Il ne pesait que 4 kg à 20 mois : ses parents, aujourd’hui divorcés, jugés aux assises de Melun

Un appartement de Seine-et-Marne, un matin d’avril 2019, des secours qui arrivent trop tard. Selon Le Parisien, deux parents aujourd’hui divorcés sont jugés depuis le 30 octobre à Melun après la mort de leur petit garçon de 20 mois. Un chiffre résume ce que les enquêteurs ont découvert ce jour-là, et la première journée d’audience commence à éclairer comment on a pu en arriver là.
Une mère vêtue de noir, un ex-mari à ses côtés : l’ouverture d’un procès qui pèse lourd
Vendredi 30 octobre, la cour d’assises de Seine-et-Marne, à Melun, a ouvert un procès qui ne laisse personne indifférent. Sur le banc des accusés, Noémie, 29 ans, et son ex-mari, Ali. Les prénoms ont été modifiés, précise Le Parisien.
Tous deux comparaissent libres. Cela ne dit rien de la gravité de l’affaire : cela signifie seulement qu’ils ne sont pas détenus dans l’attente du verdict, ce que permet la procédure devant une cour d’assises.
Ils sont jugés pour « privations de soins ou d’aliments » ayant entraîné la mort de leur fils de 20 mois, survenue en 2019. Cette qualification vise des parents qui auraient privé un enfant de ce dont il avait besoin pour vivre, sans que l’on parle pour autant d’une volonté de tuer.
À l’audience, Noémie, tout de noir vêtue, garde la tête droite. Elle s’exprime clairement, posément, sans que sa voix ne tremble, rapporte le quotidien. Un calme que la cour aura tout le procès pour mettre en regard des faits.
Ce genre de dossier, où un très jeune enfant meurt faute de soins élémentaires, n’est hélas pas unique : ailleurs, une mère a laissé ses six enfants seuls douze heures sans nourriture, et son bébé d’un an n’a pas survécu. Mais que s’est-il passé, exactement, ce matin d’avril 2019 ?
19 avril 2019 : ce que les secours ont trouvé dans l’appartement
Ce jour-là, les secours et la police se rendent dans l’appartement familial. L’enfant est mort. Une enquêtrice de la Brigade des mineurs est appelée en renfort dans la matinée pour constater le décès.
C’est elle qui témoignera, devant la cour, de ce qu’elle a vu. Son récit, tel que le rapporte Le Parisien, est d’une sobriété glaçante : pas de grands mots, seulement une observation précise de l’état du petit corps.
La question du poids d’un enfant est revenue dans d’autres procès, comme celui de cet enfant de 7 ans mort à 116 kg pour 1,28 m, dont les parents risquent la perpétuité aux États-Unis. Là, c’était l’excès. Ici, c’est l’inverse.
Car à 20 mois, la balance dit souvent l’essentiel. Un bébé de cet âge est censé avoir doublé, voire triplé son poids de naissance, et les carnets de santé en gardent la trace à chaque consultation.
Alors, quel chiffre les secours ont-ils lu ? Le 19 avril 2019, le garçon ne pesait que 4 kg. Pour son âge, son poids aurait dû osciller entre 11 et 12 kg, soit environ le tiers de ce qu’il aurait dû peser.
Un écart vertigineux, que personne dans la salle d’audience ne peut ignorer. Mais cette seule donnée ne dit pas tout, et ce n’est pas elle qui a le plus marqué l’enquêtrice.

« Un squelette » : le mot de l’enquêtrice, et les failles du suivi médical
L’audience d’assises est un exercice particulier : on y raconte, devant des jurés, ce que les dossiers écrits ne font qu’effleurer. C’est le cas pour les procès où un nourrisson est au centre des débats, où chaque témoignage pèse sur l’intime conviction.
À Melun, l’enquêtrice de la Brigade des mineurs a choisi un mot. Elle a comparé le petit corps rachitique à « un squelette ». Pas une image littéraire : le constat d’une professionnelle appelée pour établir les faits.
Reste la question que tout le monde se pose : comment un enfant a-t-il pu perdre ainsi de la substance sans que rien ne soit tenté ? La première journée d’audience est revenue sur les graves lacunes du suivi médical du bébé, selon Le Parisien.
Dans la partie accessible de son compte rendu, le quotidien ne détaille pas ces lacunes. On ignore donc, à ce stade, combien de consultations ont eu lieu, ou lesquelles ont manqué. Ce sera sans doute l’un des fils que la cour tirera au fil des jours.
La journée a aussi porté sur le parcours des deux accusés, étape classique des assises : les jurés doivent savoir qui sont les personnes qu’ils jugent, d’où elles viennent, ce qu’elles ont vécu.
Voilà la réponse que promettait le chiffre : un garçon de 20 mois mort à 4 kg, un « squelette » selon une enquêtrice, et un suivi médical défaillant. Reste à savoir ce que la cour en conclura, et c’est précisément l’objet du procès.
Ce que ce procès doit encore établir
Rien n’est jugé à ce stade. Les deux accusés bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’au verdict, et la version de leur défense devra s’exprimer à l’audience : la partie de l’article que nous avons pu consulter n’en livre pas le détail.
La cour devra répondre à une question précise : les privations de soins ou d’aliments sont-elles établies, et sont-elles la cause du décès ? Le débat portera aussi sur la part de responsabilité de chacun des deux parents.
Ces dossiers reviennent régulièrement devant la justice, avec parfois des histoires encore plus sombres, comme celle de Yuna, deux mois, dont les parents ont été mis en examen. Chaque affaire a ses faits, et il faut se garder des raccourcis.
Autre chose à surveiller : la suite du calendrier d’audience. Les jours qui viennent doivent permettre d’entendre d’autres témoins et, probablement, de revenir sur le suivi médical, sur lequel la première journée n’a fait que poser les jalons.
Ces procès interrogent aussi, plus largement, le rôle de l’entourage et des professionnels autour d’un très jeune enfant. D’autres dossiers ont fait surgir la même question, comme celui de ce couple qui enfermait son fils de 13 ans dans une cage à chien : comment une situation aussi grave a-t-elle pu durer sans alerte ?
Dans l’immédiat, c’est donc à Melun que tout se joue. Un verdict est attendu au terme de l’audience, et il dira ce que la justice retient de cette histoire.
Quatre kilos au lieu de onze ou douze : le chiffre à lui seul résume la gravité de ce que la cour doit désormais comprendre.
Et si vous pensiez que les récits judiciaires n’avaient plus de quoi vous surprendre, cette femme de 37 ans qui s’est fait adopter en se faisant passer pour une enfant de 12 ans pourrait vous faire changer d’avis.
Plus près de nous, il y a aussi ce que cette femme de 60 ans cachait dans son intestin depuis sa naissance.