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« Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir » : ces ados de 17 ans filmés en Ardèche provoquent une onde de choc

Publié par Cassandre le 25 Juin 2026 à 16:25

Un chant scandé en boucle, des bras levés, une remorque filmée en pleine fête de village. La vidéo a mis le feu aux réseaux sociaux le 22 juin et provoqué une vague d’indignation nationale. Derrière ces images saccadées, des mineurs, une enquête ouverte par le parquet de Privas et une question qui brûle : comment en arrive-t-on là à 17 ans ?

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Roiffieux, Ardèche : une fête de conscrits qui dérape en trente secondes

La scène remonte à début mai. Dans la petite commune de Roiffieux, en Ardèche, trois jours de festivités célèbrent les conscrits, une tradition locale bien ancrée. Les « magnons », ces jeunes qui se préparent à être conscrits pour leurs 18 ans, défilent, font la fête, boivent quelques bières.

Sauf que cette année, cinq ou six d’entre eux se sont filmés dans une remorque en train de scander « Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir ». Le refrain est répété une dizaine de fois au moins. Certains tapent des mains, d’autres se frappent le dos pour s’encourager. Moins de trente secondes d’images qui ont suffi à provoquer un tollé national.

La vidéo n’a été diffusée massivement que le 22 juin, soit près de deux mois après les faits. C’est à cette date que les partages explosent sur X (ex-Twitter) et TikTok. Les images saccadées, filmées de face, ne laissent aucune ambiguïté sur les paroles. Et la plupart de ces jeunes sont identifiables.

Selon le maire Christophe Delord, « ce sont essentiellement des jeunes de la commune, mais parfois ils acceptent des amis d’autres villages ». L’élu précise qu’au moins l’un des participants vient d’une commune voisine. Tous ont 17 ans ou les auront cette année. Autrement dit, ce sont des mineurs.

Le maire « outré », le parquet saisi : une enquête pour incitation à la haine raciale

Christophe Delord n’a pas tergiversé. En découvrant la vidéo le 22 juin, il s’est dit « outré par ces propos » et a immédiatement saisi la procureure de Privas. Une enquête pour incitation à la haine raciale a été ouverte dans la foulée.

Dans un communiqué, le maire enfonce le clou : « Quel que soit le contexte, ce qui s’apparente clairement à du racisme et à un appel à la haine n’a pas sa place. » Au Dauphiné Libéré, il ajoute une précision glaçante : « Il y a quand même eu un appel au meurtre.

Même quand on fait la fête, même quand on a bu quelques bières, même quand il y a l’effet de groupe, les mots ont un sens pour des jeunes de 17 ans. »

Du côté du Rassemblement national, la réponse est venue rapidement. Céline Porquet, responsable du RN en Ardèche, s’est désolidarisée sans détour : « Je refuse tout amalgame. Ces paroles ne reflètent ni les valeurs du Rassemblement national, ni celles que je défends. » Elle a ajouté que son « engagement politique » reposait sur « la défense de tous les Français quelles que soient leurs origines ».

Main tenant un smartphone affichant une vidéo virale

L’Ardèche n’est pas un cas isolé : à Rodez, la même scène deux semaines avant

Ce qui rend cette affaire encore plus troublante, c’est qu’elle n’est pas unique. Le 5 juin, à Rodez dans l’Aveyron, une scène quasi identique s’est produite dans une boîte de nuit. Des jeunes « tout autant décomplexés et fortement éméchés » ont entonné le même type de chant.

Un témoin, choqué que « cela ne fasse réagir personne dans la soirée », a filmé la scène et l’a publiée le lendemain sur TikTok. Mais il a fallu attendre le 20 juin pour que d’autres comptes la relaient et qu’elle cumule des milliers de vues. Le procureur de la République de Rodez s’est saisi de l’affaire le jour même et a ouvert une enquête confiée au commissariat de la ville.

Deux villes, deux vidéos, le même refrain, le même profil de jeunes en soirée. La répétition interroge. L’effet de groupe, l’alcool et le sentiment d’impunité reviennent systématiquement dans les analyses. Mais pour le maire de Roiffieux, rien ne justifie un tel dérapage : un appel au meurtre reste un appel au meurtre, bière ou pas.

Deux enquêtes sont donc ouvertes, l’une à Privas, l’autre à Rodez. Les protagonistes étant mineurs en Ardèche, la suite judiciaire pourrait prendre une tournure particulière. Une chose est certaine : en 2025, trente secondes de vidéo suffisent à transformer une fête de village en affaire nationale. Reste à savoir si la justice sera aussi rapide que les algorithmes.

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