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« Il m’a braqué avec un pistolet » : près de Bergerac, un collectionneur se fait voler 300 000 € de cartes Pokémon

Publié par Cassandre le 25 Avr 2026 à 9:55
« Il m'a braqué avec un pistolet » : près de Bergerac, un collectionneur se fait voler 300 000 € de cartes Pokémon

Un faux livreur, un pistolet, et un butin composé exclusivement de cartes Pokémon. Mardi 21 avril, un collectionneur professionnel installé à Prigonrieux, près de Bergerac, a été braqué à son domicile. Préjudice estimé : 300 000 euros. Un montant qui en fait probablement le plus gros vol à main armée de ce type jamais commis en France. L’enquête est en cours, et les détails de cette affaire ressemblent à un scénario de film — sauf que tout est vrai.

Un « livreur » qui sort un pistolet

Ce mardi-là, Myke Petel est chez lui, en début d’après-midi. Le collectionneur voit un véhicule s’engager dans son allée. Jusque-là, rien d’anormal. Un homme sonne à la porte. Il se présente comme un livreur et prétend avoir un colis destiné à sa femme. Pour le remettre, il demande un justificatif d’identité.

Entrée d'une maison en Dordogne avec un véhicule de livraison

La suite bascule en quelques secondes. Le visage masqué, le faux livreur sort un pistolet et braque Myke Petel. Selon le récit du collectionneur rapporté par Sud-Ouest, le braqueur lui lance alors une phrase glaçante : il affirme être « payé par un de ses proches » et assure savoir qu’il y a « de l’argent » dans la maison.

L’homme fait entrer un complice. Les deux malfrats se dirigent directement vers la pièce où Myke Petel stocke ses cartes Pokémon. Comme si quelqu’un leur avait dessiné un plan.

300 000 euros de cartes, la pire journée possible pour les sortir du coffre

Le timing de ce braquage est cruel. Myke Petel revenait tout juste d’une convention à Paris. Son stock — des centaines de cartes parmi les plus rares et les plus cotées du marché — n’avait pas encore été remis au coffre-fort. Il comptait le faire dans la journée. Les braqueurs ont frappé dans cette fenêtre de quelques heures.

Véhicule de gendarmerie devant une maison rurale en Dordogne

Résultat : 300 000 euros de cartes Pokémon envolées. Pour les non-initiés, le chiffre peut sembler surréaliste. Mais le marché des cartes à collectionner a explosé ces dernières années. Certaines pièces individuelles dépassent les 10 000 euros. Les cartes les plus rares au monde se vendent plusieurs centaines de milliers de dollars aux enchères. Ce ne sont plus des jouets d’enfants — c’est un marché scruté même par le fisc.

D’ailleurs, cette affaire n’est pas un cas isolé. En France, une boutique Pokémon avait déjà été cambriolée pour un préjudice de 80 000 euros. Mais ici, on passe un cap : un vol à main armée, ciblé, préparé. Avec un butin trois fois plus élevé. Mais comment le collectionneur a-t-il réussi à s’en sortir ?

Ligoté, seul, face au braqueur

Après avoir saisi les cartes, les deux hommes ligotent Myke Petel et quittent la pièce. Le collectionneur attend. Quand il n’entend plus de bruit, il parvient à défaire ses liens. Il se relève. Et là, surprise : le véhicule des braqueurs est toujours garé dans l’allée.

En se dirigeant vers la cuisine, Myke Petel tombe nez à nez avec l’un des malfrats. Face à face silencieux. Puis le braqueur prend la fuite. Le collectionneur, encore sous le choc, court chez ses voisins pour donner l’alerte. Il dépose plainte dans la foulée à la gendarmerie.

Le parquet de Bergerac a confirmé l’ouverture d’une enquête en flagrance. Elle a été confiée à la brigade de recherches de Bergerac pour des faits qualifiés de « vol avec arme ». Un chef d’accusation qui expose les auteurs à de très lourdes peines. Reste à savoir si les cartes pourront être retrouvées — et c’est là que l’affaire se complique sérieusement.

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Les cartes Pokémon, nouvelle « monnaie » des réseaux criminels

Ce que révèle cette affaire dépasse le simple fait divers. Anne-Cécile Dumonteil, procureure de Bergerac, a livré une explication qui éclaire l’ensemble du dossier : « Les cartes Pokémon intéressent particulièrement les réseaux criminels car elles servent de monnaie d’échange. »

Concrètement, une carte Pokémon rare présente plusieurs avantages pour des criminels. Elle est légère, facile à transporter, difficile à tracer, et sa valeur est reconnue internationalement. Exactement comme les œuvres d’art volées — on a vu le même phénomène lors du cambriolage au Louvre, où des spécialistes avaient évoqué des bijoux utilisés comme monnaie d’échange entre groupes criminels.

Sauf qu’une carte Pokémon, contrairement à un tableau de maître, ne figure dans aucune base de données policière internationale. Elle peut changer de mains dans une convention, sur un forum en ligne ou même via des plateformes de vente classiques. La revente est bien plus simple qu’un lingot d’or volé.

Un marché qui attire autant les passionnés que les malfrats

Le monde du collecting a changé de dimension. Les objets de collection qui valent une fortune ne sont plus cantonnés aux greniers et aux vide-greniers. Cartes Pokémon, cartes Magic, figurines vintage, cassettes VHS rares, jouets des années 1980… Des pans entiers de la culture pop sont devenus des actifs financiers à part entière.

Myke Petel n’est pas un amateur qui a accumulé quelques boosters. C’est un collectionneur professionnel qui fréquente les conventions, achète, revend, négocie. Son stock de 300 000 euros représente des années de travail et d’expertise. Et c’est précisément ce profil qui attire l’attention des réseaux organisés.

Car le braquage de Prigonrieux n’a rien d’improvisé. Le faux livreur connaissait l’adresse. Il savait que les cartes étaient dans la maison. Il savait où elles se trouvaient. Le collectionneur lui-même le dit : l’homme a affirmé être « payé par un de ses proches ». Vrai ou faux ? C’est tout l’enjeu de l’enquête.

L’enquête ne fait que commencer

La brigade de recherches de Bergerac travaille désormais à identifier les deux suspects. Les images de vidéosurveillance, les témoignages de voisinage et le véhicule utilisé seront des éléments clés. Le fait que la voiture soit restée garée dans l’allée, même après le vol, laisse penser que les braqueurs n’étaient peut-être pas aussi organisés qu’il y paraît.

Pour Myke Petel, la perte est considérable. Au-delà de la valeur financière, certaines cartes sont irremplaçables : éditions limitées, premières impressions japonaises, pièces gradées. Le genre de cartes qu’on ne retrouve pas sur une marketplace.

L’affaire pose aussi une question plus large pour toute la communauté des collectionneurs. Comment protéger des biens aussi précieux qu’invisibles aux yeux du grand public ? Un coffre à la banque, une assurance spécialisée, la discrétion absolue sur les réseaux sociaux ? Les objets vintage qui se revendent une fortune attirent autant la convoitise que l’admiration. Et quand le butin tient dans un classeur, le braquage devient terriblement simple.

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