6 octobre : le jour où un président égyptien a été assassiné en pleine parade militaire
Le 6 octobre 1981, au Caire, des milliers de spectateurs regardent défiler chars et avions pour célébrer une victoire militaire. Au milieu de la tribune, un homme en uniforme salue la foule, persuadé que la journée sera belle. Quelques minutes plus tard, il ne sera plus qu’un corps sur le sol. Mais ce n’est pas le seul événement marquant d’un 6 octobre.
Cette date a vu naître une guerre surprise, une mort de légende, des rois éphémères et des stars du XXe siècle. Voici ce qu’elle cache, du plus tragique au plus insolite.
Le Caire, 1981 : trois minutes qui ont changé le Moyen-Orient
Ce jour-là, l’Égypte commémore le huitième anniversaire de la guerre d’octobre 1973. Le président Anouar el-Sadate, 62 ans, assiste à la parade depuis la tribune officielle, entouré de dignitaires et de diplomates étrangers. Il porte un uniforme de parade, mais pas de gilet pare-balles, qu’il avait pourtant l’habitude de mettre.
Vers midi, un camion militaire s’arrête devant la tribune. Des soldats en sautent, lancent des grenades et ouvrent le feu à l’arme automatique. Sadate se lève, croyant à une manœuvre de salut. Il est touché de plusieurs balles et meurt peu après à l’hôpital.

Le commando appartenait au Jihad islamique égyptien. Les assassins reprochaient au président d’avoir signé la paix avec Israël deux ans plus tôt, à Camp David. Le chef du groupe, le lieutenant Khaled al-Islambouli, a été jugé puis exécuté en 1982.
Le plus troublant ? Sadate avait été désigné « homme de l’année » par le magazine Time en 1977, puis prix Nobel de la paix en 1978. Il est devenu le premier dirigeant arabe à reconnaître Israël, et il l’a payé de sa vie. Mais pourquoi cette parade précise ? La réponse remonte à huit ans plus tôt.
1973 : l’attaque lancée le jour le plus sacré du calendrier juif
Le 6 octobre 1973, c’est Yom Kippour, jour de jeûne et de recueillement en Israël. Les routes sont vides, les radios silencieuses, une grande partie de l’armée est en permission. À 14 heures, l’Égypte et la Syrie lancent simultanément une offensive surprise.
Côté égyptien, plus de 80 000 soldats franchissent le canal de Suez. L’armée a utilisé des canons à eau pour percer les remblais de sable érigés par Israël, une trouvaille d’ingénieurs qui a pris les stratèges de court. La fameuse ligne Bar-Lev, jugée imprenable, est franchie en quelques heures.

Le choc est immense à Tel-Aviv. Golda Meir, alors Première ministre, aurait envisagé des mesures extrêmes avant que la situation ne se stabilise. La contre-offensive israélienne finit par repousser les armées, mais la guerre a brisé le mythe de l’invincibilité d’Israël.
Politiquement, Sadate a gagné son pari : il a retrouvé une légitimité qui lui permettra de négocier. C’est ce qui a mené aux accords de Camp David en 1978. Et ce n’est pas la première fois qu’un 6 octobre joue avec les nerfs des puissants.
1927 : le jour où le cinéma a ouvert la bouche
Le 6 octobre 1927, un film sort à New York et provoque un séisme dans l’industrie hollywoodienne. « Le Chanteur de jazz » n’est pas le premier film sonore, mais c’est le premier long métrage à intégrer des dialogues parlés et des chansons synchronisées. Al Jolson y lance, face caméra, une phrase devenue culte : « Attendez, vous n’avez encore rien entendu ! »
La salle est en transe. Le spectateur découvre que les acteurs peuvent parler, chanter, respirer à l’écran. Le cinéma muet, qui régnait depuis trente ans, vient de recevoir son arrêt de mort.
Le détail amer : Sam Warner, l’un des quatre frères fondateurs de la Warner Bros. et principal promoteur du film sonore, est mort la veille de la première, d’une pneumonie. Il n’a jamais vu le triomphe de son idée. Et certains acteurs du muet n’ont pas survécu à la transition : leur voix, jugée trop aiguë ou trop accentuée, a mis fin à leur carrière.
1889 : Paris vit une soirée qui a lancé le Moulin Rouge
Le 6 octobre 1889, en plein Exposition universelle, Paris ouvre un cabaret qui va devenir mythique. Le Moulin Rouge, avec son moulin rouge sur le toit, s’installe au pied de la butte Montmartre. Ses fondateurs, Joseph Oller et Charles Zidler, ont une idée simple : mélanger les classes sociales dans un même lieu festif.
Bourgeois et ouvriers s’y croisent pour danser, boire et applaudir. Très vite, une danse sulfureuse s’impose : le cancan, jugé scandaleux, qui fait lever les jambes et voler les jupons. Toulouse-Lautrec, habitué des lieux, immortalisera les danseuses sur ses affiches.
Le cabaret a failli disparaître plusieurs fois, notamment après un incendie en 1915. Reconstruit, il est devenu l’une des attractions les plus visitées de France. Mais cette date a aussi vu naître des visages qui ont fait beaucoup parler d’eux.
Ces célébrités nées un 6 octobre
Le Corbusier voit le jour le 6 octobre 1887, à La Chaux-de-Fonds, en Suisse. Architecte et urbaniste, de son vrai nom Charles-Édouard Jeanneret, il a révolutionné la façon de penser l’habitat avec la fameuse « machine à habiter ». Ses immeubles, comme la Cité radieuse de Marseille, divisent encore : certains les adorent, d’autres les trouvent froids.
Carole Lombard naît le 6 octobre 1908, à Fort Wayne, dans l’Indiana. Reine de la comédie américaine des années 1930, elle était l’une des actrices les mieux payées d’Hollywood. Elle est morte à 33 ans dans un accident d’avion, alors qu’elle rentrait d’une tournée de vente de bons de guerre. Son mari, Clark Gable, ne s’en est jamais vraiment remis.
Plus près de nous, la chanteuse suédoise Jenny Lind, surnommée « le rossignol suédois », est née un 6 octobre en 1820. Elle a rempli des salles entières en Amérique dans les années 1850, avec des tournées organisées par le célèbre P.T. Barnum. Ses concerts ont coûté des fortunes aux spectateurs, preuve que le star-system existait déjà.
Et pour finir sur une note plus pop, l’actrice britannique Elisabeth Shue, révélée dans « Karaté Kid » puis « Leaving Las Vegas » (pour lequel elle a été nommée aux Oscars), est née le 6 octobre 1963 à Wilmington, dans le Delaware. Mais ce jour garde aussi quelques anecdotes bien plus étranges.
L’anecdote : le jour où une ville a changé de nom pour une question de prestige
Le 6 octobre 1927 a aussi vu naître un autre record : celui du plus long générique de film parlé de l’époque, qui dure plusieurs minutes pour introduire le premier dialogue synchronisé. À l’époque, la Warner faisait un pari financier colossal. Elle avait investi des centaines de milliers de dollars dans une technologie que beaucoup jugeaient gadget.
Autre curiosité de la date : le 6 octobre 1995 marque la découverte de la première exoplanète autour d’une étoile semblable au Soleil. Les astronomes suisses Michel Mayor et Didier Queloz annoncent à Florence l’existence de 51 Pegasi b. Cette découverte leur vaudra le prix Nobel de physique en 2019 et a ouvert la voie à plus de 5 000 mondes recensés depuis.
De quoi relativiser nos petits soucis terrestres. Car l’histoire ne s’arrête jamais, et chaque jour du calendrier cache ses secrets. Pour continuer ce voyage dans le temps, découvrez la veille de ce 6 octobre, quand une foule affamée a décidé du sort d’un roi.
Et si vous voulez comprendre comment une seule nuit peut tout faire basculer, revivez la réunification allemande en quelques heures, après 45 ans de division. Un autre type de basculement, pacifique cette fois.