Près de 19 000 infractions en deux semaines : ces images de caméras IA jugées « choquantes »

Deux semaines, deux casernes de pompiers, des caméras dopées à l’intelligence artificielle. Résultat : près de 19 000 infractions potentielles repérées dans l’agglomération de Birmingham. Parmi les clichés, un seul a particulièrement fait réagir les responsables : celui d’un passager avant qui serre un jeune enfant sur ses genoux, sans ceinture. Voici ce que ces caméras ont vraiment vu, et ce qui pourrait suivre.
Deux casernes, deux semaines : l’essai qui a pris les autorités par surprise
L’histoire se passe dans les West Midlands, en Angleterre. Selon LADbible, des caméras dotées d’intelligence artificielle ont été installées en mars devant deux casernes de pompiers : celle de Ladywood, à Birmingham, et celle de Fallings Park, à Wolverhampton.
L’essai a été financé par la West Midlands Combined Authority, en collaboration avec la police et les pompiers. Pendant deux semaines, les appareils ont observé l’intérieur des véhicules qui passaient devant eux.
Le principe, tel que le décrit le RAC, est d’une simplicité redoutable. Ces dispositifs posés au bord de la route peuvent déterminer si un conducteur utilise son téléphone ou si un occupant n’a pas bouclé sa ceinture. Ils peuvent aussi mesurer la vitesse.
Ils transmettent également la marque, le modèle et la plaque du véhicule. La police obtient ainsi une vue complète des passagers et de l’habitacle, qu’il s’agisse d’une voiture, d’une camionnette ou d’un camion. Le sujet reste sensible : ces caméras IA sur les routes qui ont déjà montré un point faible rappellent que la donnée collectée doit être bien gardée.
Le maire des West Midlands, Richard Parker, a reconnu que le niveau de prise de risque dépassait largement ses attentes. Mais de quels chiffres parle-t-on, et qu’ont réellement saisi ces objectifs ?
19 000 infractions potentielles : ce que les caméras ont vu dans les voitures
Les résultats ont de quoi surprendre. Sur un premier site, les caméras ont enregistré 11 045 cas potentiels de non-port de la ceinture. S’y ajoutent 1 163 cas potentiels d’usage du téléphone au volant.
Sur le second site, le bilan atteint 6 030 infractions potentielles de ceinture et 757 de téléphone. Le mot « potentielles » compte : rien n’est définitif à ce stade.
La technologie n’agit pas seule. Le système Acusensus, introduit au Royaume-Uni en 2023 pour traquer les téléphones, filme des preuves nettes, mais chaque image est relue par un humain avant toute poursuite. Et ces outils évoluent vite : le nouveau radar SV3, qui détecte une infraction très courante, illustre la même tendance.
Additionnez les deux sites : 12 208 cas d’un côté, 6 787 de l’autre. On arrive à près de 19 000 infractions potentielles en deux semaines seulement. Mais un chiffre, aussi gros soit-il, ne dit pas tout.
Ce sont les images qui ont marqué les esprits. L’une montrerait un passager avant serrant un petit enfant sur ses genoux, sans aucune ceinture. Une autre, un conducteur avec les deux mains sur son téléphone plutôt que sur le volant.
Des dizaines d’autres clichés montreraient par ailleurs des enfants transportés sans siège adapté à leur âge. Comment les responsables ont-ils réagi face à ces images ?

« Franchement choquant » : les mots du maire et la promesse qui les accompagne
Certains cherchent déjà à tromper ces yeux numériques, comme cet expert en cybersécurité qui a recouvert sa voiture pour la rendre invisible aux caméras IA. Côté West Midlands, en revanche, ce sont les chiffres qui font réagir.
Richard Parker a employé des mots forts. Selon lui, le nombre de personnes qui risquent leur vie et celle des autres, dont de très jeunes enfants, est « franchement choquant » et bien supérieur à ce que l’équipe attendait en lançant l’essai.
Il rappelle que la loi est claire sur les ceintures et les téléphones. Il dit avoir rencontré des familles ayant perdu un proche à cause d’une conduite imprudente : pour elles, assure-t-il, « le deuil est toujours là ».
Le commissaire de police et du crime Simon Foster, qui préside le comité de sécurité routière, parle de conclusions « profondément préoccupantes ». Réduire le nombre de morts et de blessés graves reste, dit-il, sa priorité absolue.
C’est lui qui lâche l’information décisive. Les résultats sont en cours d’évaluation pour voir comment cette technologie avancée pourrait servir à de futures opérations de police. Autrement dit, l’essai pourrait bien ne pas rester un simple essai.
Ce que la suite pourrait changer pour les automobilistes
Pour l’instant, aucune sanction ne ressort de cet essai : il s’agit d’infractions potentielles, avec relecture humaine à la clé. Richard Parker promet néanmoins d’employer toutes les ressources disponibles, nouvelles technologies comprises, pour rendre les rues plus sûres.
Les résultats vont être passés en revue avec le partenariat de sécurité routière de la région. Les informations disponibles ne mentionnent aucune date de déploiement, ni la forme que prendrait une éventuelle application des règles.
La question des caméras tournées vers l’habitacle dépasse d’ailleurs l’Angleterre. En Europe, dès juillet 2026, une caméra braquée sur vous devient obligatoire dans les voitures neuves. La technologie n’est pas la même, mais l’objet est comparable : ce qui se passe à l’intérieur.
Reste à surveiller la vitesse à laquelle ces dispositifs passeront du test à l’usage, et le sort des enfants sans siège adapté, qui inquiète tout particulièrement. Pour les adultes, le réflexe est simple, et un détail que beaucoup ignorent le prouve : à quoi sert le petit bouton des ceintures de sécurité montre que chaque geste compte.
Deux semaines, 19 000 clichés, et une certitude : derrière un pare-brise, on n’est plus aussi invisible qu’on le pensait. Et si le vrai danger se trouvait ailleurs, ces 43 vidéos de conducteurs Tesla endormis à 130 km/h ont de quoi vous glacer. Quant à la confiance qu’on peut accorder aux machines, cette IA qui mentait à ses propres évaluateurs pose une tout autre question.