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Dans les comptes de Jocelyne, factrice rurale à Millau à 1 910 € nets par mois

Publié par Mathieu le 11 Oct 2026 à 19:01

Jocelyne, 47 ans, est factrice à Millau, dans l’Aveyron. Elle gagne 1 910 € nets par mois, tournées de campagne comprises. Voici comment elle répartit chaque euro, et le poste qui la surprend encore tous les mois.

Un salaire qui ne dit pas tout

Jocelyne est employée à La Poste depuis dix-neuf ans. Son salaire de base tourne autour de 1 780 € nets, auxquels s’ajoutent 130 € de primes variables : prime de tournée, indemnité liée à la distance parcourue et petit complément pour la vente de timbres et de services de proximité.

Elle vit seule depuis son divorce, avec un fils de 19 ans qui étudie à Montpellier et qu’elle aide encore un peu. Aucun autre revenu : pas d’APL, pas d’heures sup régulières, pas de complément en freelance. « Ce que je touche le 5 du mois, c’est tout ce que j’ai », résume-t-elle.

Son chiffre de départ paraît donc simple. Mais c’est ce qu’elle dépense avant même d’avoir ouvert son frigo qui change la donne.

Factrice rurale devant sa voiture de service dans l'Aveyron

Les dépenses fixes : le poste qui pèse le plus lourd

Jocelyne est propriétaire d’une petite maison mitoyenne en périphérie de Millau, achetée avec son ex-conjoint. Elle rembourse seule le crédit immobilier : 640 € par mois, encore douze ans à tenir. La taxe foncière, lissée sur l’année, ajoute 70 € mensuels.

Viennent ensuite les charges incompressibles. L’électricité et le chauffage au bois-électrique mixte coûtent 135 € en moyenne, l’eau 28 €, l’assurance habitation 24 €. Internet et mobile, regroupés dans une même offre, pèsent 39 €.

La mutuelle santé, négociée via La Poste, revient à 58 € par mois. Pas de streaming, hormis un abonnement partagé avec son fils : 6 € de sa poche. Total des charges fixes hors transport : environ 1 000 €. La moitié du salaire a donc disparu avant la première course.

Reste un poste qu’elle n’avait jamais vraiment additionné avant de nous en parler.

Ce que la tournée coûte vraiment

Sa tournée l’amène à parcourir plusieurs hameaux sur le Larzac. Le véhicule de service est fourni, mais pour rejoindre son centre de tri à 18 kilomètres de chez elle, elle utilise sa propre voiture, une Clio de 2014. Carburant : 110 € par mois. Assurance auto : 52 €. Entretien et contrôle technique, lissés : 45 €.

Soit 207 € rien que pour aller travailler. « Je me dis toujours que je vis à la campagne pour être au calme, et je paye le calme en essence », sourit-elle. Aucune indemnité kilométrique ne couvre ce trajet, puisque la dotation ne concerne que la tournée elle-même.

Un détail la gêne particulièrement : les hausses de carburant de l’an dernier lui ont coûté près de 15 € de plus par mois, sans que son salaire n’ait bougé.

Femme calculant son budget mensuel à sa table de cuisine

Courses, plaisirs et petites entorses

Côté alimentation, Jocelyne dépense 260 € par mois. Elle fait ses courses au supermarché le samedi matin, complète avec le marché du mercredi pour les légumes et profite d’un potager familial qui lui évite d’acheter une bonne partie de ses tomates l’été.

Les loisirs restent modestes : 70 € par mois pour une sortie restaurant ou cinéma, un abonnement à la bibliothèque et deux séances de piscine hebdomadaires à 4 € l’entrée. Les vêtements ? 40 € en moyenne, souvent lors des soldes. Le coiffeur, 35 € toutes les six semaines, soit environ 25 € lissés.

Elle aide enfin son fils avec 150 € par mois, en complément de sa bourse. « C’est le seul poste que je ne discute jamais », glisse-t-elle. Les vacances, elles, tiennent en un budget de 60 € mensuels mis de côté pour une semaine en gîte à la montagne.

Ce qui reste à la fin du mois

Additionnons : environ 1 000 € de charges fixes, 207 € de transport, 260 € de courses, 150 € pour son fils, 70 € de loisirs, 65 € de vêtements et soins, 60 € de vacances lissées. Total : 1 812 €. Il reste donc à peine 98 € à la fin du mois, quand rien d’imprévu ne tombe.

Jocelyne place ces 98 € sur un Livret A dès que c’est possible. Elle y a réussi à accumuler 3 200 € en trois ans, mais une panne de chaudière ou un pneu à changer peut en avaler la moitié. « Je ne me plains pas, mais je ne dors pas en pensant à une grosse dépense. »

Son projet : rembourser le crédit par anticipation à l’approche de la retraite, et changer ses fenêtres pour économiser sur le chauffage. Pour l’instant, c’est surtout un équilibre qui tient au centime près.

Où se situe-t-elle par rapport aux Français ?

Avec 1 910 € nets mensuels, Jocelyne se situe légèrement en dessous du salaire médian français, autour de 2 100 € nets. Son profil est typique : propriétaire, seule, avec un crédit qui absorbe un tiers du revenu et un budget transport que les actifs ruraux connaissent bien.

« Je ne suis pas à plaindre, je sais où va mon argent, mais je voudrais pouvoir me tromper de 200 € sans en perdre le sommeil », conclut-elle.

Curieux de voir comment d’autres métiers de terrain s’en sortent ? Le budget de Nadia, agricultrice en Charente, révèle un poste que personne ne voit venir, et celui de Marlène, ambulancière à Chalon-sur-Saône, montre à quel point les trajets quotidiens pèsent sur un salaire proche du sien.

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