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Cette fillette de 6 ans disparue depuis un an vivait sans eau ni électricité — un témoin l’a reconnue sur une plage espagnole

Publié par Elsa Fanjul le 12 Avr 2026 à 10:12

Un an sans nouvelles. Un an à chercher, à espérer, à multiplier les signalements. Puis un jour, sur une plage de Catalogne, un regard qui accroche un visage familier. Calyopé, 6 ans, enlevée par sa mère et sa grand-mère dans la Somme alors qu’elle devait être placée en famille d’accueil, vient d’être retrouvée vivante en Espagne. Mais ce que révèlent les témoins sur ses conditions de vie pendant ces douze mois de cavale laisse sans voix.

Un avis de recherche, une plage et un appel décisif

Le 31 mars dernier, la petite Calyopé se trouvait sur la plage de Fenals, à Lloret de Mar, station balnéaire de la Costa Brava. Elle était accompagnée de sa mère et de sa grand-mère, les deux femmes qui l’avaient soustraite à la justice française un an plus tôt. Un avis de recherche avait été diffusé en Espagne quelques jours auparavant, et c’est précisément cet avis qui a tout déclenché.

Selon les informations du Parisien, un témoin a formellement reconnu l’enfant sur la plage. Sa réaction a été immédiate : il a contacté Jordan Belmère, le père de Calyopé, qui a lui-même alerté la police espagnole. « Il a reconnu Calyopé et il a immédiatement appelé son papa, qui a contacté les policiers espagnols », a confié la compagne du père aux journalistes.

L’interpellation a eu lieu sur place. Les médias espagnols évoquent une opération policière coordonnée qui a permis de mettre la main sur la mère et la grand-mère. Calyopé a d’abord été confiée aux services sociaux espagnols. Ce n’est que le 8 avril qu’elle a été rapatriée en France. Mais entre l’enlèvement et ce sauvetage, la fillette avait traversé tout le pays — et la frontière — dans des conditions que personne n’imaginait aussi dures.

Une cavale de 12 mois à travers la France

Avant de disparaître en Espagne, Calyopé a été aperçue dans plusieurs villes françaises. La trace du trio a été repérée à Péronne, dans la Somme, puis à Montluçon dans l’Allier, à Rodez en Aveyron, et enfin à Perpignan. Comme dans d’autres affaires d’enlèvement parental, le parcours dessine une fuite méthodique vers le sud, avec la frontière comme objectif final.

Les autorités ont perdu définitivement la piste de l’enfant au niveau de La Jonquera, ville frontalière entre la France et l’Espagne. Cette dernière localisation datait du 15 avril 2025, soit presque un an jour pour jour avant qu’elle ne soit retrouvée. Pendant ces douze mois, la mère et la grand-mère ont réussi à échapper à tous les radars, changeant visiblement de lieu régulièrement pour éviter d’être repérées.

Plage de Fenals à Lloret de Mar où Calyopé a été retrouvée

Le tracé géographique — Somme, centre de la France, sud-ouest, Catalogne — montre une descente progressive et calculée. Aucun signalement n’a abouti à une interpellation avant celui de Lloret de Mar. Cette durée de cavale, un an entier avec une enfant de 5 puis 6 ans, pose la question des moyens dont disposaient les deux femmes. Et surtout, celle des conditions dans lesquelles vivait la petite fille.

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« Elle n’était pas nourrie tous les jours »

C’est le détail le plus glaçant de cette affaire. La belle-mère de Calyopé, compagne de Jordan Belmère, a révélé au Parisien ce que des témoins leur ont rapporté sur les conditions de vie de l’enfant pendant sa cavale. « Des témoins nous ont dit qu’elle n’était pas nourrie tous les jours et qu’elle vivait dans un lieu sans eau et sans électricité. »

Une fillette de 6 ans, privée de repas réguliers, hébergée dans un squat ou un logement insalubre. Les détails précis de l’endroit où elle se trouvait en Espagne n’ont pas encore été dévoilés par les enquêteurs, mais le tableau décrit par les témoins évoque une précarité extrême. On est loin de l’image d’une mère protectrice qui aurait fui pour le bien de son enfant.

La compagne de Jordan Belmère a également souligné l’état psychologique de la fillette à son retour. « Elle a vécu des choses traumatisantes, on la laisse se reposer, on lui laisse du temps. » Des propos mesurés qui laissent deviner l’ampleur du travail de reconstruction qui attend cette enfant. Des situations similaires, où des enfants sont abandonnés ou maltraités par ceux qui devraient les protéger, rappellent à quel point la parentalité ne garantit rien.

Un père qui se bat depuis des années

Jordan Belmère n’en est pas à son premier combat. Bien avant l’enlèvement, ce père de la Somme luttait déjà devant les tribunaux pour faire valoir ses droits parentaux. La séparation avec la mère de Calyopé est décrite comme « très conflictuelle » par les sources proches du dossier. Il avait signalé la disparition de sa fille dès le premier jour, il y a un an.

Depuis le rapatriement de Calyopé en France, la justice a tranché. Jordan Belmère dispose désormais de la garde totale de l’enfant. Une décision qui intervient après des années de procédures et qui témoigne de la gravité des faits reprochés à la mère. « C’est une immense joie », souffle la compagne du père, comme si le mot « soulagement » ne suffisait plus.

Pièce sombre et insalubre symbolisant les conditions de vie de l'enfant

L’enfant a d’abord été prise en charge par les services sociaux français à son retour, le 8 avril. Elle devrait rejoindre le domicile de son père « dans les semaines à venir », le temps que la transition se fasse en douceur. Les affaires d’enlèvement parental sont souvent marquées par des dénouements plus sombres, et celle de Calyopé fait figure d’exception — malgré les épreuves subies.

L’enlèvement parental, un fléau sous-estimé en France

L’affaire Calyopé remet en lumière un phénomène que les chiffres peinent à cerner. Chaque année en France, des centaines d’enfants sont soustraits par l’un de leurs parents à la garde légale de l’autre. Contrairement aux enlèvements par des inconnus, ces disparitions ne déclenchent pas toujours les dispositifs d’alerte les plus médiatisés. Elles s’enlisent parfois dans le silence judiciaire pendant des mois, voire des années.

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Le cas de Calyopé est emblématique : l’enfant devait être placée en famille d’accueil au moment de l’enlèvement. La mère et la grand-mère ont agi le jour même où cette décision devait être appliquée. Un acte prémédité qui a plongé une fillette de 5 ans dans une année de fuite, de précarité et d’isolement. Comme d’autres familles en rupture avec la société, les fugitives ont coupé tous les ponts avec les institutions.

La dimension internationale complique encore les choses. Une fois la frontière espagnole franchie, les procédures de coopération policière prennent du temps. La diffusion d’un avis de recherche en Espagne n’est intervenue que « quelques jours » avant la découverte, selon les sources. Ce délai pose question : pourquoi pas plus tôt, alors que la dernière localisation connue — La Jonquera — pointait clairement vers l’Espagne ?

Ce qui attend la mère et la grand-mère

Les deux femmes ont été interpellées sur la plage de Fenals, à Lloret de Mar, en même temps que Calyopé. Elles font face à des poursuites pour enlèvement et soustraction d’enfant à l’autorité de la personne qui en avait la garde. En droit français, la non-représentation d’enfant est punie de peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement. Mais lorsqu’il s’agit d’un enlèvement avec fuite à l’étranger, les sanctions sont alourdies.

Les témoignages sur les conditions de vie de Calyopé — absence de nourriture quotidienne, logement sans eau ni électricité — pourraient également conduire à des poursuites supplémentaires pour mise en danger de la vie d’un mineur. Les détails de l’enquête espagnole et les éventuelles charges retenues de l’autre côté des Pyrénées n’ont pas encore été communiqués.

Pour la petite Calyopé, l’heure est désormais à la reconstruction. Une année de cavale dans des conditions indignes laisse des traces profondes chez un enfant de cet âge. L’entourage du père a choisi la prudence, laissant à l’enfant le temps de se réadapter. Après douze mois sans repères, sans école, sans stabilité, la route sera longue. Mais Calyopé est vivante, en France, et bientôt chez son père. Pour une fois, contrairement à d’autres affaires de disparition d’enfants, l’histoire se termine avec un retour à la maison.

Tribunal français où la garde totale a été accordée au père

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