Ce décret publié au Journal officiel doit faire baisser le gazole de 12 à 18 centimes dès le 1er novembre

Vous grimacez en voyant le prix du gazole s’afficher à la pompe ? Vous n’êtes pas seul. Après des semaines passées entre 2,3 et 2,4 euros le litre, un texte vient d’être publié au Journal officiel, et il promet de faire redescendre la facture. Reste à savoir de combien, à partir de quand, et qui doit payer pour que la baisse arrive vraiment jusqu’à votre réservoir.
Gazole à 2,4 euros : pourquoi les automobilistes avaient fini par perdre espoir
Depuis début octobre, le litre de gazole oscille entre 2,3 et 2,4 euros en moyenne, selon les chiffres du gouvernement. Pour qui fait le plein chaque semaine, la note pique. Et la patience, elle, s’effritait.
Au début du mois, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé la libération de stocks stratégiques de gazole. Une promesse, oui. Mais entre une annonce et une baisse réelle à la pompe, il y a un fossé que beaucoup d’automobilistes connaissent par cœur.
Ce samedi 24 octobre, ce fossé s’est un peu réduit. Selon CNews, un décret a été publié au Journal officiel pour fixer les conditions économiques de cette libération. Le texte ne se contente pas de répéter la promesse : il l’encadre, avec des chiffres, des volumes et des obligations.
Le sujet reste évidemment sensible. Certains observateurs doutent de l’efficacité de ces engagements, comme le rappelle le scepticisme affiché par Jean-Marc Jancovici face aux annonces de Sébastien Lecornu. La question de fond, pour l’automobiliste, est plus simple : combien de centimes en moins sur le ticket de caisse ?
Pour y répondre, il faut d’abord comprendre ce que contient réellement ce décret. Et le mot « stratégique » cache une mécanique plus subtile qu’il n’y paraît.
Un volume de 1,6 million de m3 : ce que le décret autorise vraiment
Commençons par le nerf de la guerre. Le texte autorise la vente de stocks stratégiques pour un volume maximum de 1,6 million de m3, soit environ 10 millions de barils. L’opération court jusqu’au 31 janvier.
Qui reçoit quoi ? La répartition entre distributeurs sera fixée par arrêté, tout comme le prix de cession. Autrement dit, le décret pose le cadre, et un second texte viendra régler les détails du partage.
Ces réserves relèvent de la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité, la Sagess. D’habitude, sa mise à disposition prend la forme d’un prêt : le carburant sort, puis il est restitué sous un mois. Ici, pas de prêt.
C’est le choix qui change la donne. Selon la source, le gouvernement a privilégié une vente au coût moyen pondéré d’acquisition, c’est-à-dire à un prix lié à ce que ces stocks ont coûté, et non au cours du moment. C’est ce mécanisme qui doit permettre de répercuter un avantage de prix sur les stations.
Autre détail qui compte : le décret prévoit une transmission régulière, aux autorités, de bilans des ventes et des répercussions de la baisse par les distributeurs. Le but affiché est le contrôle. Le gouvernement a d’ailleurs détaillé comment il compte imposer cette baisse aux stations, ce qui montre que la crainte d’un cadeau qui n’arrive jamais jusqu’au client est prise au sérieux.
Alors, combien et à partir de quand ? Le gouvernement espère faire diminuer le prix du gazole de 12 à 18 centimes par litre, et la mesure doit être effective dès le 1er novembre. Mais une baisse annoncée n’a de valeur que si elle arrive jusqu’à la pompe. Et c’est là que le décret réserve sa disposition la plus importante.

L’obligation qui doit empêcher les stations de garder la différence
Avant le détail décisif, un petit rappel utile : le gazole le moins cher se trouve rarement n’importe où, comme le montre ce relevé des prix du jour, où les tarifs les plus bas restent loin de l’autoroute. Le futur effet du décret se mesurera donc aussi enseigne par enseigne.
Voici le point clé. Les distributeurs auront l’obligation de répercuter intégralement la baisse de prix sur les consommateurs. Pas à moitié, pas « dans la mesure du possible » : en totalité.
Ils devront aussi informer les clients avant la vente. Concrètement, une station qui profite de ces stocks doit le dire à ses clients, et ne peut pas absorber discrètement l’économie dans sa marge.
Le décret prévoit même que cette répercussion puisse intervenir plus tôt que prévu. Selon le texte, citant CNews : « Cette répercussion peut également avoir lieu par anticipation à compter du 1er novembre 2026 ». Une enseigne motivée pourrait donc afficher des prix plus bas dès l’ouverture de la période.
Faisons un calcul simple. Sur un litre à 2,4 euros, une baisse de 18 centimes ramènerait le prix autour de 2,22 euros ; sur un litre à 2,3 euros, une baisse de 12 centimes le placerait vers 2,18 euros. Ce sont des ordres de grandeur, car la baisse effective dépendra des arrêtés et des distributeurs.
Voilà la promesse du titre tenue : un décret au Journal officiel, une baisse visée de 12 à 18 centimes, une date, le 1er novembre, et une obligation de répercussion intégrale. Reste à voir si l’application suivra le texte, et d’autres engagements existent déjà en parallèle.
Ce que la baisse change, et ce qu’il faudra surveiller dès novembre
Le gouvernement n’est pas le seul à avoir avancé un chiffre. Après l’annonce de libération de stocks, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, s’était engagé à baisser d’environ 10 centimes le prix du litre de gazole pour les particuliers. Pour le GNR, il avait évoqué 20 centimes par litre.
Le GNR, justement, n’est pas un détail pour tout le monde. Ce carburant intéresse certains professionnels, et il attire aussi des automobilistes tentés de contourner les prix, comme le raconte l’histoire de ces Français qui roulent au carburant interdit. Une baisse à la pompe pourrait, en théorie, réduire cette tentation.
Que surveiller ? D’abord l’arrêté qui fixera la répartition par distributeurs et le prix des stocks, puisque le décret n’en dit pas plus. Ensuite, les bilans transmis aux autorités, qui serviront à vérifier que la baisse est bien répercutée.
Enfin, la date du 31 janvier : c’est la limite des ventes autorisées. Passé cette échéance, le dispositif prévu par le décret prend fin, et la source ne précise pas ce qu’il adviendra ensuite.
En attendant, un conseil de bon sens : comparez les stations avant de remplir. Certains automobilistes ont leurs habitudes, parfois étonnantes, comme ce réflexe de faire le plein à l’aube, et la baisse à venir ne dispense pas d’ouvrir l’œil sur les prix affichés.
Le gazole pourrait donc reculer de 12 à 18 centimes le litre, à condition que chaque distributeur joue le jeu comme l’exige le décret. La suite se jouera à la pompe, pas au Journal officiel. Et vous aurez le dernier mot : votre ticket de caisse.
Si vous pensez que 2,3 euros le litre est un prix sans précédent, l’écart entre le prix de l’essence en 1970 et aujourd’hui pourrait bien vous donner le vertige. Et si vous vous demandez comment font les voisins, cette taxe auto suspendue pour 15 millions de voitures en Italie montre que d’autres pays tentent des solutions très différentes.