Ferrari Luce : sa première électrique à 550 000 € divise le monde entier, sauf un pays
Une Ferrari sans moteur thermique. Pas de rugissement, pas de V12, pas de vibrations dans le volant. Juste quatre moteurs électriques, un design signé par l’ancien génie d’Apple, et un prix qui donne le vertige. La Ferrari Luce devait choquer — et elle a tenu sa promesse.
Sauf qu’entre la chute en bourse, les critiques des passionnés et les moqueries sur les réseaux, un marché a répondu présent sans hésiter. Et c’est celui que personne n’attendait vraiment sur ce créneau.
Un design qui a mis le feu aux poudres
Quand Ferrari a levé le voile sur la Luce, la réaction a été immédiate. Les forums auto se sont enflammés, les réseaux sociaux ont explosé. Le problème ? Elle ne ressemble tout simplement pas à une Ferrari.

Son style est signé Jony Ive, l’homme derrière le design de l’iPhone. Des lignes épurées, des surfaces lisses, une silhouette qui évoque davantage un concept-car de la Silicon Valley qu’un bolide de Maranello. Le cheval cabré sur la carrosserie est presque le seul indice.
Et les marchés financiers n’ont pas tardé à réagir non plus. Le cours de l’action Ferrari a plongé après la présentation, signe que les investisseurs partagent le malaise des puristes. Le constructeur italien jouait gros. Il le savait.
Mais sous ce capot controversé se cache une fiche technique qui, elle, ne fait sourire personne. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
1 036 chevaux sous le capot — sans un seul cylindre
La Luce embarque quatre moteurs électriques pour une puissance combinée de 1 036 chevaux. La batterie affiche 122 kWh et promet 530 km d’autonomie. Sur le papier, c’est costaud.
Sauf que la concurrence ne dort pas. Le Porsche Taycan revendique désormais 700 km d’autonomie. La Denza Z9 GT, venue de Chine, propose des performances comparables pour une fraction du prix. Sur les chiffres purs, la Luce ne domine pas sa catégorie.

Et c’est là que le prix entre en scène : 550 000 euros. Un demi-million pour une voiture électrique qui n’écrase pas ses rivales sur la fiche technique. Difficile à justifier, non ? Sauf si on comprend que Ferrari ne vend pas une voiture. Ferrari vend autre chose.
La vraie stratégie derrière la Luce
Voici le secret que les puristes refusent d’entendre : la Luce n’a jamais été conçue pour eux. Ce modèle cible une clientèle qui se moque de la compétition automobile, de l’histoire mécanique et du son d’un flat-six.
Avec la Luce, le constructeur de Maranello vise des acheteurs attirés par le prestige social du cheval cabré. Des profils proches de certains clients Porsche, qui achètent un bijou automobile comme on s’offre une montre de luxe — pour ce qu’elle dit de vous, pas pour ses complications.
C’est un virage stratégique assumé. Ferrari élargit sa base vers des clients moins sensibles à la performance pure et plus réceptifs aux codes contemporains du luxe tech. Si vous cherchez l’adrénaline mécanique, une 296 GTB, une SF90 ou un Purosangue restent au catalogue.
Et ce pari calculé, un pays l’a validé à une vitesse spectaculaire.
88 exemplaires vendus en un éclair en Chine
Comme le rapporte CarNewsChina, les commandes de la Luce ont ouvert en Chine à 3 988 000 yuans, soit environ 514 000 euros. Un tarif astronomique, même pour le marché du luxe chinois. Résultat ? Les 88 exemplaires réservés pour cette année ont tous trouvé preneur en un temps record.

Quatre-vingt-huit unités, c’est un chiffre symbolique en Chine — le 8 y est synonyme de prospérité. Coïncidence marketing ou allocation calculée, le marché chinois a répondu exactement comme Ferrari l’espérait.
Le public chinois du luxe automobile est en pleine expansion. Ces acheteurs veulent du neuf, du différent, du statutaire. Une Ferrari électrique au design tech coche toutes les cases. Là où les passionnés européens voient une trahison, les clients chinois voient une opportunité d’afficher un objet unique.
D’ailleurs, le marché automobile chinois impose ses propres règles depuis plusieurs années. Les constructeurs qui refusent de s’y adapter perdent du terrain. Ferrari, lui, semble avoir compris le message.
Un ancien patron de Ferrari dans les critiques les plus acerbes
Le succès chinois n’a pas suffi à faire taire les détracteurs. Parmi eux, un nom pèse lourd : l’ancien patron de la marque lui-même. Ses critiques sont publiques, récurrentes, et visent autant le design que la philosophie du projet.
Pour lui, une Ferrari sans moteur thermique n’est plus une Ferrari. Un argument que partagent des milliers de passionnés à travers le monde. La Luce est même devenue un symbole du débat entre tradition et modernité dans l’automobile de luxe.
Et il y a un autre problème à l’horizon. Le nom même de « Luce » pourrait poser souci. Des questions juridiques planent, et le constructeur italien pourrait être contraint de rebaptiser son modèle avant certains lancements internationaux.
Le vrai test reste à venir
La Chine, c’est fait. Mais l’Europe ? Les États-Unis ? Le Moyen-Orient ? La Luce devra convaincre des marchés où la culture Ferrari est profondément ancrée dans le V12 et les circuits. Un défi autrement plus complexe.
Le constructeur avance aussi sur un terrain inédit : les voitures connectées de 2026 collectent des données massives, et la Luce n’y échappera pas. Un sujet qui pourrait peser dans la décision d’achat de certains clients.
Une chose est sûre : avec la Luce, Ferrari a cessé de parler uniquement aux amoureux de mécanique. La marque s’adresse maintenant à un public mondial, plus jeune, plus tech, et surtout plus riche que jamais. Que ça plaise ou non aux puristes, les 88 acheteurs chinois s’en moquent — ils ont déjà signé.