25 octobre : le jour où Azincourt a brisé la chevalerie française, et où Picasso est né
Il pleut depuis des jours sur un champ boueux du nord de la France. Face à face, une armée française immense et une troupe anglaise épuisée, affamée, malade. Sur le papier, le combat est plié d’avance. Ce 25 octobre aurait pourtant dû rester une simple journée de plus dans le calendrier.
Au lieu de ça, c’est l’une des dates les plus étonnantes de l’histoire de France. Et elle ne se résume pas à une bataille : elle a vu naître un génie de la peinture, un compositeur de légende et une star du sport, tout en cachant quelques surprises plus insolites.
Voici ce que le 25 octobre a vraiment à raconter.
1415 : la boue qui a terrassé la fine fleur de la chevalerie
Le 25 octobre 1415, à Azincourt, dans le Pas-de-Calais, l’armée du roi d’Angleterre Henri V affronte les forces françaises. Les Anglais sont nettement moins nombreux : les historiens évoquent environ 6 000 à 9 000 hommes contre une armée française souvent estimée à 12 000 à 20 000 combattants, selon les sources.
Le champ de bataille est étroit, bordé de bois, et détrempé par les pluies. Les chevaliers français, lourdement équipés de leurs armures de plaques, s’élancent dans une terre molle où ils s’enfoncent jusqu’aux chevilles. Chaque pas coûte une énergie folle.
En face, les archers gallois et anglais attendent derrière des pieux plantés en terre. Leur arme : le grand arc, capable de tirer plusieurs flèches par minute. Le détail le plus cruel, c’est que ces flèches, tirées par milliers, transforment la charge française en cohue.
Mais comment une armée aussi supérieure en nombre a-t-elle pu s’effondrer en quelques heures ? La réponse tient en partie à un choix que personne n’a vraiment anticipé.
Ce détail du terrain que les Français avaient sous-estimé
Les chroniqueurs de l’époque insistent sur un point : l’étroitesse du terrain. Entre deux lisières de forêt, les Français n’ont pas la place de déployer leur supériorité numérique. Les premiers rangs ralentis par la boue sont bousculés par ceux qui arrivent derrière.
Les chevaliers tombés au sol, écrasés sous le poids de leur propre armure, ne parviennent plus à se relever. Les archers anglais, plus légers, lâchent alors leurs arcs et achèvent le travail à la hache et au maillet.
Le bilan est lourd pour la noblesse française : plusieurs milliers de morts, dont une grande partie de l’aristocratie, et de nombreux prisonniers de haut rang. Parmi eux, le poète Charles d’Orléans, capturé et retenu en Angleterre pendant 25 ans, où il écrira certains de ses plus beaux vers.
Et pourtant, la bataille a failli finir par un épisode bien plus sombre, dont les historiens débattent encore.

L’ordre controversé que Henri V a donné en pleine bataille
En plein combat, les Anglais craignent une contre-attaque française et s’inquiètent du nombre de prisonniers qu’ils surveillent. Selon plusieurs chroniques, Henri V aurait alors ordonné d’exécuter une partie de ces captifs, un geste jugé contraire aux usages de la chevalerie.
Les historiens restent partagés : certains y voient une décision de survie face à un danger réel, d’autres un massacre évitable. Ce qui est sûr, c’est que l’épisode a marqué les mémoires et nourri la légende noire de la bataille.
Shakespeare s’en emparera deux siècles plus tard dans sa pièce Henri V, avec le célèbre discours de la Saint-Crépin, qui a fait d’Azincourt un mythe littéraire mondial. Une bataille de quelques heures devenue éternelle grâce à un dramaturge.
Mais le 25 octobre ne se limite pas aux champs de bataille : il a aussi vu naître, à des siècles d’écart, des esprits qui ont transformé l’art.
Le bébé qui a failli ne jamais respirer : la naissance de Picasso
Le 25 octobre 1881, à Malaga, en Espagne, naît Pablo Ruiz Picasso. Selon la légende familiale, l’enfant est considéré comme mort-né à l’accouchement. C’est son oncle, le médecin Salvador, qui lui aurait soufflé la fumée de son cigare au visage pour le ranimer, provoquant un cri salvateur.
Fils d’un professeur de dessin, Picasso montre des dons précoces : on raconte qu’il savait dessiner avant de savoir bien parler. Son père, impressionné par un tableau d’enfant, aurait même renoncé à peindre pour lui laisser la place.
Devenu le peintre le plus célèbre du XXe siècle, cofondateur du cubisme, il laisse derrière lui une œuvre colossale : on estime à près de 50 000 le nombre de ses créations, entre peintures, dessins, sculptures et céramiques.
Et il n’est pas le seul génie à être né un 25 octobre.
Ces célébrités qui partagent sa date d’anniversaire
Le 25 octobre 1838 naît à Paris Georges Bizet, futur compositeur de Carmen. Il meurt à seulement 36 ans, persuadé que son opéra a été un échec : il ne saura jamais que l’œuvre deviendra l’une des plus jouées de l’histoire.
Côté sport, le 25 octobre 1984 voit naître Katy Perry, chanteuse américaine aux dizaines de millions de ventes, tandis que le tennisman espagnol Feliciano López est né en 1981 à Tolède. Dans un autre registre, l’acteur américain Matthew Morrison, révélé par la série Glee, est né un 25 octobre 1978.
Trois univers très différents, un même jour de naissance. De quoi nourrir la rubrique des coïncidences, mais l’histoire a gardé en réserve quelques faits bien plus étranges.
1760 : l’étonnant règne qui commence ce jour-là
Le 25 octobre 1760, George II, roi de Grande-Bretagne, meurt brutalement dans les toilettes de son palais de Kensington, victime d’une rupture de l’aorte. Son petit-fils monte sur le trône sous le nom de George III.
Ce nouveau souverain régnera pendant près de 60 ans, l’un des plus longs règnes de l’histoire britannique. Il restera le roi des Treize Colonies lors de leur révolte, celui à qui l’Amérique déclarera son indépendance en 1776.
Un décès discret un matin d’octobre, et c’est tout le destin de l’Empire britannique et de l’Amérique du Nord qui bascule. Mais certaines histoires de cette date se jouent sans aucune couronne.
1854 : la charge qui a inspiré un poème et une légende
Le 25 octobre 1854, pendant la guerre de Crimée, la cavalerie légère britannique reçoit un ordre mal compris et charge droit vers une batterie russe lourdement défendue. Environ 670 cavaliers s’élancent sur près de 2 kilomètres dans une vallée où l’artillerie les attend de trois côtés à la fois.
En une vingtaine de minutes, des centaines d’hommes et de chevaux sont tués ou blessés. L’erreur vient d’un ordre ambigu transmis par un officier, qui désignait des canons différents de ceux que visait le commandant en chef.
Le poète Alfred Tennyson en tirera La Charge de la brigade légère, devenue l’un des poèmes les plus célèbres de la langue anglaise. Une erreur de communication transformée en monument littéraire.
Les histoires insolites du 25 octobre que personne ne vous a racontées
Le 25 octobre 1971, l’Assemblée générale des Nations unies vote la résolution 2758 qui reconnaît la République populaire de Chine comme seul représentant légitime du pays à l’ONU. Taïwan perd alors son siège, un basculement diplomatique qui pèse encore sur la géopolitique actuelle.
Autre curiosité : le 25 octobre 1760, jour de la mort de George II, la légende veut qu’on l’ait retrouvé étendu sur le sol, après avoir entendu un grand bruit depuis ses appartements. Les médecins ont ensuite conclu à une rupture cardiaque, un détail rarement évoqué dans les manuels.
Enfin, le 25 octobre est aussi la Saint-Crépin, patron des cordonniers. C’est précisément le jour choisi par Shakespeare pour faire prononcer à son Henri V son discours devenu mythique, en référence à Azincourt.
Une même date qui relie bataille, théâtre et artisans : l’histoire adore les clins d’œil.
Pour prolonger le voyage dans le calendrier, vous pouvez remonter d’un jour avec l’éphéméride du 24 octobre, où l’ONU voit le jour et où naît Kevin Kline. Et si vous aimez les dates qui basculent, le krach du 19 octobre raconte comment Wall Street a perdu 22 % en une seule séance.