pas l’impression d’avoir assez pour jouer au financier. »
Pas de crédit en cours, ni à la consommation ni immobilier. C’est un choix assumé : « Je préfère avoir zéro dette et un petit Livret A que de m’endetter pour une voiture dont j’ai pas besoin. » Son projet à moyen terme : passer chef de cuisine dans un établissement plus grand, ce qui pourrait lui faire gagner 300 à 500 € de plus par mois. À plus long terme, il rêve d’ouvrir son propre restaurant — mais il sait que ça demande un apport qu’il est encore loin d’avoir.
À titre de comparaison, le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets par mois. Romain se situe donc 270 € en dessous. Mais l’absence de voiture, un loyer deux fois inférieur à celui d’une grande métropole et les repas pris au travail rééquilibrent la balance. Comme Sonia, coiffeuse à Perpignan, il fait partie de ces travailleurs qui compensent un salaire modeste par un coût de la vie maîtrisé et des habitudes calibrées au centime.
« On me dit souvent que cuisinier c’est un métier passion. C’est vrai. Mais la passion, elle paye pas le loyer. Ce qui paye le loyer, c’est Limoges. »