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40 cm de neige à Nice, jusqu’à -48 degrés en France

Publié par Killian Ravon le 08 Jan 2026 à 13:46

Après plusieurs hivers étonnamment doux, la France bascule soudain dans un épisode hivernal d’une intensité rare, début janvier 1985.

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Boulevard Saint-Germain à Paris sous une forte neige, voitures immobilisées et passants emmitouflés, 1985.
Paris figé par la vague de froid, quand Boulevard Saint-Germain se transforme en paysage polaire.

Jour après jour, le froid s’installe, la neige s’invite là où on ne l’attend pas, et le pays ralentit. Mais un détail, souvent oublié, résume à lui seul la violence de ces quinze jours.

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Place Wilson à Toulouse sous une forte neige, 7 janvier 1985, statue recouverte et rues blanchies.
Toulouse bascule dans le blanc, au tout début de l’épisode. Crédit : Archives municipales de Toulouse / André Cros (CC BY-SA 4.0).
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Deux hivers doux… puis la France bascule

Au début de l’année 1985, beaucoup ont l’impression que les « vrais hivers » appartiennent au passé. Les saisons précédentes ont été particulièrement clémentes, au point de rendre l’idée même d’un froid durable presque abstraite. Dans les conversations, on évoque déjà le fameux « c’était plus rude avant », comme un refrain lointain.

Et puis, entre le 3 et le 18 janvier 1985, une vague de froid s’installe sur la France et change brutalement l’échelle des souvenirs. L’épisode frappe par sa durée, mais surtout par sa montée en puissance. Ce n’est pas un simple coup de gel sur deux nuits, c’est un froid qui s’infiltre dans le quotidien, jusque dans les gestes les plus banals.

Le pays découvre, ou redécouvre, que l’hiver peut encore désorganiser les transports, fragiliser les infrastructures et peser sur l’économie. À quinze ans de l’an 2000, l’idée d’une France « moderne » se heurte à un constat simple : face à un froid persistant, tout peut ralentir, voire s’arrêter.

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Kiosque du jardin du Grand-Rond à Toulouse sous la neige, 7 janvier 1985, bancs et allées figés.
Un calme d’hiver rare, quand la ville retient son souffle. Crédit : Archives municipales de Toulouse / André Cros (CC BY-SA 4.0).

Le 4 janvier, le décor change en quelques heures

Le vendredi 4 janvier 1985 marque le vrai basculement. Un épisode de neige recouvre le Nord et le Centre du pays, comme un avertissement. Sur le moment, beaucoup y voient un épisode hivernal de plus. Sauf que, derrière ce blanchiment soudain, l’air glacial est déjà en train de verrouiller la situation.

Le lendemain matin, les chiffres donnent le ton : -24 °C sont relevés à Luxeuil-les-Bains, tandis que Reims descend à -20 °C. Et le plus déroutant, c’est la journée elle-même : l’après-midi du 5 janvier, les températures ne dépassent pas -10 °C sur tout le quart Nord-Est. Même en plein jour, le froid ne lâche rien.

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Ce détail que peu de gens connaissent, c’est à quel point la perception bascule vite. Quand le gel s’installe sur les trottoirs, que le souffle pique les poumons et que le moindre courant d’air devient un adversaire, l’hiver n’est plus un décor. Il devient une contrainte permanente, un rythme imposé.

Dans la nuit du 6 au 7 janvier, une tempête de neige aggrave tout. Une grande partie de la moitié Nord est paralysée, et l’épisode concerne aussi le littoral basque ainsi que la Corse. La couche blanche n’est plus seulement spectaculaire : elle isole, elle bloque, et surtout, elle aide le froid à s’installer durablement.

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Garonne partiellement gelée à Toulouse, 15 janvier 1985, oiseaux posés sur la glace et courant sombre au bord.
La frontière nette entre l’eau vive et la glace, au pic du froid. Crédit : Archives municipales de Toulouse / André Cros (CC BY-SA 4.0).
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Neige partout, même là où on ne l’attend pas

Quand on pense aux hivers rigoureux, on imagine spontanément les plateaux de l’Est, les vallées encaissées et les campagnes déjà habituées aux gels intenses. Mais janvier 1985 surprend précisément parce qu’il déborde de ces repères. Le froid descend, s’étale, et finit par toucher des zones qui vivent d’ordinaire dans un tout autre imaginaire climatique.

La scène la plus marquante se joue sur la Côte d’Azur, entre le 8 et le 9 janvier. À Nice, 35 à 50 cm de neige tombent en peu de temps, avec une température qui descend jusqu’à -7 °C. Dans les rues, des automobilistes abandonnent leur voiture et rentrent à pied, parfois avec des skis comme moyen de locomotion improvisé.

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L’aéroport ferme, la région se retrouve isolée du reste du pays et l’ampleur de l’événement dépasse les capacités habituelles des services techniques. Paradoxalement, certaines stations de l’arrière-pays ne sont pas autant concernées, et ce sont des engins de déblaiement venus des centres de sports d’hiver qui viennent prêter main-forte aux villes débordées.

Mais saviez-vous que ces épisodes-là marquent autant par l’incongruité que par l’intensité ? Voir une ville méditerranéenne basculer dans un décor de pays nordique, c’est un choc visuel. Et ce choc, en 1985, s’imprime durablement dans les mémoires.

Canal du Midi gelé près de Toulouse, 11 janvier 1985, péniches immobilisées et berges enneigées au matin.
Quand l’eau se fige, le froid devient une réalité concrète. Crédit : Archives municipales de Toulouse / André Cros (CC BY-SA 4.0).
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Quand le froid « verrouille » le pays

Le cœur de l’épisode se situe du 14 au 17 janvier. Là, on entre dans une autre dimension. Sur les hauts plateaux du Doubs, les températures descendent en dessous de -40 °C, notamment vers Mouthe. Un particulier relève même -48,5 °C à La Combe Noire, dans le Jura, dans un de ces « trous à froid » où les conditions locales peuvent faire plonger le thermomètre bien plus bas que dans les stations habituelles.

Ailleurs, les relevés sont tout aussi parlants : -25 °C à Louviers, -23 °C à Troyes, Nevers et Clermont-Ferrand, -22 °C à Reims, -18 °C à Paris, -12 °C à Biarritz. Ce n’est plus seulement un froid « remarquable », c’est un froid qui devient un facteur de risque.

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Les conséquences se multiplient. Le gazole gèle dans les réservoirs, la logistique se complique, et même la distribution de produits du quotidien est perturbée. Les canalisations éclatent sous l’effet du gel, entraînant des fuites et des inondations dans des immeubles pourtant chauffés.

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La végétation souffre aussi. Sur la Côte d’Azur, des palmiers gèlent superficiellement. Dans les campagnes, la terre durcit sur plusieurs dizaines de centimètres, rendant certaines récoltes presque impossibles sans outils lourds. Les prix des fruits et légumes flambent, et l’hiver s’invite jusque dans l’assiette.

Les cours d’eau gèlent, des banquises se forment sur le littoral de la mer du Nord et vers l’embouchure de la Loire. Le 16 janvier, le pont de Sully-sur-Loire s’effondre : les câbles cèdent sous l’effet du froid. Trois véhicules se trouvent dessus au moment de l’accident, mais, heureusement, il n’y a pas de victime.

L’énergie, le nerf de la guerre

Même l’énergie devient un sujet central. Les coupures d’électricité se multiplient, car la demande explose et le réseau peine à suivre. EDF se retrouve sous tension, et l’angoisse d’une grande panne, comme celle du 19 décembre 1978, revient dans les esprits. Dans certains quartiers, des dizaines de milliers de personnes restent privées de courant pendant plusieurs jours.

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Comme souvent, la chaîne des fragilités entraîne d’autres drames. Des chauffages d’appoint sursollicités provoquent des disjonctions, des courts-circuits, et des incendies. Dans le bâtiment, on ne peut plus travailler correctement : manipuler du béton, creuser le sol ou rester longtemps dehors devient trop risqué. Des milliers d’ouvriers basculent alors en chômage intempéries, l’hiver imposant un arrêt brutal.

La Garonne gelée au cœur de Toulouse, 15 janvier 1985, large plaque de glace et berges hivernales.
Une rivière en pause, image rare d’un hiver qui verrouille tout. Crédit : Archives municipales de Toulouse / André Cros (CC BY-SA 4.0).

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Ces images qui restent et ce bilan qu’on oublie

Pour beaucoup, janvier 1985 est aussi un souvenir étonnamment contrasté. Il y a la dureté, l’inquiétude, les routes impraticables et les pannes. Mais il y a aussi l’étrange beauté d’un pays transformé, les rues silencieuses, la lumière qui accroche la neige, et les enfants qui voient soudain leur quotidien devenir un terrain de jeu.

Certains gardent en tête la rapidité du basculement. En région parisienne, le froid s’installe d’abord sans excès, avec une neige fondante par moments. Et puis, le 4 janvier, tout change. Dans l’après-midi, une averse plus dense transforme le paysage en moins d’une heure. Les immeubles lointains disparaissent derrière le rideau blanc, le vent se lève, et les températures plongent sous les -5 °C.

La nuit suivante, le mercure descend vers -10 °C. Le week-end devient franchement polaire, et, le 6 janvier, une nouvelle offensive neigeuse frappe à nouveau. Dans certaines communes de la plaine de Versailles, le paroxysme arrive le 17 janvier, avec -18 °C relevés localement. Ce sont ces enchaînements-là qui fabriquent un souvenir « solide », presque tactile.

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On parle beaucoup des records, des photos insolites et des infrastructures fragilisées. On se souvient de la France arrêtée, des stations de métro ouvertes pour abriter les plus vulnérables, et de cette impression de vivre, soudain, dans un autre pays. Mais le détail qui résume le mieux l’intensité de ces quinze jours, c’est celui qu’on cite le moins : ce froid aurait provoqué une surmortalité estimée à 9 000 décès, soit environ +12 %, touchant en priorité les personnes âgées et les sans-abri.

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