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« Je veux présenter mes excuses » : le charpentier qui a stoppé la tuerie en Oregon est rongé par le remords

Publié par Cassandre Jolivet le 25 Oct 2026 à 6:40
Homme pensif au visage marqué par le remords

Il rentrait simplement déjeuner chez lui. Quelques minutes plus tard, Kaylub Giamanco, charpentier de 36 ans, rampait vers une école de l’Oregon où venait d’éclater une fusillade. Aujourd’hui salué comme un héros, il s’excuse auprès des familles endeuillées. Et ce qu’il confie de ses nuits, une fois sa maison endormie, dit tout de ce que ce geste lui a coûté.

Un déjeuner à la maison, une école sur le trajet : le détour qui a tout changé

Mi-octobre, dans une école primaire de l’Oregon, aux États-Unis, un adolescent de 16 ans ouvre le feu. Le bilan est terrible : quatre morts, dont trois enfants et un enseignant. Un autre enseignant et un enfant sont blessés.

Le tireur, selon Le Parisien, a ensuite été abattu par un homme qui passait par là. Cet homme, c’est Kaylub Giamanco. Père de trois filles, toutes scolarisées dans cet établissement.

Longtemps, il est resté très discret. Son nom a pourtant été rendu public moins de vingt-quatre heures après les faits. Il vient enfin de parler, dans une interview accordée à la chaîne Oregon Public Broadcasting (OPB), diffusée ce vendredi.

Et tout a tenu à un petit choix du quotidien. Ce jour-là, le charpentier avait emporté son déjeuner sur son lieu de travail. Mais il a finalement décidé de rentrer manger avec sa femme.

C’est ce détour, anodin, qui l’a conduit devant l’école au moment précis où l’attaque commençait. Comme beaucoup de récits de ce genre, l’histoire de ce père qui rentrait déjeuner bascule sur un hasard de quelques minutes.

Mais que s’est-il passé exactement entre sa voiture et la salle de classe ?

Ramper vers le danger : les minutes que le charpentier croyait être les dernières

Sur le moment, Kaylub Giamanco n’a pas compris. Il a d’abord cru à une mauvaise blague. Puis la gravité de la scène l’a rattrapé en quelques secondes.

Premier réflexe : récupérer une arme de poing dans son véhicule. Deuxième : appeler les services d’urgence. Il n’a pas attendu leur arrivée pour avancer.

Il s’est mis à ramper en direction du bâtiment. « Je me suis dit que c’était probablement la dernière chose que j’allais faire de ma vie », a-t-il confié à OPB. Dans ces moments-là, certains choisissent de foncer, comme ce proviseur d’Oklahoma qui s’est jeté sur un tireur et a pris une balle dans la jambe.

À l’intérieur, une enseignante était aux prises avec l’assaillant. C’est elle qui, selon le charpentier, a affronté le tireur et lui a permis d’agir sans perdre la vie lui-même. Une bravoure qu’il tient à saluer.

Le père de famille s’est donc faufilé par une fenêtre brisée pour pénétrer dans la salle de classe. Il a ouvert la porte, puis a fait feu.

« Je l’ai regardé et je lui ai tiré dessus deux fois de plus pour m’assurer qu’il ne puisse plus bouger, car je craignais qu’il ne tire sur quelqu’un d’autre », s’est-il souvenu. Quand un policier est arrivé, il a posé sa propre arme au sol et levé les mains.

Mais ce n’est pas la scène elle-même qui l’obsède le plus aujourd’hui.

Cuisine plongée dans la pénombre, verre sur la table

« Je revis la scène » : ce que le héros porte en lui quand la maison s’endort

On pourrait croire qu’un homme qui a mis fin à une tuerie ressent d’abord du soulagement. Chez Kaylub Giamanco, c’est autre chose qui domine. Un poids immense, presque une culpabilité.

Dans l’interview, il dit avoir entendu des enfants supplier pour sauver leur vie. Et il n’a pas pu en sauver davantage. D’où cette phrase, adressée aux parents des victimes : « Je veux présenter mes excuses pour ne pas avoir sauvé leurs enfants. »

Il ne s’arrête pas aux mots. Le trentenaire souhaite rencontrer les familles endeuillées pour « pleurer avec elles et les prendre dans ses bras ». Aucune posture de héros, juste un homme qui veut partager le chagrin.

Il rend aussi hommage à l’enseignante qui a tenu tête au tireur. « J’aimerais beaucoup la prendre dans mes bras, car c’est une véritable héroïne », a-t-il estimé.

Les nuits, elles, sont difficiles. Une fois sa famille couchée, il lui arrive de rester éveillé et de repenser à l’attaque. « Je revis la scène ; je vois des visages, j’entends des voix, j’entends des cris », a-t-il rapporté.

Autre scène, autre fusillade, même instinct de protection : un enfant de 10 ans a survécu à Minneapolis parce que son ami s’est mis sur lui.

Il y a pourtant un dernier appel, passé juste après les faits, qui en dit long.

Un nom public, une famille qui demande le silence

Juste après, Kaylub Giamanco a prévenu sa femme et sa mère. À cette dernière, il aurait dit : « Maman, je viens de devoir ôter la vie à quelqu’un qui, je crois, pourrait être un enfant ; il a fait irruption dans l’école de ma fille avec une arme à feu. »

Cette phrase montre que, pour lui, il n’y a pas de victoire. Il a tiré sur un adolescent. Et il le sait.

Quand son identité a été dévoilée, sa mère, Kenda Freeman, a lu une déclaration au nom de la famille. Elle précisait qu’il ne recherchait aucune reconnaissance et demandait le respect de sa vie privée. C’est pourquoi l’interview de ce vendredi compte autant : il avait gardé le silence jusque-là.

Côté enquête, rien n’est tranché. Les motivations du tireur, ancien élève de l’établissement, font toujours l’objet d’une enquête, selon la source. Aucune explication officielle n’est donc connue à ce stade.

Pour les survivants, la reconstruction sera longue. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le sort de cette élève de 12 ans qui, deux mois après une fusillade, ne peut toujours pas parler.

D’autres gestes de ce type finissent plus tragiquement, comme celui de ce père abattu en protégeant son bébé de huit mois. Ces récits rappellent qu’un réflexe de quelques secondes peut peser toute une vie. Le charpentier de l’Oregon, lui, doit désormais apprendre à vivre avec les siennes.

Il a sauvé des vies, mais ne retient que celles qu’il n’a pas pu sauver. À quelle vitesse un radar a-t-il déjà affiché un chiffre que les gendarmes n’ont pas cru ? La réponse vous attend sur une autoroute française. Et si vous cherchez un récit plus insolite encore, ce conducteur ivre qui a sorti une carte de « parlementaire » face aux gendarmes ne vous laissera pas indifférent.

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