En 1990, le pare-brise d’un avion de ligne cède à 5 300 mètres et le commandant est aspiré dehors : pendant 20 minutes, l’équipage le retient à bout de bras
Une détonation, un souffle glacial, et le commandant qui disparaît à moitié par la fenêtre du cockpit. Le 10 juin 1990, au-dessus de l’Angleterre, un avion de ligne transportant 87 personnes vit l’une des urgences les plus incroyables de l’histoire de l’aviation. Pendant que le copilote tente de poser l’appareil, l’équipage refuse de lâcher son capitaine. Et l’enquête va révéler une cause d’une banalité stupéfiante.

Un vol de vacances vers l’Espagne
Le dimanche 10 juin 1990, le vol 5390 de British Airways décolle de Birmingham, en Angleterre, à 7 h 20. Destination : Malaga, sur la Costa del Sol, en Espagne.
Selon Wikipédia, l’appareil est un BAC One-Eleven, un biréacteur moyen-courrier. À bord se trouvent 81 passagers et 6 membres d’équipage : quatre membres du personnel de cabine et deux pilotes. L’appareil, immatriculé G-BJRT, porte le nom de « County of South Glamorgan ». Personne à bord n’imagine que ce vol de routine va entrer dans l’histoire de l’aviation.
Aux commandes, le commandant Tim Lancaster, 42 ans, qui totalise plus de 11 000 heures de vol. À ses côtés, le copilote Alastair Atchison, 39 ans, qui compte 7 500 heures de vol.
La détonation
Treize minutes après le décollage, l’avion grimpe au-dessus de la ville de Didcot. Il se trouve à environ 5 300 mètres d’altitude quand une détonation retentit dans le cockpit.
Le pare-brise situé devant le commandant vient de se détacher. En une fraction de seconde, la différence de pression aspire Tim Lancaster vers l’extérieur. Selon le site spécialisé Migflug, son torse, sa tête et ses bras se retrouvent hors de l’avion, en plein vent. Seules ses jambes, coincées dans le cockpit, le retiennent encore.
En se faisant aspirer, ses genoux heurtent le manche. Selon Migflug, le pilote automatique se déconnecte.
Ces urgences en plein ciel fascinent toujours autant. Nous vous avions raconté l’histoire de cet Airbus à court de carburant que son pilote a fait planer jusqu’aux Açores avec 306 passagers.
« Le pare-brise avait disparu »
Nigel Ogden, un membre du personnel de cabine, se précipite dans le cockpit. « Je me suis retourné et j’ai vu que le pare-brise avait disparu », racontera-t-il, cité par Migflug.
Sans réfléchir, il se jette sur le commandant et l’attrape par la ceinture. Il le retient de toutes ses forces pour éviter qu’il ne soit entièrement aspiré. « Je m’accrochais de toutes mes forces », confiera-t-il plus tard.
Pendant ce temps, le copilote Alastair Atchison reprend les commandes. Il entame une descente rapide pour rejoindre une altitude où l’air est respirable. Selon Migflug, le vent est si violent qu’il entend à peine le contrôle aérien.
Vingt minutes à bout de bras
Nigel Ogden ne pourra pas tenir seul très longtemps. Le froid et la force du vent sont terribles. Selon Wikipédia, d’autres membres du personnel de cabine prennent le relais. Ils retiennent le commandant par les jambes pendant plus de vingt minutes.
Le spectacle est terrifiant. Selon Wikipédia, l’équipage croit que Tim Lancaster est mort : ses yeux restent grands ouverts, sans cligner. Nigel Ogden se souvient lui aussi de ce regard fixe.
Mais le copilote donne un ordre clair : ne pas le lâcher. Selon Wikipédia, Alastair Atchison craint que, si le corps du commandant est relâché, il ne vienne heurter le réacteur gauche de l’avion. Ce qui pourrait provoquer une catastrophe.
Un atterrissage d’urgence à Southampton
Le copilote cherche l’aéroport le plus proche. Ce sera Southampton, dans le sud de l’Angleterre. Selon Wikipédia, l’avion se pose vers 7 h 55, une vingtaine de minutes après l’accident.
Les secours attendent l’appareil sur la piste. Et à la stupeur générale, Tim Lancaster est vivant.
Les 81 passagers et les 6 membres d’équipage s’en sortent tous. Selon Wikipédia, le commandant souffre de gelures, de contusions, d’un état de choc et de fractures au bras droit, au pouce gauche et au poignet droit.
Il revole moins de cinq mois plus tard
Le plus incroyable, c’est la suite. Selon Wikipédia, Tim Lancaster reprend le travail moins de cinq mois après l’accident.
Il poursuit sa carrière de pilote jusqu’à l’âge de la retraite obligatoire, 55 ans. Selon Wikipédia, il volait encore pour la compagnie easyJet en 2005.
Les avions réservent parfois de grandes frayeurs. Nous vous avions raconté comment un Boeing 767 est tombé en panne sèche à 12 500 mètres après une confusion entre livres et kilos, ou comment un Boeing 747 a vu ses quatre moteurs s’éteindre dans un nuage de cendres.
Des vis trop petites
Reste à comprendre comment un pare-brise peut se détacher en plein vol. L’enquête va révéler une cause d’une banalité stupéfiante.
Selon Wikipédia, le pare-brise avait été remplacé seulement 27 heures avant le vol. Il était fixé par 90 vis. Or 84 d’entre elles avaient un diamètre trop petit de 0,66 millimètre. Les six autres étaient trop courtes de 2,5 millimètres.
Une différence presque invisible à l’œil nu. Mais à 5 300 mètres d’altitude, sous l’effet de la différence de pression entre l’intérieur et l’extérieur, les vis n’ont pas tenu.
Une erreur pour gagner du temps
Comment de mauvaises vis se sont-elles retrouvées là ? Selon Wikipédia, un responsable de la maintenance à Birmingham a remplacé les anciennes vis par des vis identiques, sans vérifier la documentation technique. Pour gagner du temps.
Les enquêteurs ne s’arrêtent pas à lui. Selon Wikipédia, ils mettent aussi en cause les procédures de British Airways, qui ne prévoyaient pas de vérification indépendante pour cette tâche critique, et l’encadrement de Birmingham.
Ils pointent aussi un défaut de conception : le pare-brise était fixé par l’extérieur de l’avion. La pression de la cabine poussait donc directement sur les vis. Le rapport final formule huit recommandations de sécurité.
Ces erreurs minuscules peuvent coûter très cher. Nous vous avions raconté comment la NASA a perdu une sonde à 327 millions de dollars à cause d’une simple confusion d’unités.
Des héros décorés
L’équipage est salué pour son sang-froid. Selon Wikipédia, Alastair Atchison, Nigel Ogden et une autre membre du personnel de cabine, Susan Gibbins, reçoivent une distinction de la reine pour services rendus en vol. Le copilote obtient aussi, en 1992, le prix Polaris, qui récompense des actes d’héroïsme dans l’aviation.
L’histoire de ce vol est aujourd’hui étudiée comme un cas d’école de la sécurité aérienne. Elle rejoint celle d’autres vols restés dans les mémoires, comme ce jour de 1970 où le Concorde 001 a franchi Mach 2. Mais rares sont les équipages à avoir vécu vingt minutes pareilles, leur commandant à moitié hors de l’avion.