Retraités : abattement de 10 %, CSG, pensions désindexées… le plan Montaigne en 100 jours

Une présidentielle qui approche, des caisses qui peinent à suivre et un think tank qui ne prend pas de gants. L’Institut Montaigne vient de dévoiler ses « 25 recommandations pour la France », et les retraités sont en première ligne. Qui paierait, à partir de quand, et que recevraient les actifs en échange ? La réponse arrive plus bas, avec un chiffre qui parlera surtout aux moins de 30 ans.
100 jours chrono : la fenêtre que le think tank veut ouvrir après 2027
Tout part d’une question simple, posée par Le Parisien dans son édition de ce mardi 6 octobre : qui doit financer les retraites de demain ? Pour l’Institut Montaigne, think tank libéral, la réponse ne peut plus être « toujours les mêmes ». Son projet prévoit une réforme en profondeur, avec un système universel.
Le point qui fait réagir, c’est le calendrier. Le think tank préconise un effort financier immédiat des retraités, dès les 100 premiers jours suivant la présidentielle de 2027. Pas dans trois ans, pas après une grande concertation : tout de suite, quand le pouvoir d’un nouveau président est à son maximum.
Le raisonnement tient en une phrase, signée Nicolas Laine, responsable du pôle Finances et efficacité de l’État. Selon lui, les réformes des 30 dernières années ont surtout fait porter l’effort sur les actifs. « Si les actifs sont appelés à travailler plus, il faut mettre à contribution les retraités dans les 100 jours après l’élection », affirme-t-il.
Le sujet n’est pas isolé. Plusieurs scénarios budgétaires évoquent déjà un gel de certaines pensions, comme ce scénario 2027 qui pourrait bloquer des pensions. Mais l’Institut Montaigne va plus loin, en mettant plusieurs leviers sur la table en même temps.
Lesquels, exactement ? Avant de les détailler, il faut regarder le chiffre qui explique pourquoi le think tank parle de choc.
420 milliards d’euros par an : le déséquilibre derrière la proposition
Les pensions dépassent aujourd’hui 420 milliards d’euros par an. C’est un quart des dépenses publiques. Et les cotisations, elles, n’en financent que les deux tiers.
Le mécanisme est connu : dans un système par répartition, les cotisations des actifs paient les pensions du moment. Quand le déséquilibre démographique s’aggrave, la mécanique grince. Le think tank estime donc qu’il faut agir des deux côtés à la fois, sur les ressources et sur la structure.
Autre constat avancé par Nicolas Laine : le système actuel n’est pas équitable entre les carrières. La rentabilité des cotisations varie, dit-il, d’un à trois entre un fonctionnaire d’État, un travailleur libéral et un salarié du privé. Autrement dit, à effort égal, le retour n’est pas le même.
Sur le volet fiscal, les retraités sont déjà dans le viseur de nombreuses pistes. Un simulateur a même détaillé ce que changerait l’abattement de 10 % sur quatre pensions types. Le plan Montaigne s’inscrit dans cette logique, mais de façon beaucoup plus large.
Voici donc ce que l’Institut propose concrètement. Il veut supprimer l’abattement de 10 % et les taux réduits de CSG. Il souhaite aussi augmenter la CRDS, la Contribution pour le remboursement de la dette sociale, et désindexer les pensions. Quatre leviers, un seul public visé. Mais ce n’est que la moitié du plan.

Un régime unique, 65 ans et 1 000 euros : l’autre moitié du plan
Sur la question de l’âge, la suspension de la réforme actuelle a déjà rebattu les cartes. Le think tank, lui, propose de repartir d’une page presque blanche. Son idée : fondre les 42 régimes actuels en un seul.
Dans ce système, pour une même carrière et un même salaire, les cotisations et les droits seraient identiques. Fini les écarts de rentabilité entre statuts. C’est la réponse directe au constat d’un à trois avancé par Nicolas Laine.
Le nouveau modèle fixerait l’âge sans décote à 65 ans, au lieu de 67 ans aujourd’hui. Le départ deviendrait possible dès que la pension atteint 1 000 euros. Partir avant 65 ans réduirait le montant (décote), partir plus tard l’augmenterait (surcote).
Le think tank ajoute un troisième pilier : développer la capitalisation, via des plans d’épargne retraite gérés par des fonds agréés par l’État. Le système resterait donc mixte, avec une part d’épargne individuelle à côté de la répartition.
Reste la contrepartie, celle qui doit rendre l’ensemble acceptable. L’Institut propose de baisser les cotisations des actifs, jusqu’à 8 points pour les moins de 30 ans. Cela représenterait un gain moyen de 152 euros par mois. Voilà le chiffre promis : c’est le prix de l’effort demandé aux seniors.
Ce que ça change si l’idée fait son chemin
Précisons d’abord : il s’agit de recommandations, pas d’une loi. Selon Le Parisien, elles s’adressent aux candidats à la présidentielle de 2027, qui pourront les reprendre, les amender ou les ignorer. Rien n’est donc décidé à ce stade.
Mais le sujet touche un public nombreux. Les retraités qui se demandent à quel niveau ils seraient concernés peuvent regarder à partir de quelle pension le fisc les classe dans la case « aisés ». Une question qui revient dès qu’on parle de contribution.
La désindexation, elle, a un effet mécanique : si les pensions ne suivent plus automatiquement les prix, leur pouvoir d’achat peut s’éroder année après année. Le think tank assume cet effort, en le justifiant par le poids porté jusqu’ici par les actifs.
Autre point à surveiller : le calendrier des revalorisations du privé. Les 14 millions de retraités du privé suspendus à un rendez-vous d’octobre montrent à quel point chaque décision pèse sur le budget des ménages.
Le débat s’annonce donc long. Entre ceux qui réclament un partage de l’effort et ceux qui refusent de toucher aux pensions, la campagne de 2027 risque de s’ouvrir sur ce terrain, et les « 25 recommandations » viennent d’en fixer le point de départ.
Au bout du compte, le plan Montaigne tient en une équation : des retraités qui contribuent tout de suite, des actifs qui cotisent moins, un régime unique pour tous. Reste à savoir qui, dans la campagne, osera la défendre.
Et si ce débat vous a fait lever un sourcil, cette autre proposition choc qui veut plafonner les pensions à 5 000 euros par mois va vous faire hausser l’autre.
Quant à ceux qui rêvent déjà de partir, ces retraités français qui filent dans les Pouilles pour vivre mieux qu’en France racontent une tout autre façon de voir l’après-travail.