9 minutes de recharge, 31 500 € : cette berline chinoise de BYD annonce 1 008 km et vise Mercedes

Près de 130 constructeurs se disputent le marché chinois, et l’un d’eux vient de sortir une berline qui inquiète les ténors européens. Elle mesure 5,26 mètres, aligne trois écrans et peut transformer sa banquette en lit de 2 mètres. Mais c’est son duo autonomie-recharge qui fait parler, et il faut regarder de près ce que valent vraiment ces chiffres.
130 marques, un géant et une berline censée sauver les ventes de BYD
La Chine compte près de 130 constructeurs. Parmi eux, BYD, basé à Shenzhen, est aujourd’hui le leader mondial de la voiture électrique. Sa gamme va de la kei car pensée pour le Japon jusqu’au grand SUV.
Entre les deux, on trouve des citadines, des breaks et des berlines. La dernière arrivée s’appelle Da Han. Présentée au salon de Chengdu le 21 août, elle est commercialisée en Chine depuis le mardi 13 octobre, selon Frandroid, et se commande sur le site officiel chinois de la marque.
Elle se place juste au-dessus de la Han, bien connue en Europe. Gabarit : 5,26 mètres de long, 2 mètres de large et 1,51 mètre de haut. À l’avant, un bandeau lumineux de 2,41 mètres de large prolonge le style de sa grande sœur.
Pourquoi un tel modèle maintenant ? Parce que la Han souffre. D’après les chiffres compilés par CnEVPost, elle ne s’est écoulée qu’à 2 529 exemplaires en septembre, soit 70,9 % de moins qu’un an plus tôt.
BYD reprendrait donc la recette du grand SUV Da Tang, lancé en juin et déjà vendu à 40 222 exemplaires fin septembre. Le pari est clair : relancer les grandes berlines. Et BYD n’est pas le seul à jouer la carte du prix serré, comme le montre ce SUV électrique à 23 400 € qui fait déjà trembler Peugeot et Citroën. Reste à voir ce que BYD facture pour cette Da Han.
Un salon roulant à 31 500 € qui vise l’EQS, la Lucid Air et l’ex-Tesla Model S
Premier choc : le tarif. La Da Han démarre à 235 900 yuans, soit environ 31 500 euros. La version à transmission intégrale grimpe à 275 900 yuans, environ 36 800 euros.
C’est 14 000 à 24 000 yuans de moins que les prix annoncés à l’ouverture des précommandes, en août. BYD a donc rogné sa propre addition avant même les premières livraisons.
En face, la marque chasse sur les terres de la Mercedes EQS et de la Lucid Air. Elle vise aussi la Tesla Model S, dont la production s’est arrêtée en mai 2026. Le décor est planté.
À bord, trois écrans : 12,3 pouces pour l’instrumentation, 17,3 pouces au centre et 12,3 pouces pour le passager. S’y ajoute un affichage tête haute en réalité augmentée de 40 pouces. Les sièges avant « zéro gravité » sont de série.
Derrière, un écran de 17,8 pouces se loge au plafond. Un compartiment de rangement réfrigéré et chauffant couvre de -6 à 50 °C. Le coffre arrière annonce 500 litres, plus 130 litres sous le capot avant. La banquette se change en lit de 2 mètres en quelques secondes.
Tout cela pour moins de 37 000 euros, certes. Mais le vrai sujet est ailleurs, et d’autres marques rivalisent déjà sur ce terrain, Geely promettant par exemple une recharge en 4 minutes. Que vaut la promesse de BYD ?
Les trois versions partagent la batterie Blade 2.0, de chimie LFP (lithium-fer-phosphate), d’une capacité de 102,3 kWh. Les deux versions à propulsion annoncent 1 008 km en cycle CLTC. Et la recharge de 10 à 70 % prend 5 minutes seulement.
Ce que cachent vraiment les 1 008 km et les 9 minutes

Avant de crier au miracle, un détail de taille, comme pour toutes ces batteries qui promettent 1 500 km : le cycle CLTC est un barème chinois, plus généreux que le WLTP européen. Converti, le chiffre de la Da Han tombe à environ 816 km WLTP.
C’est déjà énorme pour une berline. Mais c’est la vraie mesure à retenir si l’on compare avec une voiture vendue en Europe.
La version à transmission intégrale baisse encore : 880 km CLTC, soit environ 713 km WLTP. En échange, elle gagne en puissance : 570 kW (775 ch) et un 0 à 100 km/h en 3,3 secondes. Les versions à propulsion offrent 370 kW (503 ch) et 4,9 secondes.
Côté recharge, 10 à 70 % en 5 minutes, puis 97 % en 9 minutes. Par -30 °C, il faut compter 3 minutes de plus, selon BYD. Le froid ralentit donc, mais ne bloque pas.
Le secret tient aux bornes Flash Charging, qui délivrent jusqu’à 1 500 kW. Sans elles, ces temps ne tiennent pas : la voiture seule ne suffit pas, il faut aussi le réseau.
La Da Han reçoit en outre de série l’aide à la conduite God’s Eye B, avec lidar, la suspension pneumatique DiSus-A et les roues arrière directrices. Pour une berline de 5,26 mètres, ces roues directrices devraient aider en manœuvre.
Le verdict tient donc en une phrase : environ 816 km réels et un plein en 9 minutes, à condition de trouver la borne. Et justement, qu’en est-il en Europe ?
Ce que ça change pour l’Europe, et pour votre portefeuille
Pour l’instant, BYD n’a pas annoncé la Da Han pour l’Europe. Le constructeur prépare en revanche sa recharge éclair : une première borne Flash Charging fonctionne en Allemagne depuis juin.
L’objectif affiché est de 100 bornes sur le continent d’ici fin 2026, puis 3 000 fin 2027. Le calendrier est serré, mais il donne le tempo.
Aujourd’hui, seul le break Denza Z9 GT peut en profiter chez nous. Le SUV BYD Atto 8 suivra au premier trimestre 2027, et d’autres modèles compatibles doivent arriver l’an prochain, sans liste précise pour l’instant.
En attendant, les Français ont d’autres cartes à jouer sur l’électrique. Le nouveau bonus écologique permet de viser une citadine neuve à moins de 16 000 €, un tout autre segment, mais un vrai signal de prix.
Autre piste pour les petits budgets : le leasing social à 100 € par mois, soumis à des conditions de revenus strictes. Rien à voir avec une grande berline, mais cela montre que la bataille du prix se joue à tous les étages.
Ce qu’il faut surveiller ensuite : une éventuelle annonce européenne de la Da Han, la progression des ventes de la Han en Chine, et surtout le rythme d’installation des bornes de BYD. C’est là que se jouera la crédibilité de ces 9 minutes.
Ce que BYD vend d’abord, ce n’est pas une berline mais une promesse : un plein plus court qu’un café. Et si vous voulez savoir à quoi ressemble cette recharge de l’intérieur, ce que ressent un journaliste monté dans la Denza Z de 1 604 ch en dit long. Et pendant que l’Asie accélère, le retour des boutons physiques imposé en Chine pourrait bien changer l’intérieur de votre prochaine voiture.