« Je les vends tous » : ce propriétaire de 150 maisons ne loue plus qu’en saisonnier à cause des squatteurs

Cent cinquante maisons, c’est un patrimoine qui fait rêver. Pourtant, selon Marie France, un propriétaire espagnol a décidé de tout liquider, rongé par une peur qu’il n’arrive plus à gérer. Sa solution en attendant les acheteurs surprend : elle lui coûte de l’argent, et il l’assume. Reste à comprendre ce qui l’a poussé jusque-là, et ce qu’il exige pour revenir un jour.
Sept propriétaires sur dix redoutent le pire : la hantise qui monte
Un logement vide, c’est une prise de risque. Les propriétaires le savent : un bien inoccupé peut vite devenir la cible de squatteurs. Et une fois ces occupants installés, l’affaire prend une tout autre tournure.
Car les déloger n’a rien d’évident, même quand ils n’ont strictement rien à faire là. La procédure judiciaire peut s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années avant d’aboutir. Et si le bailleur tente la manière forte, il y a des chances que le squatteur en sorte vainqueur.
Cette crainte n’a rien d’un simple fantasme de forum. D’après une étude Ipsos-Verisure menée auprès de 1 000 propriétaires en France, sept sur dix reconnaissent une appréhension marquée à l’idée d’affronter une telle situation. Une hantise discrète, qui s’installe doucement dans la tête de ceux qui possèdent un bien.
Les histoires qui circulent n’arrangent rien. Il suffit de lire le récit de cette retraitée squattée depuis plus d’un an, qui risquait de se retrouver à la rue, pour comprendre pourquoi certains bailleurs dorment mal.
Mais cette peur ne s’arrête pas à nos frontières. Elle a franchi les Pyrénées, là où la tension locative est vive. Et c’est là qu’un homme a fini par craquer de façon spectaculaire.
Ruben, 150 maisons et un cri d’alarme lancé en direct à la télé espagnole
De l’autre côté des Pyrénées, le même malaise pousse de plus en plus de particuliers à retirer leurs biens du marché. Un témoin, Ruben, est venu l’expliquer sans filtre sur le plateau de l’émission Más Vale Tarde, diffusée sur la chaîne espagnole La Sexta. Son message : la peur a changé sa manière de gérer son patrimoine.
Il faut dire que l’homme n’est pas un petit bailleur. Il serait à la tête de 150 maisons, un parc que beaucoup d’investisseurs lui envieraient. Autant dire que le moindre contentieux peut vite devenir un casse-tête à grande échelle.
D’autres propriétaires ont vécu des histoires qui font froid dans le dos. Cette villa de 250 m² occupée, mise en vente par ses occupants qui réclamaient 15 000 euros pour partir, illustre le genre de scénario que redoutent les bailleurs.
Alors, qu’a décidé Ruben ? Selon Marie France, exaspéré par l’instabilité du secteur et par la crainte des loyers impayés, il organiserait la revente totale de ses biens.
Et en attendant de trouver preneurs, sa décision serait radicale : fini les baux résidentiels classiques. Il a laissé la place exclusivement à la location saisonnière, pour écarter tout risque d’occupation illégale. Mais ce choix a un prix, et il ne l’a pas caché.
Sa condition pour revenir, et la facture salée de sa prudence

Sur le terrain, la tentation de se faire justice soi-même existe. Certains bailleurs testent des méthodes qui font le tour des forums, avec une limite légale précise qui les rend risquées. Ruben, lui, a préféré un autre chemin : fuir le risque plutôt que le combattre.
Reviendrait-il un jour à la location classique ? Oui, mais à une condition. Il réclame une législation ferme qui lui garantirait l’expulsion rapide d’un occupant défaillant.
Or il ne se fait aucune illusion. « Le contexte politique actuel ne le laisse pas présager, et c’est pourquoi je les vends tous », aurait-il assuré, comme le rapporte Marie France. Une phrase sèche, sans appel.
Le plus étonnant, c’est le prix de cette prudence. Le propriétaire préférerait brader la rentabilité de ses maisons plutôt que d’affronter le cauchemar d’un contentieux sans fin. Autrement dit, perdre de l’argent plutôt que dormir mal.
Et la location saisonnière n’est pas la solution miracle. « Ce sont des villes d’environ 10 000 habitants, et les locations y sont très rentables en juillet et en août », a-t-il confié. « Le reste de l’année, elles sont vides, et nous devons quand même payer les charges de copropriété, l’eau, l’électricité… »
Voilà donc le vrai paradoxe : pour éviter des squatteurs, il accepte des maisons vides la majeure partie de l’année. Un calcul que peu de bailleurs feraient de gaieté de cœur.
Ce que ce choix dit du climat qui pèse sur les bailleurs
Ruben est loin d’être un cas isolé. D’après la source, il est loin d’être le seul propriétaire à exprimer son inquiétude, et ces derniers se sentent peu aidés par la loi. Le sentiment dominant : la justice prendrait souvent le parti des occupants clandestins.
Résultat, les bailleurs multiplient les précautions pour que leur logement ne tombe pas entre de mauvaises mains. Certains se tournent vers la courte durée, d’autres vendent, d’autres encore se protègent par des démarches très concrètes. Un avocat répète à tous un document censé protéger les propriétaires, et c’est précisément le genre de réflexe qui se diffuse.
Reste la question de fond, celle que pose ce témoignage. Quand des particuliers retirent leurs biens de la location à l’année, c’est logiquement le marché qui s’en ressent, surtout là où la tension locative est déjà forte. Les locataires, eux, regardent passer les annonces.
Autre élément à garder en tête : l’inquiétude des bailleurs se nourrit aussi de faits qui choquent. Il existe par exemple une règle qui permet à un squatteur de devenir propriétaire après 30 ans, de quoi nourrir les craintes, même si elle reste exceptionnelle.
À surveiller maintenant : une éventuelle évolution de la législation. C’est exactement ce que Ruben attend pour envisager un retour. D’ici là, ses maisons resteront dédiées aux vacanciers, ou aux acheteurs qui voudront bien les reprendre.
Au bout du compte, 150 maisons, une peur et un renoncement : voilà ce que coûte, parfois, la crainte d’un squat. Un propriétaire qui préfère perdre de l’argent plutôt que sa tranquillité, ça pose forcément question.
Et si vous pensiez que la peur des squatteurs ne produisait que des renoncements, ce qu’une retraitée de 78 ans a lancé chez elle pour chasser cinq squatteurs risque de vous scotcher. Et du côté des mairies, cette taxe que plusieurs maires du Gard votent contre les logements vides pourrait bien changer la donne pour d’autres propriétaires.