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Dans les comptes de Carine, vétérinaire en milieu rural à Aurillac à 3 180 € nets par mois

Publié par Mathieu le 11 Juin 2026 à 19:01

Carine a 41 ans. Elle est vétérinaire en milieu rural dans le Cantal, installée à Aurillac depuis neuf ans. Elle touche 3 180 € nets par mois, vit en couple avec un fils de 7 ans, et partage une maison achetée à crédit en 2019. Voici comment elle répartit chaque euro.

Vétérinaire rurale examinant une vache dans une étable

Ce qui tombe chaque mois sur son compte

Le salaire net de Carine s’élève à 3 180 € par mois. Elle est salariée d’un cabinet vétérinaire mixte qui traite aussi bien les bovins des éleveurs du Cantal que les chiens et chats des particuliers. À ce stade de sa carrière, après quatorze ans de diplôme, ce montant correspond à la fourchette haute des vétérinaires salariés en zone rurale.

Son compagnon, Julien, technicien de maintenance dans une fromagerie locale, gagne 2 040 € nets. Le foyer dispose donc de 5 220 € mensuels au total. Ils perçoivent 140 € d’allocations familiales pour leur fils unique, ce qui porte les ressources globales à 5 360 €.

Carine effectue régulièrement des gardes le week-end et la nuit, rémunérées en heures supplémentaires. En moyenne, cela représente 280 € de plus par mois. « Les gardes, c’est épuisant, mais c’est ce qui permet de mettre un peu de côté », admet-elle. Total personnel réel : 3 460 €.

Le mur des dépenses fixes

La mensualité du crédit immobilier absorbe la plus grosse part. Carine et Julien ont acheté une maison de 120 m² avec terrain pour 168 000 € en 2019. La mensualité s’élève à 780 €, partagée à parts égales : 390 € chacun. À Aurillac, les prix de l’immobilier restent parmi les plus bas de France.

Maison en pierre avec voiture dans le Cantal

Les charges fixes du foyer sont réparties au prorata des revenus. Carine prend en charge 60 % du total. L’assurance habitation coûte 52 € par mois au foyer, dont 31 € pour elle. L’électricité et le chauffage au bois tournent autour de 135 € mensuels lissés sur l’année — 81 € à sa charge.

La mutuelle santé de Carine lui coûte 68 € par mois. C’est un poste qu’elle surveille de près : « En tant que véto, je sais ce que coûtent les soins pour les animaux. Pour les humains, c’est pareil, il ne faut pas lésiner. » L’assurance auto pour sa Dacia Duster, indispensable pour les tournées en exploitation, revient à 62 €.

Côté abonnements, le forfait téléphone professionnel est pris en charge par le cabinet. Elle paie un forfait personnel à 12 €, une box internet à 34 € (partagée avec Julien, donc 17 € pour elle), et deux abonnements streaming à 22 € au total. L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente 185 € mensuels sur sa fiche de paie.

Le transport est un poste lourd. Sa Duster avale entre 2 500 et 3 000 km par mois, dont une partie remboursée par le cabinet sous forme d’indemnités kilométriques. Le reste à charge en carburant tourne autour de 195 € par mois. Total des dépenses fixes personnelles de Carine : environ 1 063 €.

Là où les euros filent sans prévenir

Les courses alimentaires du foyer atteignent 520 € par mois. Carine estime sa part à 310 €, en comptant la cantine de leur fils à 85 €. Le Cantal offre un avantage : les circuits courts. « On achète la viande directement à un éleveur que je soigne. On paie moins cher et la qualité est incomparable. »

Les sorties restaurant restent modestes : deux à trois fois par mois, pour un budget de 80 €. En revanche, le poste « loisirs et activités de l’enfant » pèse davantage. Le petit est inscrit au judo et à l’école de musique, ce qui représente 75 € mensuels. Carine s’offre un abonnement annuel dans une salle de sport à Aurillac : 25 € par mois, un tarif provincial que beaucoup de Parisiens lui envieraient.

Le shopping vestimentaire se limite à 60 € mensuels en moyenne. Les vêtements de travail — bottes, combinaisons, blouses — sont fournis par le cabinet. Les vacances, lissées sur l’année, représentent environ 150 € par mois. La famille part généralement deux semaines en été, souvent en location dans les Landes ou en Ardèche, pour un budget annuel d’environ 1 800 €.

Un poste surprenant : les frais vétérinaires pour leurs propres animaux. Carine a deux chats et un border collie. Même avec des tarifs préférentiels au cabinet, les vaccins, l’alimentation premium et les antiparasitaires coûtent 70 € par mois. « C’est le comble du vétérinaire, mais un animal coûte cher, même quand on connaît les ficelles. » Total dépenses variables : environ 770 €.

Ce qui reste quand tout est payé

En additionnant ses dépenses fixes (1 063 €) et variables (770 €), Carine dépense environ 1 833 € par mois sur ses 3 460 € de revenus réels. Il reste donc 1 627 €. Mais ce chiffre est trompeur.

D’abord, une partie alimente un remboursement de prêt auto : 210 € par mois pour sa Duster, achetée d’occasion à 15 000 € il y a deux ans. Ensuite, le couple met systématiquement 400 € par mois sur un Livret A, dont 240 € proviennent de Carine. Elle verse aussi 120 € sur une assurance-vie ouverte en 2017.

Les dépenses imprévues — réparations de la maison, frais de santé non remboursés, pannes de voiture — grignotent en moyenne 150 € par mois. « Le mois dernier, c’était le chauffe-eau. Le mois d’avant, un pneu crevé sur un chemin d’exploitation. Ça ne s’arrête jamais. »

Au final, Carine termine le mois avec environ 900 € de marge réelle. Un matelas qui semble confortable, mais qu’elle relativise : « On vit bien, je ne me plains pas. Mais quand je calcule mes années d’études — sept ans après le bac, un concours ultra-sélectif — et que je compare avec certains métiers sans diplôme qui paient presque autant, ça interroge. »

Son épargne totale atteint aujourd’hui 18 500 € sur le Livret A et 14 200 € sur l’assurance-vie. Le projet du couple : rénover la grange attenante à leur maison pour en faire un gîte rural. Coût estimé : 45 000 €. « On en est à la moitié. Si tout va bien, on attaque les travaux dans deux ans. »

Avec 3 180 € nets, Carine se situe au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets. Mais rapporté à ses sept années d’études et aux gardes de nuit à palper des utérus de vache à trois heures du matin sous la pluie du Cantal, elle résume la situation en une phrase : « Je ne fais pas ce métier pour l’argent. Heureusement, parce que sinon j’aurais arrêté depuis longtemps. »

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