Dans les comptes de Carine, vétérinaire en milieu rural à Aurillac à 3 180 € nets par mois
Carine a 41 ans. Elle est vétérinaire en milieu rural dans le Cantal, installée à Aurillac depuis neuf ans. Elle touche 3 180 € nets par mois, vit en couple avec un fils de 7 ans, et partage une maison achetée à crédit en 2019. Voici comment elle répartit chaque euro.

Ce qui tombe chaque mois sur son compte
Le salaire net de Carine s’élève à 3 180 € par mois. Elle est salariée d’un cabinet vétérinaire mixte qui traite aussi bien les bovins des éleveurs du Cantal que les chiens et chats des particuliers. À ce stade de sa carrière, après quatorze ans de diplôme, ce montant correspond à la fourchette haute des vétérinaires salariés en zone rurale.
Son compagnon, Julien, technicien de maintenance dans une fromagerie locale, gagne 2 040 € nets. Le foyer dispose donc de 5 220 € mensuels au total. Ils perçoivent 140 € d’allocations familiales pour leur fils unique, ce qui porte les ressources globales à 5 360 €.
Carine effectue régulièrement des gardes le week-end et la nuit, rémunérées en heures supplémentaires. En moyenne, cela représente 280 € de plus par mois. « Les gardes, c’est épuisant, mais c’est ce qui permet de mettre un peu de côté », admet-elle. Total personnel réel : 3 460 €.
Le mur des dépenses fixes
La mensualité du crédit immobilier absorbe la plus grosse part. Carine et Julien ont acheté une maison de 120 m² avec terrain pour 168 000 € en 2019. La mensualité s’élève à 780 €, partagée à parts égales : 390 € chacun. À Aurillac, les prix de l’immobilier restent parmi les plus bas de France.

Les charges fixes du foyer sont réparties au prorata des revenus. Carine prend en charge 60 % du total. L’assurance habitation coûte 52 € par mois au foyer, dont 31 € pour elle. L’électricité et le chauffage au bois tournent autour de 135 € mensuels lissés sur l’année — 81 € à sa charge.
La mutuelle santé de Carine lui coûte 68 € par mois. C’est un poste qu’elle surveille de près : « En tant que véto, je sais ce que coûtent les soins pour les animaux. Pour les humains, c’est pareil, il ne faut pas lésiner. » L’assurance auto pour sa Dacia Duster, indispensable pour les tournées en exploitation, revient à 62 €.
Côté abonnements, le forfait téléphone professionnel est pris en charge par le cabinet. Elle paie un forfait personnel à 12 €, une box internet à 34 € (partagée avec Julien, donc 17 € pour elle), et deux abonnements streaming à 22 € au total. L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente 185 € mensuels sur sa fiche de paie.
Le transport est un poste lourd. Sa Duster avale entre 2 500 et 3 000 km par mois, dont une partie remboursée par le cabinet sous forme d’indemnités kilométriques. Le reste à charge en carburant tourne autour de 195 € par mois. Total des dépenses fixes personnelles de Carine : environ 1 063 €.
Là où les euros filent sans prévenir
Les courses alimentaires du foyer atteignent 520 € par mois. Carine estime sa part à 310 €, en comptant la cantine de leur fils à 85 €. Le Cantal offre un avantage : les circuits courts. « On achète la viande directement à un éleveur que je soigne. On paie moins cher et la qualité est incomparable. »
Les sorties restaurant restent modestes : deux à trois fois par mois, pour un budget de 80 €. En revanche, le poste « loisirs et activités de l’enfant » pèse davantage. Le petit est inscrit au judo et à l’école de musique, ce qui représente 75 € mensuels. Carine s’offre un abonnement annuel dans une salle de sport à Aurillac : 25 € par mois, un tarif provincial que beaucoup de Parisiens lui envieraient.
Le shopping vestimentaire se limite à 60 € mensuels en moyenne. Les vêtements de travail — bottes, combinaisons, blouses — sont fournis par le cabinet. Les vacances, lissées sur l’année, représentent environ 150 € par mois. La famille part généralement deux semaines en été, souvent en location dans les Landes ou en Ardèche, pour un budget annuel d’environ 1 800 €.
Un poste surprenant : les frais vétérinaires pour leurs propres animaux. Carine a deux chats et un border collie. Même avec des tarifs préférentiels au cabinet, les vaccins, l’alimentation premium et les antiparasitaires coûtent 70 € par mois. « C’est le comble du vétérinaire, mais un animal coûte cher, même quand on connaît les ficelles. » Total dépenses variables : environ 770 €.
Ce qui reste quand tout est payé
En additionnant ses dépenses fixes (1 063 €) et variables (770 €), Carine dépense environ 1 833 € par mois sur ses 3 460 € de revenus réels. Il reste donc 1 627 €. Mais ce chiffre est trompeur.
D’abord, une partie alimente un remboursement de prêt auto : 210 € par mois pour sa Duster, achetée d’occasion à 15 000 € il y a deux ans. Ensuite, le couple met systématiquement 400 € par mois sur un Livret A, dont 240 € proviennent de Carine. Elle verse aussi 120 € sur une assurance-vie ouverte en 2017.
Les dépenses imprévues — réparations de la maison, frais de santé non remboursés, pannes de voiture — grignotent en moyenne 150 € par mois. « Le mois dernier, c’était le chauffe-eau. Le mois d’avant, un pneu crevé sur un chemin d’exploitation. Ça ne s’arrête jamais. »
Au final, Carine termine le mois avec environ 900 € de marge réelle. Un matelas qui semble confortable, mais qu’elle relativise : « On vit bien, je ne me plains pas. Mais quand je calcule mes années d’études — sept ans après le bac, un concours ultra-sélectif — et que je compare avec certains métiers sans diplôme qui paient presque autant, ça interroge. »
Son épargne totale atteint aujourd’hui 18 500 € sur le Livret A et 14 200 € sur l’assurance-vie. Le projet du couple : rénover la grange attenante à leur maison pour en faire un gîte rural. Coût estimé : 45 000 €. « On en est à la moitié. Si tout va bien, on attaque les travaux dans deux ans. »
Avec 3 180 € nets, Carine se situe au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets. Mais rapporté à ses sept années d’études et aux gardes de nuit à palper des utérus de vache à trois heures du matin sous la pluie du Cantal, elle résume la situation en une phrase : « Je ne fais pas ce métier pour l’argent. Heureusement, parce que sinon j’aurais arrêté depuis longtemps. »