Dans les comptes de Marion, vétérinaire à Dijon à 3 600 € nets par mois
Marion, 34 ans, est vétérinaire salariée dans une clinique mixte à Dijon — chiens, chats, et quelques animaux de ferme en périphérie. Elle gagne 3 600 € nets par mois, un salaire confortable en apparence, mais derrière lequel se cache un loyer de 900 €, un crédit étudiant pas encore soldé, et des études parmi les plus longues et les plus chères de France. Voici comment elle répartit chaque euro.

Ce qu’elle touche vraiment chaque mois
Le salaire brut de Marion s’élève à 4 700 € brut, ce qui correspond à environ 3 600 € nets après cotisations sociales. C’est dans la fourchette basse des vétérinaires salariés en clinique privée, selon les données de la profession : un vétérinaire débutant tourne autour de 2 800 à 3 000 € nets, tandis qu’un associé expérimenté peut dépasser 5 000 €.
Marion n’a pas de primes régulières, mais elle touche une indemnité d’astreinte de 120 € par mois en moyenne, les week-ends où elle est de garde. Pas de revenus complémentaires, pas de freelance. Son revenu total mensuel : 3 720 €.
Un chiffre qui fait envie — jusqu’à ce qu’on détaille les charges. Et là, le tableau change.
Des charges fixes qui ne laissent pas beaucoup de marge
Marion loue un appartement de 58 m² dans le quartier de la Toison d’Or à Dijon. Loyer charges comprises : 900 €. C’est raisonnable pour la ville, mais loin d’être donné. Les villes françaises avec les loyers les plus bas affichent parfois moins de 7 € le m² — Dijon est autour de 11 €.

La grande surprise dans son budget ? Le remboursement de son prêt étudiant : 280 € par mois, pour encore 4 ans. Les études vétérinaires durent 6 ans minimum, souvent 7 à 8 ans avec une spécialisation. Marion a emprunté 28 000 € pour financer son master et ses frais de vie à Lyon. « C’est le poste que j’ai le plus du mal à avaler, parce que j’ai l’impression de payer encore pour quelque chose que j’ai terminé il y a 5 ans », dit-elle.
Voici le détail complet de ses charges fixes :
- Loyer charges comprises : 900 €
- Remboursement prêt étudiant : 280 €
- Mutuelle santé (contrat individuel renforcé) : 95 €
- Assurance habitation : 22 €
- Assurance voiture : 68 €
- Abonnement téléphone mobile : 28 €
- Abonnement internet fibre : 32 €
- Streaming (Netflix + Spotify) : 22 €
- Impôt sur le revenu (mensualité prélevée à la source) : 410 €
Total charges fixes : 1 857 €. Il lui reste donc 1 863 € pour tout le reste. Et « tout le reste », c’est souvent plus que prévu. Ces postes budgétaires qui grignotent silencieusement le portefeuille sont rarement ceux qu’on anticipe.
Les dépenses variables, le vrai baromètre du mois
Marion fait ses courses principalement à Lidl et au marché couvert de Dijon le samedi. Budget alimentaire mensuel : 320 €. Seule, elle mange bien mais sans excès — « je fais attention, surtout parce que je sais ce que les animaux mangent de trop gras », plaisante-t-elle.
L’essence représente 95 € par mois. Elle utilise sa voiture (une Peugeot 308 de 2019) aussi bien pour aller travailler que pour les visites en élevage, une ou deux fois par semaine. Ce poste grimpe à 130-140 € les mois où elle fait plusieurs déplacements ruraux. Depuis les changements sur le marché de l’énergie, elle réfléchit à passer à l’électrique pour son prochain véhicule.

Sorties et restaurants : 180 € en moyenne. Marion voit souvent ses amis restés à Dijon ou revenus de Lyon, et elle ne se prive pas d’un dîner au restaurant une à deux fois par mois. Quelques concerts, un abonnement à une salle de sport yoga-pilates à 45 € par mois, et elle se retrouve sur un budget loisirs total de 225 €.
Shopping vêtements et divers : 120 € lissés sur l’année — avec des mois à zéro et un mois de rentrée à 300 €. Les soins pour son propre chat (vacances, vermifuge, nourriture premium) : 60 € par mois. « Forcément, je ne lésine pas là-dessus », reconnaît-elle.
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Vacances : elle met de côté 150 € par mois pour partir une fois en été et un long week-end en hiver. Budget total annuel vacances : 1 800 €, ce qui lui permet de partir en Europe sans se ruiner.
Total dépenses variables : environ 950 €. Un chiffre qui peut monter à 1 100 € les mois chargés.
L’épargne : le nerf de la guerre
Après charges fixes et dépenses variables, il reste à Marion entre 700 et 900 € par mois. Elle en place la majorité de façon systématique.
Son allocation mensuelle d’épargne :
- Livret A : 200 € (pour constituer une épargne de précaution)
- Plan Épargne Logement (PEL) : 150 € (objectif : apport pour un achat immobilier dans 3-4 ans)
- Assurance-vie (fonds euros + un peu d’UC) : 200 €

Soit 550 € épargnés chaque mois, ce qui est au-dessus de la moyenne nationale. Il lui reste environ 200 à 300 € de « flottant » pour les imprévus : une réparation de voiture, un colis d’anniversaire, une soirée de dernière minute. « Je sais que je devrais mettre plus sur le PEL, mais le mois où la voiture tombe en panne, je suis contente d’avoir ce coussin », explique-t-elle.
Marion n’a pas de PEE (plan d’épargne entreprise) : la clinique où elle travaille est une structure de 8 personnes, non soumise à l’obligation de participation. Elle a bien entendu parler des nouvelles mesures sur l’épargne salariale, mais ça ne la concerne pas encore.
Son projet à moyen terme : acheter un appartement à Dijon d’ici 2027-2028. Avec un apport cible de 40 000 €, elle en est à 18 000 € côté PEL. « À ce rythme, c’est jouable », dit-elle. Mais elle sait aussi que son crédit étudiant sera soldé dans 4 ans — ce qui lui libérera 280 € de plus chaque mois, un changement significatif dans son équilibre budgétaire.
Le bilan : à l’aise, mais sous pression
Sur le papier, 3 600 € nets à 34 ans à Dijon, c’est confortable. Le salaire médian en France tourne autour de 2 100 à 2 200 € nets selon l’INSEE — Marion est donc nettement au-dessus. Elle fait techniquement partie de la classe moyenne supérieure, sans pour autant atteindre les seuils de richesse.
Mais les études vétérinaires ont un coût humain et financier souvent sous-estimé. Sept ans de formation, un numerus clausus très sélectif, des gardes épuisantes en début de carrière. Comme Maxime, pompier à Grenoble, ou Ambre, aide-soignante à Rouen, Marion fait partie de ces professionnels dont le salaire apparent masque des contraintes réelles.
« Je ne me plains pas, vraiment. Mais les gens imaginent souvent que vétérinaire = très riche. La réalité, c’est qu’on sort avec un crédit à rembourser, un salaire de cadre moyen, et un niveau de stress que peu de gens voient. » Un rapport à l’argent pragmatique, sans illusions — et une stratégie d’épargne qui, sur le long terme, devrait lui donner les marges de manœuvre qu’elle vise.