Son cœur s’arrête à la piscine : deux médecins réanimateurs et une infirmière nageaient là par hasard

Un dimanche matin d’octobre, une lycéenne part nager avec son père. Deux longueurs plus tard, elle coule. Son cœur vient de s’arrêter, en plein bassin, sans le moindre avertissement. Ce qui s’est passé ensuite tient à une coïncidence que personne n’aurait pu organiser : les bonnes personnes, au bon endroit, au bon moment. Qui étaient-elles, et que reste-t-il à comprendre sur ce cœur ?
Deux longueurs, un signe de la main, puis le vide
Il est 9 heures, ce dimanche 4 octobre, quand l’adolescente se réveille. Se lever si tôt un week-end est presque exceptionnel, sourit son père, cité par Voix du Jura. Alors il propose d’en profiter.
Direction le centre nautique d’une ville du Jura, pour quelques brasses. L’épreuve de natation du bac approche en fin d’année, « ça ne pouvait pas faire de mal », se souvient-il. Une sortie père-fille comme tant d’autres, sans la moindre ombre au tableau.
Dans le grand bassin, deux longueurs seulement. L’adolescente se sent mal. Elle a juste le temps de faire signe à son père, puis elle coule à pic.
Il plonge sans réfléchir, saisit sa fille et la remonte en catastrophe sur le bord. Son cœur s’est brutalement arrêté. Celui du père bat à tout rompre, et il hurle à l’aide.
Dans ces secondes-là, tout se joue sur la rapidité des gestes de ceux qui sont autour. Un arrêt cardiaque ne laisse presque aucune marge, et chaque minute sans massage pèse lourd. D’autres familles ont connu cette même scène d’effroi, comme celle de Jean-Pierre Foucault, sauvé par le geste brutal d’un pompier.
Mais ce dimanche-là, le père n’est pas resté seul avec sa panique. Et la suite prend une tournure presque irréelle.
Les maîtres-nageurs, puis des baigneurs qui n’étaient pas là par hasard… ou presque
L’équipe de sauveteurs de la piscine réagit immédiatement. Les bassins sont évacués, les maîtres-nageurs accourent, le périmètre se vide autour de l’adolescente allongée au bord de l’eau.
Pour le père, c’est le premier coup de chance de la journée. Un établissement bien organisé, des professionnels qui ne perdent pas une seconde : l’enchaînement des premiers secours démarre sans la moindre hésitation.
Chez les jeunes, ce type de drame surprend d’autant plus qu’il frappe sans prévenir. Il y a quelques années, une étudiante de 21 ans en arrêt cardiaque a été sauvée par sa mère, grâce à un réflexe appris dans le sport. Preuve que le geste juste, au bon moment, change l’issue.
Ici, les maîtres-nageurs ne sont pourtant pas les seuls à intervenir. Selon le récit publié par Voix du Jura, d’autres personnes présentes dans l’eau ce matin-là se mettent aussi en action.
Le journal parle d’un destin qui s’en mêle. Parmi les baigneurs, il y a deux médecins réanimateurs expérimentés, des spécialistes de l’urgence vitale, justement.
Et il y a aussi une infirmière pédiatrique. Trois soignants, venus nager un dimanche matin comme tout le monde, et qui se retrouvent à quelques mètres d’un cœur à l’arrêt.
Les gestes de premiers secours sont prodigués sans attendre, avec un sang-froid remarquable. Les professionnels massent, ventilent, et parviennent à faire repartir le cœur de la jeune fille avant même l’arrivée du Samu.
Le cœur bat de nouveau. Mais l’histoire est loin d’être finie, et l’adolescente n’est pas tirée d’affaire.

Hélitreuillée vers Besançon, un trou noir et une fragilité invisible
Un cœur peut garder ses secrets très longtemps, comme le montre cette maladie ultra-rare qui ne touche que 150 personnes au monde. Ici, personne n’avait rien vu venir.
Après la réanimation sur place, chaque minute compte encore. La décision est prise d’hélitreuiller l’adolescente vers le CHU Jean Minjoz de Besançon, reconnu pour son service de soins intensifs en cardiologie.
Pour les parents, une chape de plomb tombe. Va-t-elle survivre ? Aura-t-elle des séquelles ? Elle vit déjà avec un diabète, diagnostiqué quelques années plus tôt, et voilà un nouveau coup du sort.
Il faut attendre le lundi matin pour qu’elle sorte de son coma artificiel. Désorientée, elle ne garde aucun souvenir du drame. Elle se rappelle être entrée dans l’eau avec son père, puis c’est le trou noir.
En réanimation, entourée de perfusions, elle reprend peu à peu ses esprits. Elle parle, et ses facultés ne sont pas atteintes. Après l’immense frayeur, le soulagement : ses jours ne sont plus en danger.
Reste la question de fond. Cette épreuve aura au moins révélé une fragilité cardiaque jusqu’ici invisible, pour reprendre les mots du journal, et c’est elle qu’il faut maintenant traiter.
Les médecins ont tranché : il lui faudra du repos et la pose d’un défibrillateur cardiaque, pour prévenir tout nouveau risque. Un appareil qui veillera désormais sur son rythme, jour et nuit.
Le danger est écarté, mais pour une lycéenne, la vie ne reprend pas comme avant. Que change tout cela dans le quotidien d’une famille ?
Ce qui attend la famille dans les prochains jours
L’opération pour poser le défibrillateur est prévue d’ici la fin de la semaine. D’ici là, c’est le repos et la surveillance qui dominent, à l’hôpital Minjoz.
Le père, lui, a une idée fixe : retrouver et remercier tous ceux qui ont sauvé sa fille. L’une des soignantes présentes ce dimanche-là travaille précisément dans cet hôpital. Lors de sa visite, le jeudi 8 octobre, il lui a apporté des douceurs d’un célèbre chocolatier de la région.
Quand un nageur coule, tout va très vite, et le corps réagit d’une façon que l’on connaît mal. Pour comprendre ce mécanisme, voici ce qui se passe dans le corps lors d’une noyade.
Le père garde aussi une pointe de tristesse. « Elle devrait avoir d’autres préoccupations que son état de santé à son âge », glisse-t-il. Elle aurait pu manifester avec ses camarades de lycée ces jours-ci, et il l’aurait probablement encouragée.
Reste la question du retour à l’effort. Sur le lien entre activité physique et santé du cœur, les repères de l’OMS sur la durée de sport rappellent que le mouvement a toute sa place, même si, pour elle, le suivi médical décidera de tout.
Pour l’heure, le moral est là. « Moralement, ça va : elle remange des Kinder Bueno, c’est bon signe », confie son père. L’histoire, dit-il, se termine bien, et il n’oubliera jamais ceux qui l’ont permis.
Un cœur à l’arrêt, des soignants au bon endroit, et une adolescente qui retrouve l’appétit : parfois, la chance a un maillot de bain. Et si vous pensiez que les histoires de survie se jouaient seulement sur le fil, ce petit déclaré mort qui se réveille cinq heures plus tard vous laissera sans voix.
Quant aux sauveteurs d’un tout autre genre, ce chien policier devenu expert des massages cardiaques prouve qu’on n’a pas fini d’être surpris.