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2CV électrique à 15 000 € : fabriquée en Italie sur une base chinoise, la légende française fait déjà polémique

Publié par Elsa Lepic le 20 Oct 2026 à 8:30
Vieille 2CV crème devant une usine moderne au crépuscule

Elle a roulé dans les campagnes françaises pendant 42 ans. Elle symbolisait la voiture du peuple, fabriquée chez nous. Et la voilà qui revient, en électrique, à environ 15 000 euros.

Sauf que le retour de la 2CV s’accompagne d’une polémique que Citroën n’avait pas vraiment prévue. Entre l’usine, la plateforme et une phrase du patron de la marque, un détail cloche. On vous explique lequel.

Une icône du « made in France » qui fait déjà trembler les syndicats

Présentée comme le fer de lance de la nouvelle famille de véhicules urbains abordables de Stellantis, la future 2CV électrique devait réveiller la nostalgie. Elle réveille surtout les inquiétudes. Au salon, dirigeants et pouvoirs publics plaident pour une préférence européenne, ce qui rend le sujet encore plus sensible.

Selon La Lettre, le syndicat Force ouvrière pointe un contraste. Renault a choisi de produire sa R5 électrique à Douai, dans le Nord. Stellantis, lui, n’aurait pas suivi cet exemple, alors que l’État français détient toujours plus de 6 % du capital via Bpifrance.

L’organisation multiplierait déjà les rencontres avec des responsables politiques, dont Yaël Braun-Pivet et François-Xavier Bellamy, pour défendre l’avenir des sites français du constructeur. Une mobilisation qui en dit long sur l’enjeu.

Ce n’est pas la première fois que Citroën ressuscite sa légende avec fanfare. Mais cette fois, la question n’est plus le design. C’est l’adresse sur la carte grise de l’usine, et le patron de Citroën a préféré ne pas y répondre franchement.

Chardon temporise, Stellantis a déjà écrit « Italie » noir sur blanc

Mercredi 14 octobre, sur BFM Business, Xavier Chardon, directeur général de Citroën, est interrogé sur le lieu de production. Sa réponse : « Il y a plusieurs options mais pour l’instant on n’en parle pas, laissez-nous encore un peu de temps. » Il rappelle qu’on présente un concept-car et que la vraie voiture, très proche, arrivera dans deux ans.

Prudence de façade. Car dès le 19 mai, un communiqué officiel de Stellantis indiquait que « la production d’E-Car est prévue à partir de 2028 sur le site de Pomigliano d’Arco en Italie ».

Le directeur général du groupe, Antonio Filosa, y parlait d’un projet « destiné à être produit en Europe pour les Européens », répondant à des clients qui souhaitent le retour de « petits véhicules élégants, fièrement produits en Europe ».

Le doute n’est plus vraiment permis. Selon L’Usine Nouvelle, Ned Curic, directeur de la technologie de Stellantis, a confirmé au Mondial de l’Auto que toutes les voitures de cette famille y seraient fabriquées. Les teasers du concept laissent pourtant beaucoup de questions techniques sans réponse.

Reste l’autre moitié de la polémique, celle qui concerne ce qu’il y a sous la carrosserie. Et là, le mot « chinois » apparaît.

Ouvrier inquiet devant une chaîne d'assemblage de petites voitures électriques

Sous la carrosserie, une plateforme dérivée de la Leapmotor T03

Pour passer sous la barre des 15 000 euros, Stellantis s’appuie sur son partenaire chinois Leapmotor. Si l’on en croit L’Usine Nouvelle, la plateforme E-Car dériverait de l’architecture de la citadine Leapmotor T03. L’objectif : réduire les coûts au maximum et diviser les délais de développement par deux.

Au centre de R&D de Mirafiori, près de Turin, près de 200 ingénieurs venus de Chine épauleraient les équipes européennes pour adapter cette base. Ned Curic martèle de son côté qu’il s’agit « bel et bien d’une plateforme Stellantis ».

Voilà donc le cœur de la polémique : une assemblée en Italie, une architecture d’inspiration chinoise, et un nom qui évoque Levallois-Perret. Le choix se défend sur le plan économique, surtout face à la concurrence qui pousse les prix vers le bas, comme le montre Fiat avec ses électriques à 10 000 et 15 000 €.

Il passe plus mal sur le plan symbolique. Et un chiffre, côté Citroën, rend l’affaire encore plus parlante que n’importe quel communiqué.

90 % hors de France : l’exode que la 2CV ne fait que prolonger

Que l’assemblage final se fasse en Italie ou ailleurs en Europe, la future 2CV s’inscrit dans un mouvement déjà très avancé. Aujourd’hui, plus de 90 % des véhicules particuliers de Citroën sont fabriqués hors de France.

Sur les petites voitures, la délocalisation est totale. La nouvelle C3 sort de Trnava, en Slovaquie, et l’Ami des chaînes marocaines de Kénitra. Le SUV C5 Aircross, produit à Rennes-La Janais, reste le seul véhicule particulier de la marque encore fabriqué en France.

Même constat chez Peugeot : la 208 est intégralement assemblée à l’étranger, entre Saragosse pour la e-208 et Kénitra pour les versions thermiques et hybrides. Chez Renault, la Clio est désormais produite en Turquie, à Bursa.

Au niveau du groupe, la part de la production mondiale réalisée à l’étranger frôle aussi les 90 %, sur environ 6 millions de véhicules par an. La fabrication sur le sol français stagne entre 590 000 et 660 000 unités.

Le contraste avec la 2CV d’origine est saisissant. Présentée au Salon de Paris en 1948, elle a été produite à plus de 5,1 millions d’exemplaires, dont près de 80 % sortis des usines françaises de Levallois-Perret puis de Rennes-La Janais.

Ce qu’il faut surveiller d’ici la voiture de série

La vraie 2CV doit être dévoilée dans environ deux ans, selon Xavier Chardon. D’ici là, la pression devrait monter. Les syndicats espèrent que les rencontres politiques feront bouger les lignes, même si le communiqué de mai semble déjà avoir fixé le cap.

Autre point à suivre : le prix. La promesse d’environ 15 000 euros repose précisément sur cette plateforme dérivée de Leapmotor et sur la mutualisation des coûts. Changer d’usine ou de base technique remettrait en cause l’équation, ce qui explique la prudence affichée par la direction.

Côté marché, la bataille des petites électriques s’annonce rude. Dacia a dévoilé sa propre voiture électrique pas chère, et la future 2CV devra convaincre au-delà de la nostalgie.

Reste la question de l’image. Une marque peut-elle vendre un symbole français sans le fabriquer en France ? Pour comprendre la logique économique des constructeurs, il faut regarder qui gagne vraiment de l’argent sur chaque voiture vendue.

La 2CV revient, mais le « made in France » reste au garage. Et si l’État, actionnaire à plus de 6 %, ne pèse pas dans la balance, qui le fera ?

Et si ce retour vous laisse un goût amer, ce que Stellantis négocie en ce moment avec deux géants chinois pourrait bien vous faire regarder la suite autrement. Quant à ceux qui hésitent à passer à l’électrique, la décote que Leboncoin vient de chiffrer après cinq ans mérite quelques minutes avant de signer quoi que ce soit.

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