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Dans les comptes de Mélina, éleveuse de chèvres fromagères à Rocamadour à 1 780 € nets par mois

Publié par Mathieu le 07 Nov 2026 à 19:01

Mélina, 36 ans, élève quarante chèvres et transforme leur lait en rocamadour sur une petite exploitation du Lot. Elle gagne 1 780 € nets par mois, un revenu qui ressemble à des montagnes russes : tout dépend de la saison, du lait et de la météo.

Son réveil sonne à 5 h 30, sept jours sur sept, et ses vacances se comptent sur les doigts d’une main. Voici comment elle répartit chaque euro, et pourquoi un poste en particulier lui pèse plus que tous les autres.

Un salaire qui change tous les mois

Mélina s’est installée il y a six ans, après un BPREA et deux ans comme salariée agricole chez un voisin. Elle se verse en moyenne 1 650 € nets par mois, un chiffre lissé sur l’année après déduction des cotisations à la MSA.

À cela s’ajoutent 130 € de vente directe sur le marché de Gramat, qu’elle garde de côté pour ses dépenses personnelles. Son conjoint, Julien, est ouvrier forestier et gagne 1 950 € nets, mais elle préfère raconter son budget à elle, ligne par ligne.

« Certains mois, je me verse 1 200 €. D’autres, 2 100 € quand les chevreaux partent bien à Pâques. On apprend à ne jamais compter sur le mois suivant. » Le plus étonnant arrive pourtant côté dépenses.

Ce qui part avant même le premier café

Le couple est propriétaire d’une maison de 90 m² à dix minutes de la ferme, achetée en 2019. Mélina prend en charge une partie des frais : 450 € de remboursement de crédit, auxquels s’ajoutent 95 € d’assurance habitation et de taxe foncière lissée.

L’électricité grimpe à 120 € par mois à cause de la chambre froide et du chauffe-eau de la fromagerie, que l’exploitation ne rembourse pas intégralement. Le chauffage au bois lui coûte 60 € par mois, bûches comprises.

Éleveuse de chèvres tenant un rocamadour dans sa ferme

Côté transports, le Lot n’a pas de tramway : elle roule en pick-up d’occasion et dépense 180 € de carburant par mois, plus 70 € d’assurance. Internet et téléphone totalisent 45 €, la mutuelle 85 €.

Au total, ces dépenses fixes avalent près de 1 105 € chaque mois. Reste à savoir ce que devient le reliquat une fois les courses faites, et c’est là que le budget se tend.

Le poste que Mélina n’a jamais réussi à réduire

Les courses alimentaires ne représentent que 280 € par mois, car le couple mange ses propres légumes, ses œufs et son fromage. Mélina avoue cependant acheter peu de viande : « La viande, je la prends chez le voisin, en échange de fromage. »

Le vrai trou noir, c’est le vétérinaire et les soins du troupeau, qu’elle règle sur son compte perso quand la trésorerie de l’exploitation est à sec. Comptez 110 € par mois en moyenne, avec des pics à 400 € en cas de mammite.

Les loisirs ? 60 € pour un resto tous les deux mois et quelques sorties. Les vêtements ? « Je mets des bottes six jours sur sept, alors 25 € par mois, pas plus. »

Fromagère contrôlant ses rocamadours dans sa fromagerie

Les cadeaux, anniversaires et petits imprévus ajoutent 70 € supplémentaires. Une dépense revient pourtant chaque année, et elle est plus lourde qu’on ne l’imagine.

Combien reste-t-il vraiment à la fin du mois ?

Une fois tout additionné, les dépenses variables atteignent environ 545 €. Avec les 1 105 € de charges fixes, Mélina dépense 1 650 € sur 1 780 € de revenus. Il lui reste donc 130 € d’épargne par mois, quand tout va bien.

Elle les place sur un Livret A, dans l’espoir de financer une nouvelle chèvrerie en 2027. Un prêt agricole de 12 000 € court déjà, avec un remboursement de 220 € par mois… payé par l’exploitation, pas par elle.

« Je sais que je devrais épargner plus, mais quand un bouc tombe malade ou que le tracteur lâche, tout part en une semaine. L’agriculture, c’est faire des économies sur tout sauf sur les bêtes. »

Pour mettre ces chiffres en perspective, le salaire net médian en France tourne autour de 2 190 € par mois. Mélina est donc environ 400 € en dessous, avec des horaires qui feraient fuir bien des salariés. Elle ne se plaint pourtant pas : « Je ne changerais pour rien au monde, mais je ne conseille pas ce métier à ceux qui comptent chaque centime. »

Envie de comparer avec un autre métier du terrain ? Découvrez comment une couvreuse-zingueuse à Quimper gère ses 2 160 € nets, ou plongez dans les comptes d’un tailleur de pierre à Angoulême pour voir ce qui change vraiment.

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