Dans les comptes de Clotilde, régleuse de machines d’emballage à Cholet à 2 120 € nets par mois
Clotilde a 38 ans, vit à Cholet avec son compagnon et leur fils de 7 ans, et passe ses journées à faire tourner des machines que personne ne remarque. Régleuse de machines d’emballage dans une usine agroalimentaire, elle gagne 2 120 € nets par mois, primes comprises. Voici comment elle répartit chaque euro, jusqu’au poste qui l’a elle-même surprise.
Un salaire qui ne dit pas tout
Le salaire de base de Clotilde s’élève à 1 840 € nets. S’y ajoutent une prime de poste de 130 € et une prime d’équipe de 70 €, versées parce qu’elle travaille en horaires décalés, une semaine du matin, une semaine d’après-midi. Son compagnon, employé dans un garage, rapporte 1 780 € nets de son côté.
Ensemble, le foyer vit donc avec environ 3 900 € par mois, auxquels s’ajoutent 148 € d’allocations familiales et de complément pour leur fils. « Sur le papier, ça fait un budget confortable. Dans la vraie vie, tout est calculé », confie-t-elle. Le budget cité ici est celui de Clotilde seule, le reste étant mutualisé.
Son salaire couvre la moitié des charges communes, plus ses dépenses personnelles. Une répartition 50/50 que le couple tient depuis neuf ans sans jamais l’avoir remise en cause. Mais c’est du côté de ses dépenses fixes que les chiffres deviennent intéressants.
Les dépenses fixes : le poste qui mange la moitié du salaire
Le couple rembourse un crédit immobilier de 910 € par mois pour une maison de 90 m² achetée en 2019 dans un quartier calme de Cholet. Clotilde en prend la moitié à sa charge : 455 €. Les taxes, l’assurance habitation et l’entretien courant représentent 85 € de plus pour sa part.
L’énergie pèse lourd : 98 € par mois pour sa moitié de l’électricité et du chauffage, en hausse de 22 € en deux ans. L’eau, internet et les deux forfaits mobiles ajoutent 52 €. La mutuelle familiale coûte 64 € de son côté, et les assurances auto 38 €.
Reste la voiture, indispensable pour rejoindre l’usine à 14 kilomètres, parfois à 5 h du matin quand le bus n’existe pas. « Le carburant, c’est 110 € par mois. Je ne peux pas faire autrement. » Au total, ses charges fixes atteignent 902 €, soit 43 % de son salaire. Et pourtant, ce n’est pas ce qui la préoccupe le plus.

Les courses, la cantine et ce poste qu’elle n’avait jamais calculé
Pour nourrir trois personnes, le couple dépense 620 € par mois en courses, dont Clotilde assume 310 €. Elle fait ses achats le samedi matin, avec une liste, et profite des promotions sur les produits de base. « J’ai arrêté les marques depuis deux ans. Mon fils n’a jamais remarqué. »
La cantine de son fils coûte 58 € par mois, le périscolaire 44 €. Clotilde prend aussi en charge ses vêtements et ceux de l’enfant : 75 € lissés sur l’année, car les chaussures de sport d’un garçon de 7 ans se remplacent à vitesse record.
Puis vient le poste qu’elle a découvert en faisant l’exercice pour nous : les petites dépenses du quotidien. Café à la machine de l’usine, viennoiseries du vendredi, achats pris sur le chemin du retour. Elle a additionné trois mois de relevés bancaires. Résultat : 96 € par mois, soit autant que sa facture d’électricité. « Je suis tombée de ma chaise. »
Loisirs, vacances : ce qu’elle s’autorise (et ce qu’elle coupe)
Le budget loisirs de Clotilde est limité à 85 € par mois : un abonnement à la piscine municipale (24 €), des sorties au cinéma, un restaurant par mois avec son compagnon. Les vacances ne sont pas dans ce poste. Le couple met de côté 70 € mensuels pour une semaine de location en Vendée chaque été, plus une escapade d’hiver chez les parents de Clotilde.
Elle a renoncé à beaucoup de choses sans en faire un drame. Plus de coiffeur toutes les six semaines : elle coupe elle-même ses pointes et ne va chez le professionnel que deux fois par an. Plus d’abonnement streaming multiple : un seul, partagé avec sa sœur. « On se prive de rien d’essentiel, mais on réfléchit à tout. »
Le sport de son fils, du football le mercredi, coûte 120 € par an, soit 10 € par mois. Un investissement qu’elle ne discute jamais. Reste à voir ce qu’il lui reste vraiment une fois tout ce monde payé.

Ce qu’il reste en fin de mois (et pourquoi elle dort mieux depuis un an)
Additionnons. Charges fixes : 902 €. Courses et alimentation : 310 €. Enfant (cantine, périscolaire, vêtements, sport) : 187 €. Petites dépenses : 96 €. Loisirs et vacances : 155 €. Total : 1 650 €. Il reste donc 470 € sur les 2 120 € de départ.
Clotilde en place 300 € sur un livret A, 100 € sur un plan d’épargne pour son fils et garde 70 € de marge pour les imprévus : réparation de voiture, cadeaux d’anniversaire, dentiste. Son épargne totale atteint 8 400 €, soit presque quatre mois de salaire.
Il y a un an, ce matelas n’existait pas. Elle a mis en place un virement automatique le jour de la paie, avant même de voir passer l’argent. « Ça change tout. Je ne l’ai jamais sous les yeux, donc je ne le dépense pas. » Un réflexe simple, que beaucoup de foyers n’osent pas adopter.
Le verdict : mieux que la moyenne, mais sans marge pour rêver
Avec 2 120 € nets par mois, Clotilde se situe légèrement au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets. Pourtant, elle ne se sent pas privilégiée : « Je suis bien payée pour mon secteur, mais un coup dur et tout se tend. »
Le vrai luxe de son foyer, c’est la double paie et un crédit à taux fixe contracté avant la hausse des taux. Sans cela, le budget serait bien plus serré. Elle le sait, et ne se plaint pas : « Je connais des collègues qui font le même métier seuls, avec des enfants. Ils comptent chaque centime. »
Son rêve ? Remplacer un jour sa vieille voiture par un véhicule électrique, quand le prix aura baissé. En attendant, elle continue de régler ses machines et de surveiller ses comptes, dans cet ordre.
Curieux de voir comment un autre métier du terrain s’organise ? Le budget de Pierre, tourneur-fraiseur à Thiers, réserve lui aussi son lot de surprises, notamment sur un poste que presque personne n’anticipe.