« On l’a retrouvé, il est vivant » : à 15 ans, il survit 3 jours seul sur un bateau retourné, son frère et son cousin noyés

Un vendredi soir, trois membres d’une même famille partent pêcher le flétan au large de l’Alaska. Ils ne rentreront jamais tous les trois. Leur embarcation se retourne en pleine nuit, dans une mer glacée à 10°C, loin de tout secours immédiat. Ce que les sauveteurs vont découvrir trois jours plus tard va bouleverser tout un village.
Une expédition de pêche qui vire au cauchemar
Tout commence à Savoonga, un village d’environ 800 habitants sur l’île Saint-Laurent, en Alaska. Vendredi soir, Derek Parker Aghnaanga, 15 ans, embarque avec son frère de 35 ans, Sidney Kulowiyi, et leur cousin Barton Rookok, 34 ans, pour une sortie de pêche au flétan.
Ils devaient rentrer vers 3 heures du matin le dimanche. Personne ne les voit revenir. Dans cette région où la mer peut se transformer en piège en quelques minutes, un peu comme ces zones côtières menacées par la montée des eaux à l’île de Ré, l’inquiétude grandit vite.
Dimanche soir, les Alaska State Troopers alertent les gardes-côtes américains. Une opération de recherche massive se met en place, avec avions et hélicoptères ratissant une eau aussi froide que celle décrite lors de certaines vagues de froid extrêmes ayant marqué la France. Le bateau des trois hommes, lui, a chaviré en pleine nuit, loin de toute côte.
Trois jours accroché à la coque, seul avec la mort
Lundi matin, vers 10h30, un équipage des gardes-côtes repère enfin un objet étrange à l’horizon. Ce n’est pas un débris : c’est Derek, toujours vivant, agenouillé sur la coque retournée de leur skiff, vêtu d’une veste jaune vif qui va lui sauver la vie en le rendant visible.
Le bateau de pêche Northwest Explorer, qui transportait treize membres d’équipage et des scientifiques de la NOAA, est dérouté vers lui. Le capitaine Adam White raconte avoir aperçu « un objet inhabituel » avant de faire retentir la corne du navire à plusieurs reprises pour attirer l’attention du garçon.
Ce que Derek va révéler une fois hissé à bord, transi de froid, va glacer tout le monde : son frère Sidney était resté coincé sous la coque dès le naufrage.
Son cousin Barton, lui, avait survécu à ses côtés pendant environ une journée entière avant de finir par lâcher prise et disparaître dans les flots, un peu comme cette histoire familiale évoquée par Raphaël Glucksmann à propos de son grand-père disparu en mer.
Derek s’est ainsi retrouvé totalement seul, sans nourriture ni eau, dérivant vers la frontière russe.
Cette disparition en mer, restée mystérieuse pendant de longues heures pour la famille, rappelle d’autres affaires où l’attente d’une réponse tourne à l’obsession, comme dans certaines enquêtes qui traînent des années. Ici, la réponse est arrivée en trois jours, mais elle a coûté deux vies.

Le cri de joie qui a viré au silence
Restée à l’écoute des transmissions radio, la famille de Derek entend soudain le capitaine annoncer : « On a retrouvé un enfant, il est vivant, il est vivant ! » Sa tante, Collen Walker, raconte que tout le monde a pleuré et sauté de joie autour du haut-parleur.
Mais la joie se fige presque aussitôt. « On a demandé : où sont les autres ? », confie-t-elle, selon des propos rapportés par Alaska’s News Source. Le capitaine White décrit lui-même avoir dû « se cacher dans sa cabine un instant » tant l’émotion était forte en regardant la famille, entre gratitude et chagrin.
Sidney Kulowiyi était le capitaine du bateau, décrit par sa famille comme un pourvoyeur humble et aimant pour tout le village.
Dans cette communauté où la pêche reste, comme le rappelle sa tante, une manière de « prendre soin les uns des autres », une cagnotte a été lancée sur GoFundMe pour aider la famille à financer les obsèques, un geste de solidarité qui n’est pas sans rappeler d’autres histoires où l’argent devient un soutien discret face au drame.
Les corps de Sidney et Barton ont depuis été retrouvés et formellement identifiés.
Derek, lui, s’en sort avec des symptômes d’hypothermie, enveloppé de couvertures par l’équipage qui l’a maintenu éveillé jusqu’à Nome. Un adolescent a survécu à l’impensable, mais il rentre chez lui avec le poids de deux absences qu’aucune couverture chauffante ne pourra effacer. Que reste-t-il d’une communauté après une telle épreuve, sinon la force de continuer, ensemble, à prendre la mer ?