19 octobre : le jour où Wall Street a perdu 22 % en une séance, et où Peter Tosh est mort
Un lundi noir qui n’a duré qu’une journée mais a effacé des centaines de milliards de dollars. Une capitulation qui a signé la naissance d’une nation. Un général qui a payé de sa vie sa victoire navale. Le 19 octobre a vu défiler bien des tournants, et certains ont encore des échos aujourd’hui.
Voici ce qui s’est passé un 19 octobre à travers les siècles, des champs de bataille aux salles de marché. Et à la fin, un détail inattendu sur une star qui partage cette date avec Jean-Claude Van Damme.
Le lundi où Wall Street s’est effondrée en quelques heures
Le 19 octobre 1987, les écrans des traders new-yorkais virent au rouge dès l’ouverture. L’indice Dow Jones s’est effondré de 22,6 % en une seule séance, soit la plus forte chute quotidienne de son histoire. Environ 500 milliards de dollars de valeur boursière se sont évaporés en quelques heures.
Personne n’avait vu venir ce « Lundi noir ». Il n’y avait pourtant aucune guerre ni aucune catastrophe majeure ce jour-là. Les analystes ont pointé du doigt plusieurs facteurs : des marchés déjà surévalués, des tensions sur les taux d’intérêt et surtout les programmes informatiques de vente automatique, alors tout nouveaux, qui ont amplifié la panique.

La contagion a été mondiale. Hong Kong, Londres, Sydney, Paris : toutes les places boursières ont plongé dans la foulée. Mais le plus étonnant reste la suite, que peu de gens connaissent.
Ce que le krach a laissé derrière lui
Contrairement à 1929, ce krach n’a pas déclenché de grande dépression. La Réserve fédérale américaine, alors dirigée par Alan Greenspan, a immédiatement promis de fournir toutes les liquidités nécessaires au système bancaire. Les marchés ont rebondi dès les semaines suivantes.
Cette journée a pourtant laissé des traces durables. Les bourses ont introduit les fameux « coupe-circuits », des mécanismes qui suspendent automatiquement les échanges quand les cours chutent trop vite. On les voit encore s’activer lors des grandes secousses financières.
Mais pour trouver un autre 19 octobre qui a changé le sort d’un continent entier, il faut remonter deux siècles plus tôt, sur une colline de Virginie.
Yorktown : la reddition qui a fait naître un pays
Le 19 octobre 1781, le général britannique Charles Cornwallis capitule devant les forces américaines et françaises à Yorktown. Près de 8 000 soldats britanniques déposent les armes. Selon la tradition, Cornwallis lui-même, prétextant une maladie, a refusé de remettre son épée en personne et a envoyé un subordonné à sa place.
La victoire doit beaucoup à la France. Les troupes de Rochambeau et la flotte de l’amiral de Grasse ont verrouillé la baie de Chesapeake, empêchant tout secours britannique. Sans cette marine française, la bataille aurait probablement tourné autrement.

Yorktown n’a pas mis fin à la guerre d’un seul coup, mais elle a brisé la volonté de Londres de la poursuivre. Le traité de Paris, deux ans plus tard, reconnaîtra l’indépendance des États-Unis. Et il existe une anecdote musicale liée à cette reddition qui vaut le détour.
Le monde à l’envers sur une colline de Virginie
Une légende persistante raconte que, pendant la reddition, la fanfare britannique aurait joué une chanson intitulée « The World Turned Upside Down », littéralement « Le monde à l’envers ». Les historiens débattent encore de la véracité du récit, car aucune source contemporaine fiable ne le confirme.
Vraie ou non, l’histoire en dit long sur la façon dont les Américains ont voulu raconter leur victoire : celle d’une armée de colons improvisée qui renverse la plus grande puissance du monde.
Quelques années plus tard, c’est justement en mer que se jouait un autre duel mémorable, dont l’issue a coûté la vie à son héros.
Trafalgar : une victoire qui a coûté son héros à l’Angleterre
Le 21 octobre 1805, l’amiral Nelson remporte Trafalgar. Mais l’histoire commence deux jours plus tôt : le 19 octobre, la flotte franco-espagnole de l’amiral Villeneuve quitte le port de Cadix, poussée par les ordres de Napoléon. Elle croise bientôt la flotte britannique qui l’attendait au large.
Cette sortie du 19 octobre scelle le sort de la bataille. Villeneuve savait pourtant que ses équipages manquaient d’entraînement et que sa flotte était en infériorité tactique. Il a appareillé quand même, de peur d’être remplacé par un amiral rival.
Le résultat est connu : la marine britannique écrase ses adversaires et garde la maîtrise des mers pour plus d’un siècle. Napoléon renonce à débarquer en Angleterre. Nelson, lui, meurt d’une balle de mousquet tirée depuis la hune d’un navire français.
Un mot pour tous les camps
Les dernières paroles prêtées à Nelson sont devenues célèbres : « Merci à Dieu, j’ai fait mon devoir. » Le détail le plus étrange vient ensuite : son corps a été ramené en Angleterre conservé dans un tonneau de brandy, selon la légende. La vérité est plus sobre : il s’agissait d’alcool de vin, mélangé à un peu de camphre et de myrrhe.
Une autre histoire de pouvoir et d’effondrement s’est jouée un 19 octobre plus récent, cette fois dans un grand empire qui n’avait encore pas fini de trembler.
1812 : Napoléon quitte Moscou, le début de la fin
Le 19 octobre 1812, Napoléon ordonne l’évacuation de Moscou. La Grande Armée, qui comptait plus de 600 000 hommes à l’entrée en Russie, n’en a plus que 100 000 environ en état de marcher. Moscou a brûlé, le tsar refuse de négocier et l’hiver approche.
Le retour sera un cauchemar. Le froid, la faim, les attaques des cosaques et les maladies décimeront ce qui reste de l’armée. Un à un, les soldats tomberont le long de la route, abandonnant armes, bagages et camarades.
Ce 19 octobre marque le moment où l’invincible empereur reconnaît, sans le dire, qu’il a perdu sa plus grande campagne. Mais certains grands noms associés à cette date ont d’abord eu une enfance bien loin des champs de bataille.
Ils sont nés un 19 octobre
Le 19 octobre 1960, à Bruxelles, naît Jean-Claude Van Damme, de son vrai nom Jean-Claude Van Varenberg. Gamin timide et chétif, il commence le karaté à 10 ans pour se défendre. Quelques années plus tard, il deviendra champion d’Europe avant de partir tenter sa chance à Hollywood, avec très peu d’argent et un anglais approximatif.
Le même jour, mais en 1946, naît à Norwich l’écrivain britannique Philip Pullman, auteur de la trilogie « À la croisée des mondes ». Il y a imaginé un univers parallèle où chaque humain possède un animal-daemon qui incarne son âme. Les livres se sont vendus à des dizaines de millions d’exemplaires et ont été adaptés en série par la BBC et HBO.
On compte aussi parmi les grands noms nés un 19 octobre le frère Auguste Lumière, né en 1862 à Besançon. Avec son frère Louis, il a inventé le cinématographe, ce qui nous ramène à une question que peu de gens se posent : qu’est-ce que ce 19 octobre a de si particulier pour la musique ?
Le jour où le reggae a perdu l’une de ses voix
Le 19 octobre 1987, le jour même du krach boursier, une tragédie moins médiatisée a lieu en Jamaïque. Peter Tosh, ancien membre des Wailers aux côtés de Bob Marley, est assassiné à son domicile de Kingston lors d’un cambriolage. Il avait 42 ans.
Tosh était connu pour ses prises de position radicales contre l’injustice sociale et pour son plaidoyer en faveur de la légalisation du cannabis. Son album « Legalize It », sorti en 1976, est resté l’un des plus emblématiques du reggae. Il est mort le jour où le monde entier regardait ailleurs.
Le détail insolite que personne ne retient
Le 19 octobre 1216, le roi Jean d’Angleterre meurt de dysenterie, après avoir perdu une partie de ses bijoux dans une baie marécageuse du Wash, à marée montante. Le trésor royal, bagages et couronne compris, aurait été emporté par la mer.
Plus de huit siècles plus tard, personne n’a jamais retrouvé ce trésor. Les chasseurs d’épaves et les historiens continuent de s’y intéresser, sans résultat. Il dort peut-être encore sous la vase, quelque part dans le Lincolnshire.
Si vous aimez ces dates qui cachent plus de choses qu’elles n’en montrent, la veille nous a réservé une autre surprise : le 18 octobre, Edison éteignait ses lampes. Et deux jours plus tôt, un séisme rasait San Francisco.
Quant au 13 octobre, il garde l’histoire des Templiers arrêtés en une nuit, tandis que le 12 octobre, Colomb touchait terre avec un détail troublant dans son journal. Et si les grandes figures politiques vous attirent, ne manquez pas l’assassinat en pleine parade d’un président égyptien.