2 juin : le jour où un roi de 10 ans a été sacré… et où le Marquis de Sade a été enfermé pour 13 ans
Couronnement d’un enfant de dix ans, emprisonnement d’un des hommes les plus sulfureux de la littérature française, naissance d’une République italienne sur les ruines d’une monarchie, première élection où les femmes néo-zélandaises ont voté… Le 2 juin est une date qui concentre des événements dont les conséquences résonnent encore aujourd’hui. Installe-toi, on remonte le fil.
Un enfant de 10 ans couronné roi d’Angleterre en 1953 — enfin presque
Le 2 juin 1953, c’est en réalité une femme de 27 ans qui est couronnée, et pas n’importe laquelle : Elizabeth II. Mais ce qui rend cette cérémonie historique, c’est qu’elle fut la première à être diffusée en direct à la télévision. Plus de 20 millions de Britanniques ont regardé le sacre depuis leur salon — un record absolu pour l’époque, dans un pays qui ne comptait que 2,7 millions de postes de télévision.

Winston Churchill, alors Premier ministre, s’était fermement opposé à la retransmission. Il trouvait l’idée vulgaire et craignait qu’un incident en direct ne ridiculise la monarchie. Elizabeth a insisté personnellement. L’archevêque de Canterbury a posé une condition : les caméras ne filmeraient pas le moment de l’onction sacrée, jugé trop intime entre la reine et Dieu.
Le pari a payé au-delà de toute attente. Des millions de familles ont acheté leur premier téléviseur spécialement pour l’occasion, et la BBC a estimé que 277 millions de personnes dans le monde ont suivi la cérémonie, radio comprise. Ce jour-là, la reine qui allait régner 70 ans a compris avant tout le monde le pouvoir de l’image. Mais un autre événement du même jour, bien plus ancien, a changé la face d’un continent entier.
1793 : quand la Révolution française a dévoré ses propres enfants
Le 2 juin 1793, la Convention nationale vit l’un de ses épisodes les plus brutaux. Sous la pression de 80 000 sans-culottes armés qui encerclent les Tuileries, les députés votent l’arrestation de 29 Girondins et de 2 ministres. C’est un coup de force des Montagnards, emmenés par Robespierre et Marat.
Les Girondins n’étaient pourtant pas des royalistes. C’étaient des révolutionnaires convaincus, mais ils voulaient une République décentralisée et modérée. Leur tort ? Avoir tenté de faire juger Marat devant le Tribunal révolutionnaire — et avoir perdu. Quatre mois plus tard, 21 d’entre eux seront guillotinés en moins d’une demi-heure.
Ce 2 juin marque le début officiel de la Terreur. En un an, environ 17 000 personnes seront exécutées par décision de justice, et des dizaines de milliers d’autres mourront en prison ou sans procès. La Révolution, qui promettait la liberté, venait de basculer dans la machine à broyer. Et l’un des hommes les plus controversés de cette époque connaissait déjà très bien les murs d’une prison.
Le Marquis de Sade enfermé à Vincennes : 13 ans pour des « débauches »
Le 2 juin 1768, Donatien Alphonse François de Sade commet l’acte qui scellera sa réputation. Il enlève Rose Keller, une mendiante, l’enferme dans sa maison d’Arcueil et la soumet à des sévices. L’affaire, portée devant la justice, est étouffée par la famille de Sade moyennant une indemnité versée à la victime. Mais le scandale est lancé.
Ce n’est que le début d’une spirale. En 1772, une affaire de flagellation et d’empoisonnement présumé à Marseille lui vaut une condamnation à mort par contumace — il s’enfuit en Italie. Sa belle-mère, furieuse, obtient une lettre de cachet du roi. Arrêté en 1777, Sade passera 13 ans enfermé : d’abord au donjon de Vincennes, puis à la Bastille, où il écrira Les 120 Journées de Sodome sur un rouleau de papier de 12 mètres de long.
Le manuscrit, qu’il croyait perdu lors de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, a en réalité survécu. Il a été retrouvé dans sa cellule, caché dans une fente du mur, et a changé de mains pendant deux siècles avant d’être classé trésor national par la France en 2017. Un rouleau de papier estimé à 7 millions d’euros. Pendant ce temps, de l’autre côté du monde, une autre révolution — bien plus pacifique — s’apprêtait à transformer la démocratie.
1893 : les femmes néo-zélandaises écrivent l’histoire du vote
Le 2 juin 1893, une pétition géante arrive sur le bureau du Parlement de Nouvelle-Zélande. Elle mesure plus de 270 mètres de long et porte 25 520 signatures — soit près d’un quart de la population féminine adulte du pays. C’est la troisième pétition en trois ans, et cette fois, les parlementaires ne peuvent plus l’ignorer.
Trois mois plus tard, le 19 septembre 1893, la Nouvelle-Zélande devient le premier pays au monde à accorder le droit de vote aux femmes. L’artisane de cette victoire, Kate Sheppard, avait un argument imparable : elle rappelait que les femmes payaient des impôts, possédaient des propriétés et élevaient les futurs citoyens du pays, mais n’avaient aucune voix pour décider de leur avenir.
Détail peu connu : les femmes néo-zélandaises ont obtenu le droit de voter, mais pas celui de se présenter comme candidates. Il faudra attendre 1919 pour qu’Elizabeth McCombs devienne la première femme élue au Parlement. En France, les femmes attendront 1944 — soit 51 ans de plus. D’autres bouleversements politiques, eux, se sont joués en une seule journée.
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1946 : l’Italie enterre sa monarchie et devient une République
Le 2 juin 1946, les Italiens votent lors d’un référendum historique. La question est simple : monarchie ou République ? Le contexte est brutal. Le roi Umberto II n’est sur le trône que depuis un mois — son père Victor-Emmanuel III a abdiqué pour tenter de sauver la couronne, ternie par vingt ans de collaboration avec Mussolini.
Le résultat tombe : 54,3 % des Italiens choisissent la République. C’est aussi la première fois que les femmes italiennes votent lors d’un scrutin national. Umberto II quitte l’Italie le 13 juin sans même attendre la validation officielle des résultats. Il s’exile au Portugal, où il passera le reste de sa vie. La Constitution italienne interdira ensuite aux descendants mâles de la maison de Savoie de revenir sur le sol italien — une interdiction levée seulement en 2002.
Aujourd’hui encore, le 2 juin est la fête nationale italienne, la Festa della Repubblica. Chaque année, un défilé militaire se tient sur la Via dei Fori Imperiali à Rome, devant le Colisée. Mais cette date a aussi vu naître des personnalités qui, chacune à leur manière, ont marqué leur époque.
Nés un 2 juin : du Marquis aux superstars
Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones, est né le 2 juin 1941 à Londres. Contrairement à Mick Jagger et Keith Richards, Watts détestait le rock’n’roll à ses débuts — il ne jurait que par le jazz. Il a accepté de rejoindre le groupe en 1963 uniquement parce que le salaire lui permettrait de s’acheter plus de disques de jazz. Il restera 58 ans derrière sa batterie, sans jamais rater un concert, jusqu’à sa mort en 2021.
Autre naissance marquante : Sergio Mattarella, né le 2 juin 1941 à Palerme — le même jour que la future fête nationale de son pays. Devenu président de la République italienne en 2015, il a été réélu en 2022 alors qu’il avait clairement annoncé ne pas vouloir d’un second mandat. Les parlementaires n’ont tout simplement pas réussi à se mettre d’accord sur un autre nom.
Plus proche de nous, Zachary Quinto, l’acteur qui incarne Spock dans les nouveaux films Star Trek, est né un 2 juin (1977). Avant d’obtenir le rôle, il avait envoyé une lettre personnelle à Leonard Nimoy, le Spock original, pour lui demander sa bénédiction. Nimoy lui a répondu en deux mots : « Go for it. »
L’anecdote que personne ne connaît : la course la plus courte de l’histoire
Le 2 juin 1907, le Grand Prix de France automobile se tient sur un circuit de 77 kilomètres près de Dieppe, en Normandie. Parmi les 38 voitures au départ, une Darracq pilotée par un certain Victor Hémery prend la tête dès le premier tour. Mais ce qui rend cette course mémorable, c’est un incident survenu au départ.
Un des concurrents, au volant d’une Panhard-Levassor, cale son moteur au moment précis où le drapeau s’abaisse. Problème : le règlement de l’époque interdit à quiconque de toucher la voiture une fois la course lancée, y compris le mécanicien embarqué. Le pilote doit sortir de son véhicule, contourner le capot, tourner la manivelle lui-même, remonter et repartir. Temps perdu : 4 minutes et 12 secondes. Il terminera dernier.
Le vainqueur, Felice Nazzaro sur Fiat, boucle les 10 tours (770 kilomètres au total) en 6 heures et 46 minutes — une vitesse moyenne de 113 km/h sur des routes de campagne non goudronnées, sans ceinture de sécurité et avec des pneus qui éclataient en moyenne toutes les 40 minutes. Une époque où piloter relevait moins du sport que de la survie.
2 juin : une date qui ne laisse personne indifférent
Du couronnement télévisé d’Elizabeth II à la chute de la monarchie italienne, de l’enfermement du Marquis de Sade à la pétition géante des suffragettes néo-zélandaises, le 2 juin concentre des moments où le pouvoir a changé de mains — parfois par la force, parfois par un simple bulletin de vote.
Si tu veux découvrir ce qui s’est passé la veille, retrouve l’éphéméride du 1er juin, avec la naissance de CNN et celle de Marilyn Monroe — sous un nom que tu ne connais probablement pas.