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En 2010, ils vident une maison de Pinner et trouvent un vase chinois estimé 800 000 £ : Bainbridges l’adjuge 43 millions, mais l’acheteur ne paie pas

Publié par Elsa Fanjul le 28 Oct 2026 à 16:21

Une maison de banlieue à vider, un vieux vase posé sur une bibliothèque, et une salle des ventes habituée aux objets à moins de 500 livres. Rien ne prédestinait cette histoire à finir dans les livres des records.

Pourtant, en novembre 2010, un frère et une sœur… pardon, une mère et son fils, ont vu le marteau tomber sur un chiffre que personne n’avait imaginé. Et ce n’est pas le plus étonnant de l’histoire.

Le vase posé sur une bibliothèque

Tout commence bien avant 2010. Au début du XXe siècle, un certain M. Newman, explorateur qui voyage souvent en Extrême-Orient, rapporte chez lui un vase de la période Qianlong (1711-1799). Il le range au sommet d’une bibliothèque, dans le salon.

Pour lui, c’est un bel objet décoratif, rien de plus. Selon d’autres sources, le vase serait arrivé dans la famille via un oncle qui l’aurait ramassé en Chine. Les récits divergent sur ce détail, mais pas sur la suite.

M. Newman meurt en 2006. Sa femme hérite de sa collection de souvenirs, de cartes, de livres de voyage et d’objets, vase compris. Alors, qui allait le découvrir pour de bon ?

Une maison de Pinner à vider

En 2010, Mme Newman meurt à son tour. La succession revient à sa sœur, Gene Johnson, et au fils de celle-ci, Tony. Direction Pinner, en banlieue de Londres, pour vider la maison.

C’est là qu’ils tombent sur le vase. Tony Johnson a un pressentiment : l’objet pourrait valoir quelque chose. Il contacte Bainbridges, une maison de ventes de Ruislip, dans le Middlesex.

Le choix a de quoi surprendre. Cette salle des ventes traite d’ordinaire des lots à moins de 500 livres. Un vase impérial chinois, ce n’est pas son quotidien. Mais l’objet va attirer l’œil d’un homme qui, lui, sait exactement ce qu’il regarde.

Une estimation qui allait exploser

Le commissaire-priseur Luan Grocholski reconnaît une pièce de porcelaine du XVIIIe siècle, de l’époque de l’empereur Qianlong. Il l’estime entre 800 000 et 1,2 million de livres.

Déjà énorme pour une salle de banlieue. L’empereur Qianlong, qui a régné de 1735 à 1796, était un mécène réputé des arts chinois. Les pièces sorties des fours impériaux de Jingdezhen sont recherchées par les collectionneurs du monde entier.

Le vase d’environ 40 cm de haut, de forme ovoïde, sur fond jaune et bleu, porte quatre cartouches d’émail avec poissons et fleurs, ainsi qu’un sceau impérial. Il a probablement été commandé pour l’un des palais de l’empereur.

Mère et fils découvrent un vase chinois dans un salon

Reste à savoir si les enchérisseurs allaient suivre l’estimation. Ils ont fait bien mieux.

Le 11 novembre 2010, le marteau s’emballe

Le jour de la vente, les enchères démarrent à 500 000 livres. Au téléphone, les enchérisseurs se disputent le lot. Les montants grimpent bien au-delà des prévisions.

Le marteau tombe finalement à 43 millions de livres. Avec les frais, l’addition grimpe à 53,1 millions de livres, soit environ 68,9 millions de dollars. L’acheteur est un enchérisseur anonyme, joint par téléphone.

Dans une salle des ventes de banlieue, la scène a de quoi marquer. Pour la famille Johnson, c’est la fortune. Du moins sur le papier, car le plus étrange reste à venir.

L’acheteur refuse de payer

Commissaire-priseur lève le marteau lors d'une vente aux enchères

Quand vient le moment de régler, l’acheteur anonyme refuse de s’acquitter des frais d’adjudication, soit 8,6 millions de livres. Sans ce paiement, la vente n’est jamais conclue.

Le vase ne quitte donc pas Bainbridges. Pendant deux ans, la maison de ventes négocie avec l’enchérisseur défaillant. Sans résultat.

Cet épisode illustre un risque rarement évoqué : une adjudication n’est pas un chèque encaissé. Les ventes record ont leurs coulisses, comme cette Ferrari électrique à 40 millions de dollars qui affole Monterey. Mais ici, l’histoire prend un virage inattendu.

Ce qu’est devenu le vase

Après deux ans de discussions, Bainbridges libère le vase et le confie à Bonhams. La maison de Hong Kong organise une vente en janvier 2013.

L’objet trouve preneur auprès d’un autre acheteur anonyme, pour au moins 20 millions de livres (31,5 millions de dollars), selon le Guinness des records. Certaines sources évoquent environ 25 millions de livres pour une revente de gré à gré. Les chiffres varient selon les récits.

Dans tous les cas, c’est bien moins que les 43 millions du marteau de 2010. Mais assez pour que le Guinness World Records en fasse le vase le plus cher du monde, et la porcelaine la plus chère jamais vendue.

Vase impérial Qianlong jaune et bleu sous les projecteurs

Pourquoi cette histoire fascine encore

Un objet ordinaire pour ses propriétaires, une salle de ventes inadaptée, une estimation d’un million qui devient 43. Tout y est pour nourrir le fantasme du trésor caché au fond d’un salon.

Les amateurs de ces coups de théâtre aimeront aussi cette histoire d’Apple-1 vendu 1,15 million, ou ce flacon de Romanée-Conti à 812 500 dollars.

La morale ? Avant de vider une maison, regardez bien ce qui traîne sur la bibliothèque. Et vérifiez toujours que l’acheteur peut payer.

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