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Pièce de 1 centime : elle coûte jusqu’à 1,65 centime à fabriquer, et l’Europe en frappe encore

Publié par Mathieu le 29 Oct 2026 à 14:01

Tu la trouves au fond d’une poche, dans un tiroir ou sous un siège de voiture. La petite pièce rouge de 1 centime vaut… un centime, évidemment. Sauf que pour la fabriquer, l’État dépense davantage.

Comment une monnaie peut-elle coûter plus cher que ce qu’elle permet d’acheter ? Et pourquoi personne n’arrête la machine ? La réponse est moins simple que « c’est du gaspillage ».

Un centime, mais combien à la fabrication ?

La pièce de 1 centime est composée d’un cœur d’acier recouvert de cuivre rouge, d’où sa couleur. Elle mesure 16,25 mm de diamètre et pèse 2,3 g. Rien de précieux, donc, dans ce petit disque.

Pourtant, selon la Monnaie de Paris, il faut en moyenne 1,65 centime pour en produire une seule. D’autres sources avancent un chiffre plus bas : un document parlementaire évoque 1,2 centime pour la pièce de 1 centime. Selon l’année et la méthode de calcul, l’écart bouge, mais il reste du mauvais côté.

La pièce de 2 centimes n’est pas mieux lotie. Elle coûte en moyenne 1,94 centime à produire, soit près du double de sa valeur faciale. Un chiffre contesté, car d’autres sources la donnent légèrement sous sa valeur : le débat n’est pas tranché.

Femme surprise tenant une pièce de 1 centime en cuivre

Dans le détail, la matière première pèse lourd. Les matières premières représentent à elles seules 50 à 60 % de la valeur nominale de ces pièces, d’après la Commission européenne. Reste à ajouter la frappe, le transport et le tri.

Et en 2005, la facture était pire encore : la Monnaie de Paris cédait la pièce à la Banque de France 4,5 centimes. Pas de quoi s’enrichir.

Le calcul à 1,4 milliard qui fait polémique

À l’échelle européenne, la Commission a chiffré l’ardoise. Elle estime à environ 1,4 milliard d’euros l’écart entre le coût de fabrication et la valeur des pièces de 1 et 2 centimes. Un chiffre qui fait réagir.

Mais attention à ne pas le lire comme une facture réellement réglée. Il s’agit d’une estimation calculée sur les coûts de 5 États puis extrapolée à la zone euro, pour la période 2002-2012 environ. Un ordre de grandeur, pas un relevé de caisse.

En France, le volume donne le vertige. D’après une question écrite à l’Assemblée, 13 milliards de pièces de 1 et 2 centimes ont été mises en circulation depuis 2002, dont 300 millions encore produites en 2022. Chaque année, la machine tourne donc toujours.

Alors pourquoi ne pas simplement tout arrêter ? C’est là que l’histoire devient étrange.

La vraie raison pour laquelle on en refrappe sans cesse

Le problème n’est pas qu’on les utilise trop, mais qu’on les garde. Un rapport de Bruxelles relève que les consommateurs reçoivent généralement plus de pièces d’un et deux cents qu’ils n’en dépensent. Résultat : elles s’accumulent dans les tiroirs, les bocaux et les soucoupes.

Tant que ces pièces dorment chez toi, elles ne reviennent pas dans les caisses. Les commerçants en manquent pour rendre la monnaie, et il faut donc en frapper de nouvelles. Un cercle plutôt absurde.

La part de ces petites pièces dans la zone euro est d’ailleurs en hausse : de 31 % en 2002 à 46 % en 2012. Presque une pièce sur deux fabriquées était alors une petite pièce rouge.

Homme vidant un bocal de pièces rouges sur une table

Ce que raconte ce petit cuivre, c’est aussi un modèle économique inversé : l’État accepte une perte unitaire pour que la monnaie reste disponible partout. Mais d’autres pays ont choisi une tout autre voie.

La comparaison qui change la perspective

Plusieurs pays ont déjà contourné le problème sans supprimer les pièces. La Finlande a inauguré dès l’introduction de l’euro le système de l’arrondi, ensuite suivi par les Pays-Bas puis la Belgique.

Le principe est simple. Au passage en caisse, les commerçants arrondissent la facture au multiple de 5 centimes le plus proche. Plus besoin de rendre de piécettes : elles disparaissent du paysage, même si elles ont toujours cours légal.

En Belgique, la pièce de 1 centime était estimée en 2017 à 1,146 centime de coût de production. Le même calcul qu’en France, donc, mais une autre réponse politique.

Pourquoi la France freine des quatre fers

Les Européens, eux, sont plutôt d’accord. D’après un sondage de la Commission, 72 % des Européens estiment que ces pièces ne leur sont plus utiles. En France, en revanche, les citoyens semblent plus attachés à leurs pièces rouges.

Côté politique, un député s’est même opposé à leur disparition. Son argument : une pièce passe de main en main des centaines, voire des milliers de fois, donc son coût unitaire ne dit pas tout. Autrement dit, l’investissement initial serait amorti à chaque échange.

Il craint aussi que les commerçants arrondissent les prix à leur avantage. Un risque réel, car la suppression pourrait entraîner une légère inflation mécanique, les prix étant plutôt arrondis à la hausse.

Autre piste évoquée : modifier la composition des pièces pour réduire leur coût tout en les gardant en circulation.

Maintenant, tu sais ce que vaut vraiment ton centime

Le centime que tu laisses dans ton tiroir coûte plus qu’un centime à produire, et c’est justement parce qu’on les garde qu’on en refabrique. L’écart est réel, mais il est aussi le prix d’une monnaie disponible partout.

Ce mécanisme de produit vendu sous son prix de revient, tu le retrouves ailleurs : c’est ce que montre la PS5 vendue à perte, où le constructeur se rattrape ensuite autrement. Et à l’inverse, le hot-dog Costco à 1,50 $ pose la même question : peut-on vraiment perdre de l’argent sur un produit ?

Envie de voir d’autres coulisses de prix ? Découvre pourquoi la Billy d’IKEA coûte si peu, ou quels produits de supermarché sortent des mêmes usines que les grandes marques.

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