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Affaire Lyhanna : le père d’Estelle Mouzin brise le silence sur sa plainte contre l’État — « Un résultat mitigé »

Publié par Cassandre le 11 Juin 2026 à 9:14

La mère de Rosa vient de déposer une plainte contre l’État pour « faute lourde » dans l’affaire Lyhanna. Un combat judiciaire que connaît bien Éric Mouzin, père d’Estelle, disparue en 2003. Après plus de six ans de procédure, il livre un constat amer qui en dit long sur les failles du système.

Affaire Lyhanna : une nouvelle plainte pour « faute lourde » contre l’État

Ce mardi 9 juin, la mère de Rosa, qui accuse Jérôme Barella de viols commis lorsqu’elle avait 10 ans, a annoncé avec son avocat le dépôt d’une plainte contre l’État. La procédure vise le tribunal judiciaire et cible une « faute lourde ». Concrètement, cette mesure juridique permet de dénoncer une décision ou une action étatique ayant porté préjudice à un individu.

Mais la famille ne s’arrête pas là. La mère de Rosa va également porter plainte contre les procureurs de Toulouse et d’Auch, ainsi que contre le ministre de la Justice Gérald Darmanin devant la Cour de Justice de la République. Les motifs invoqués sont lourds : « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ».

L’avocat Pierre Debuisson a pris la parole sur RTL pour donner le ton de cette offensive. « Derrière l’État, ce sont des hommes et des femmes qui ont failli dans le cadre de ce scandale », a-t-il martelé. Selon lui, il ne faut pas « passer à côté de l’occasion qui nous est offerte de renverser ce système qui ne fonctionne pas ».

L’affaire, marquée par des dysfonctionnements à chaque étape, soulève une question brûlante : combien de signalements ignorés ont précédé le drame ? Pierre Debuisson a d’ailleurs dénoncé « l’hypocrisie » du garde des Sceaux, qui « prétend découvrir aujourd’hui tous les dysfonctionnements ». Un reproche cinglant qui fait écho à un précédent judiciaire que tout le monde a en tête — celui du père d’une autre enfant disparue, dont les ramifications ne cessent de s’étendre.

Éric Mouzin témoigne : « Plus de six ans pour un résultat mitigé »

Invité de BFMTV ce mercredi 10 juin, Éric Mouzin a partagé son expérience avec une franchise désarmante. En septembre 2025, il était parvenu à faire condamner l’État pour « faute lourde » dans l’enquête sur la disparition de sa fille Estelle, victime de Michel Fourniret. Le tribunal judiciaire de Paris avait alors pointé un « manque de moyens humains » et des « dysfonctionnements » dans les investigations.

Une victoire ? Pas vraiment, selon le principal intéressé. « Engager une plainte contre l’État pour faute lourde, c’est un parcours très compliqué. Cela m’a pris plus de six ans pour arriver à un résultat assez mitigé », a-t-il confié. L’indemnisation obtenue — 50 000 euros au titre du préjudice moral — reste selon lui « pas à la hauteur » de ce qu’il avait espéré.

Le fond du problème, Éric Mouzin le résume en une phrase : les conséquences des dysfonctionnements ont abouti à « l’impossibilité d’arrêter le coupable en temps et en heure ». Fourniret est décédé avant de pouvoir être jugé. Le corps d’Estelle n’a jamais été retrouvé. Six ans de procédure, et au bout du chemin, un chèque et un sentiment d’inachevé.

Pourtant, ce témoignage résonne comme un avertissement direct pour la famille de Lyhanna. La route sera longue, semée d’obstacles juridiques, et le résultat pourrait ne pas être proportionnel aux attentes. Mais une question reste en suspens : les failles déjà documentées dans l’affaire Lyhanna rendront-elles la démonstration plus facile cette fois ?

Dossiers juridiques empilés sur un bureau de tribunal

« La parole des victimes n’est pas intégrée » : Mouzin pointe un système en panne

Neuf procédures visent désormais le suspect, et Éric Mouzin ne mâche pas ses mots sur ce que cela révèle. Interrogé sur le traitement des signalements dans l’affaire Lyhanna, il estime que « la désorganisation des services de la justice et des moyens d’enquête » constitue le fait générateur du problème.

Son analyse va plus loin que le simple constat budgétaire. « On constate une grande difficulté des services d’enquête à prendre en compte la parole des victimes et à intégrer cette parole dans un raisonnement global », a-t-il déclaré sur le plateau de BFMTV. Dans le cas de Lyhanna, il pointe « des incompréhensions de successions d’actes qui restent floues ».

Ce diagnostic recoupe une réalité que les familles de victimes connaissent douloureusement. Des plaintes déposées mais classées. Des signaux d’alerte dispersés entre juridictions. Des informations qui ne circulent pas. Éric Mouzin, comme d’autres témoins clés de l’affaire, décrit un appareil judiciaire où chaque maillon fonctionne en silo.

Pour la mère de Rosa, l’enjeu dépasse l’indemnisation. Il s’agit d’obtenir une reconnaissance officielle que le système a failli — et d’obliger l’État à en tirer les conséquences. L’avocat Pierre Debuisson l’a formulé sans détour : « On ne doit pas passer à côté de l’occasion de renverser ce système. »

Éric Mouzin, lui, reste lucide. Six ans de combat pour un résultat « mitigé » — voilà le précédent qui pèsera sur cette nouvelle procédure. Le chemin juridique existe, mais il ne garantit ni la rapidité ni la justice que les familles espèrent.

Si l’affaire Lyhanna devient le catalyseur d’une réforme du traitement des signalements en France, alors peut-être que le combat d’Éric Mouzin n’aura pas été vain. Mais pour l’instant, la question qui brûle toutes les lèvres reste la même : combien de drames faudra-t-il encore avant que le système change vraiment ?

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