« Je trouve ça super » : le Code de la route bientôt accessible dès 14 ans, mais pas le volant

Passer son Code de la route au collège, avant même d’avoir le droit de toucher un volant : l’idée peut surprendre, mais elle vient d’être votée à l’unanimité. Le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) a tranché lors d’une assemblée plénière marquante. Reste une question qui agite déjà les auto-écoles : cette réforme va-t-elle vraiment relancer l’apprentissage anticipé, ou créer un vide d’un an entre la théorie et la pratique ?
Un permis à 17 ans qui a tout dérégulé
Depuis 2024, le permis B est accessible dès 17 ans en France. Une avancée pensée pour faciliter la mobilité des jeunes, mais qui a eu un effet secondaire inattendu : la conduite accompagnée s’effondre. Selon une baisse rapportée par Caradisiac, les inscriptions ont chuté entre 15 % et 25 % selon les départements.
Le CNSR pointe un mécanisme simple : pourquoi commencer l’apprentissage à 15 ans si on peut passer l’examen final à 17 ans sans être passé par la case accompagnement ? Ce raccourci a fragilisé tout un système pensé pour former des conducteurs plus expérimentés avant leurs premiers kilomètres en solo, un peu comme d’autres dispositifs de sécurité routière pensés pour anticiper les comportements à risque.
C’est ce constat qui a poussé le Conseil à revoir le calendrier de la formation théorique. L’idée : réintroduire un socle solide dès le collège, avant que la réglementation autour de la conduite n’évolue encore une fois.
Le Code dès 14 ans, mais pas une minute de plus au volant
La mesure phare est claire dans son périmètre. Les collégiens pourraient valider l’examen théorique du Code de la route dès 14 ans, un an avant l’âge légal de la conduite accompagnée. Aucun assouplissement n’est prévu sur l’âge minimum pour prendre le volant : 15 ans reste la règle, point final.
L’objectif est pédagogique avant tout. Arriver à 15 ans avec un socle théorique déjà maîtrisé, plutôt que d’apprendre le Code en parallèle des premières heures de conduite accompagnée. Une logique que partagent d’autres secteurs où la théorie précède toujours la pratique, comme dans certaines études sur les véhicules récentes qui montrent l’écart entre la théorie et l’usage réel.
Patrick Mirouse, président du réseau d’auto-écoles ECF, salue une démarche qui « va dans le bon sens ». Il alerte toutefois sur un risque concret : un an entier entre l’obtention du Code et le premier tour de volant pourrait effacer une partie des connaissances acquises, comme cela arrive parfois avec des véhicules dont les fonctionnalités théoriques ne sont jamais mises en pratique à temps.

Trottinettes, voiturettes : un même virage pour tous
Ce n’est pas la seule bascule votée ce jour-là. Le CNSR a aussi décidé de rendre le Code de la route obligatoire pour les conducteurs de voiturettes sans permis, ainsi que pour les usagers d’engins de déplacement personnel motorisés, trottinettes électriques en tête, à l’image des débats récents autour de l’avenir de certaines réformes suspendues à une décision politique.
Les règles ouvertes en 2021, qui laissaient conduire ces engins sans exigence de connaissances approfondies, sont désormais jugées dépassées. Face à la multiplication des incidents impliquant des véhicules électriques et engins motorisés, l’uniformisation devient la priorité.
Estelle Balit, déléguée interministérielle à la sécurité routière, résume l’intention : « la sécurité routière souhaite uniformiser les règles selon les risques réels constatés sur le terrain ». Un cadre pédagogique identique pour tous les usagers, qu’ils roulent en voiture, en cyclomoteur ou en trottinette.
Le vote s’est tenu à la Maison de la RATP, pour les 25 ans du CNSR. Deux autres recommandations ont suivi ce même jour : un auto-questionnaire d’aptitude à la conduite en ligne, et une journée nationale dédiée aux victimes de la route, envisagée pour le mois de mai. Mais attention, le CNSR n’a aucun pouvoir réglementaire : c’est désormais au Gouvernement de reprendre, modifier ou écarter ces propositions.
Un Code de la route au collège, un volant qui attend encore un an : la réforme divise déjà les professionnels du secteur. Reste à savoir si le Gouvernement suivra cette recommandation votée à l’unanimité, ou la laissera dormir dans un tiroir comme tant d’autres avant elle. Vous, à 14 ans, auriez-vous eu envie de réviser le Code ?