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« Je n’avais jamais été embrassée » : Mara Wilson, star de Matilda, raconte ce qu’elle a trouvé en tapant son nom sur internet à 12 ans

Publié par Elsa Fanjul le 30 Avr 2026 à 21:30
« Je n'avais jamais été embrassée » : Mara Wilson, star de Matilda, raconte ce qu'elle a trouvé en tapant son nom sur internet à 12 ans

Elle avait six ans quand elle est devenue célèbre grâce à Madame Doubtfire. Neuf ans quand elle a incarné Matilda, la petite fille la plus maligne du cinéma américain. Et douze ans quand elle a tapé son propre nom dans un moteur de recherche. Ce qu’elle a trouvé ce jour-là, elle n’a jamais pu l’oublier. Mara Wilson, aujourd’hui âgée de 38 ans, vient de livrer un témoignage glaçant sur les images pédocriminelles fabriquées à partir de ses films d’enfance. Et elle alerte sur un danger que l’intelligence artificielle a démultiplié.

Mara Wilson lors d'une interview témoignage récente

L’été de ses 12 ans, un clic qui a tout fait basculer

Smartphone illustrant les dangers de l'IA et protection des enfants

C’est lors d’une interview accordée à Channel 4 News que Mara Wilson a raconté cette scène. L’été de ses 12 ans, par curiosité — comme n’importe quel ado —, elle décide de chercher son nom sur internet. Un geste banal. Sauf que les résultats, eux, n’avaient rien de banal.

« J’ai passé les 25 années suivantes — et honnêtement, encore aujourd’hui — à regretter de l’avoir fait », confie-t-elle. Ce qu’elle a trouvé ? Un forum entier où des individus affirmaient posséder des images d’elle nue et dans des situations sexuelles. Des images évidemment fabriquées, puisqu’à cet âge, comme elle le souligne elle-même, elle « n’avait jamais été embrassée ».

Le problème, c’est que les photos publiques d’elle circulant à l’époque la montraient entre cinq et neuf ans. Les prédateurs en ligne avaient manipulé numériquement des captures de ses films — Madame Doubtfire, Le Miracle sur la 34e rue, Matilda, A Simple Wish — pour produire du contenu pédocriminel. Des images d’une enfant prépubère, retouchées par des adultes. L’horreur à l’état pur.

Écran d'ordinateur années 2000 dans une chambre d'enfant

« Je n’ai pas pu arrêter de pleurer »

La réaction de la jeune Mara a été immédiate et dévastatrice. « J’étais totalement anéantie. Je n’arrivais pas à arrêter de pleurer. J’avais honte », raconte-t-elle. À douze ans, elle ne comprenait pas comment de telles images pouvaient exister. Elle n’avait rien fait. Elle n’avait rien posté. Elle avait simplement tourné dans des films pour enfants.

Cette honte, totalement injustifiée mais terriblement réelle, l’a poussée à se replier sur elle-même. « J’ai essayé de me cacher. Et je pense que c’est l’un des facteurs qui m’a conduite à ne plus vouloir jouer. » Après le tournage de Thomas and the Magic Railroad en 2000, Mara Wilson a quitté l’industrie du divertissement pendant plus d’une décennie. Elle avait 13 ans. Comme d’autres enfants stars marqués par la célébrité, le prix à payer pour la notoriété précoce s’est révélé bien trop élevé.

Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, le danger ne venait pas des plateaux de tournage.

« Hollywood te jette dans la piscine, mais c’est le public qui te maintient la tête sous l’eau »

Dans une tribune publiée dans The Guardian début 2026, Mara Wilson a approfondi son témoignage. Et sa formule frappe fort : « Hollywood te jette dans la piscine, mais c’est le public qui te maintient la tête sous l’eau. »

Sur les tournages, elle dit s’être toujours sentie en sécurité. Le danger est venu d’ailleurs : du regard du public, de l’exposition médiatique, de l’accessibilité de son image. Avant même d’être au lycée, elle avait été utilisée pour du matériel pédocriminel (CSAM). Son image apparaissait sur des sites fétichistes. Elle avait été photoshoppée dans de la pornographie. Des hommes adultes lui envoyaient des lettres dérangeantes.

L’affaire rappelle les révélations autour de Michael Jackson et les frères Cascio, où la frontière entre célébrité et exploitation a été questionnée. Dans le cas de Mara Wilson, aucun adulte de son entourage professionnel n’est en cause. C’est le système — l’exposition publique d’une enfant combinée à l’anonymat d’internet — qui a rendu l’abus possible.

Même en sachant que les images étaient des faux numériques, le traumatisme n’en était pas moins réel. « Une expérience douloureuse et violente. Un cauchemar éveillé dont j’espérais qu’aucun autre enfant ne vivrait jamais », écrit-elle. Sauf que 25 ans plus tard, ce cauchemar n’a fait qu’empirer.

L’IA, un accélérateur de cauchemar

Ce qui rend le témoignage de Mara Wilson particulièrement actuel, c’est son alerte sur l’intelligence artificielle générative. Dans les années 2000, fabriquer des images truquées demandait du temps, des compétences en retouche photo, un minimum d’effort technique. Aujourd’hui, avec les outils d’IA, quelques secondes suffisent.

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« Les programmes d’IA générative ont rendu la chose infiniment plus facile pour les prédateurs en ligne qui ciblent des enfants », prévient-elle. La menace ne concerne plus seulement les enfants célèbres. N’importe quelle photo publiée sur les réseaux sociaux peut être détournée. La création d’une actrice entièrement générée par IA a d’ailleurs provoqué l’indignation à Hollywood récemment, montrant à quel point la technologie brouille les frontières.

« Des millions d’enfants pourraient être contraints de vivre le même cauchemar que moi », ajoute Wilson. Le chiffre fait froid dans le dos. Selon plusieurs études, le volume de contenus pédocriminels générés par IA a explosé ces dernières années, rendant le travail des forces de l’ordre encore plus complexe.

Quant à l’utilisation abusive des écrans par les plus jeunes, elle ne fait qu’amplifier le risque : plus les enfants sont connectés tôt, plus leur image circule, plus la surface d’attaque pour les prédateurs s’élargit. Le couvre-feu numérique envisagé en France pour les mineurs prend, dans ce contexte, un tout autre sens.

Un appel aux parents, aux entreprises et aux législateurs

Mara Wilson ne se contente pas de témoigner. Elle exige des actes. Dans sa tribune, elle cible trois niveaux de responsabilité. D’abord, les entreprises technologiques qui permettent, par action ou par inaction, la création et la diffusion de contenus pédocriminels. Elle demande qu’elles soient tenues pour responsables.

Ensuite, les législateurs. Elle réclame des lois plus strictes et des garde-fous technologiques intégrés dès la conception des outils d’IA. Un combat que d’autres voix portent également, comme celles des parents youtubeurs condamnés pour exploitation de l’image de leurs enfants, ou les enquêtes sur des réseaux de parents ayant maltraité leurs enfants pour des vidéos en ligne.

Enfin, elle s’adresse directement aux parents. « Personne ne veut penser que les photos de son enfant publiées en ligne pourraient finir dans du matériel pédocriminel. Mais c’est un risque », écrit-elle. Un risque que les parents doivent prendre en compte avant de poster, et dont ils doivent parler avec leurs enfants plus âgés.

Sa conclusion est limpide : « Notre obsession pour le Stranger Danger a montré que la plupart d’entre nous veulent protéger les enfants. Il est temps de le prouver. » Des mots qui résonnent particulièrement quand on pense aux affaires récentes, comme celle de cet homme jugé pour avoir commandité des agressions sur 200 mineures via internet.

De Matilda à lanceuse d’alerte

Il y a quelque chose de troublant dans le parcours de Mara Wilson. Dans Matilda, elle incarnait une fillette brillante qui se battait contre des adultes abusifs grâce à son intelligence et sa détermination. Vingt-cinq ans plus tard, elle mène un combat similaire — mais dans la vraie vie, contre des prédateurs bien réels.

La différence, c’est qu’il n’y a pas de pouvoirs magiques pour effacer les images. Pas de Miss Honey pour venir la sauver. Juste une femme de 38 ans qui porte un traumatisme d’enfance et qui refuse que d’autres gamins vivent la même chose. Son témoignage rejoint celui d’autres personnalités qui ont brisé le silence sur les violences subies dans l’enfance, comme Joey Starr révélant son passé traumatisant.

Le plus vertigineux dans cette histoire, c’est peut-être ça : en 2000, quand Mara Wilson a raccroché, les deepfakes n’existaient pas. L’IA générative relevait de la science-fiction. Et pourtant, le mal était déjà fait. Aujourd’hui, avec des outils capables de produire des images hyperréalistes en quelques clics, on mesure l’ampleur du danger qui pèse sur la prochaine génération.

Mara Wilson a mis 25 ans à en parler publiquement. Combien d’enfants, aujourd’hui, découvrent en silence des images d’eux qu’ils n’ont jamais prises ?

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