Un père abattu alors qu’il protégeait héroïquement son bébé de huit mois : « Un courage incroyable »
Il était 1h34 du matin, dans une petite ville de Caroline du Nord. Un homme de 36 ans était assis dans sa voiture, garée dans l’allée de sa maison, son bébé de 8 mois dans les bras. Quelques secondes plus tard, les tirs ont commencé. Quand la police est arrivée sur les lieux, le père ne respirait plus. Mais le nourrisson, lui, était vivant. Ce qui s’est passé entre ces deux moments est un récit que sa famille ne pourra jamais oublier.
Une nuit ordinaire qui bascule à Plymouth
Plymouth est une bourgade de quelques milliers d’habitants dans le comté de Washington, en Caroline du Nord. Le genre d’endroit où les nuits sont calmes, où les drames nationaux semblent lointains. Pourtant, dans la nuit du drame, cette tranquillité a volé en éclats.
Devonelle Brimage, 36 ans, se trouvait sur le siège avant de son véhicule, stationné dans l’allée de son domicile. Son bébé de huit mois était blotti contre lui. Un autre homme, âgé de 38 ans, occupait la banquette arrière. C’est à ce moment précis qu’une rafale de tirs a criblé le véhicule.
Selon le département de police de Plymouth, Devonelle Brimage a été déclaré mort sur place. L’homme à l’arrière, touché par plusieurs projectiles, a été transporté à l’hôpital dans un état grave. Quant au bébé, il a été évacué en urgence au Washington Regional Medical Center. Mais ce que les secours ont constaté en arrivant défie l’entendement.
Le geste que les secouristes n’ont pas compris tout de suite
Quand les policiers ont ouvert la portière, le corps de Devonelle Brimage était recroquevillé autour de son enfant. Pas dans une position hasardeuse, pas figé par la surprise. Dans une posture de protection délibérée. Son torse, ses bras, son dos formaient un cocon autour du nourrisson.

Le bébé présentait des blessures qualifiées de « non mortelles » par les autorités médicales. Il a été soigné puis autorisé à quitter l’hôpital. Sans le réflexe de son père, l’issue aurait été radicalement différente. Face à une pluie de balles, Devonelle n’a pas fui. Il a choisi de devenir un bouclier humain.
Sa famille, effondrée, a trouvé les mots justes sur la page GoFundMe ouverte pour financer les obsèques : « Dans ses derniers instants, il a montré un courage et un amour incroyables — utilisant son propre corps pour protéger son bébé de 8 mois. » Une phrase sobre qui résume tout. Mais derrière cette phrase, il y a un homme dont le portrait commence à peine à se dessiner.
Père de 11 enfants, frère de 11 frères et sœurs
Devonelle Brimage n’était pas un inconnu dans sa communauté. Père de onze enfants, frère de onze frères et sœurs, il était décrit par ses proches comme un « père dévoué, un frère aimant, un fils présent ». Le genre de profil que l’on retrouve au centre de familles nombreuses et soudées, où chacun compte sur l’autre.
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« Il comptait énormément pour tous ceux qui le connaissaient », a précisé la famille dans son appel aux dons. L’ampleur du deuil dépasse largement le cercle familial immédiat. Onze enfants se retrouvent aujourd’hui sans père. Le plus jeune, ce bébé de huit mois, ne saura jamais par lui-même ce que son père a fait cette nuit-là. Il l’apprendra par les autres.
Des cas comme celui-ci, où un parent sacrifie sa vie pour protéger son enfant, marquent durablement les communautés. Ils posent aussi une question que personne n’a envie de se poser : qui a tiré, et pourquoi ?
Une enquête encore dans le flou
Le département de police de Plymouth a confirmé que l’affaire restait « sous investigation active ». L’enquête est menée conjointement avec le Bureau d’investigation de l’État de Caroline du Nord (SBI) et le bureau du shérif du comté de Washington. Trois entités mobilisées, ce qui donne une idée de la gravité de l’affaire.
Pour l’instant, aucun suspect n’a été publiquement identifié. Aucun mobile n’a été communiqué. On ne sait pas combien de tireurs étaient impliqués, ni si Devonelle Brimage était spécifiquement visé ou s’il s’agit d’une attaque plus large. Le passager de 38 ans, blessé à l’arrière du véhicule, est hospitalisé, et son état exact n’a pas été précisé depuis.
Ce silence des autorités n’est pas inhabituel dans les premières phases d’une enquête pour homicide aux États-Unis. Mais il laisse la famille dans une attente insupportable. Comme dans d’autres drames par arme à feu, les proches doivent faire leur deuil sans connaître la vérité.

Un appel aux dons qui peine à décoller
La cagnotte GoFundMe lancée par la famille affiche un objectif modeste : 5 000 dollars. De quoi couvrir les frais funéraires de base, sans plus. À ce jour, un peu plus de la moitié de cette somme a été récoltée. Pour une famille de cette taille, frappée par un tel drame, le montant paraît dérisoire.
« Si vous ne pouvez pas faire de don, partager cette cagnotte compterait tout autant », a imploré la famille. Un appel qui résonne avec la réalité économique de Plymouth, ville rurale où le revenu médian est bien en dessous de la moyenne nationale américaine. Les familles victimes de violences par armes à feu aux États-Unis se retrouvent souvent face à un double traumatisme : le deuil, puis la facture.
Les obsèques d’un adulte aux États-Unis coûtent en moyenne entre 7 000 et 12 000 dollars. Avec un objectif de 5 000 dollars à peine atteint de moitié, la famille de Devonelle Brimage devra vraisemblablement combler la différence par ses propres moyens. Onze enfants orphelins de père, une communauté sous le choc, et une cagnotte qui stagne.
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Ce que ce drame dit de la violence armée en Amérique
Chaque année, plus de 48 000 personnes meurent par arme à feu aux États-Unis, selon les données du CDC. La Caroline du Nord figure régulièrement parmi les États les plus touchés, avec un taux de décès par arme à feu supérieur à la moyenne nationale. Plymouth, malgré sa taille réduite, n’échappe pas à cette réalité.
Le cas de Devonelle Brimage est particulièrement glaçant parce qu’il concentre tout : la banalité du lieu (une allée de maison), l’heure tardive, la présence d’un nourrisson, et un père qui n’a eu que quelques secondes pour réagir. Il n’a pas couru. Il n’a pas crié. Il s’est replié sur son enfant. Un geste comparable à celui de cette femme qui s’était jetée sur un enfant lors de l’attaque de Sydney.
En France, où les fusillades de ce type restent heureusement plus rares, des drames impliquant des enfants et des armes surviennent pourtant aussi, rappelant que la violence aveugle ne connaît pas de frontières.
Un bébé vivant, un père mort : l’image qui reste
Il y a des faits divers que l’on oublie après la lecture. Et il y a ceux qui vous serrent la gorge pendant des heures. L’image de cet homme de 36 ans, recroquevillé dans l’habitacle de sa voiture, criblé de balles, les bras toujours refermés sur un nourrisson qui respire encore — cette image-là ne s’efface pas facilement.
Devonelle Brimage n’aura pas vu grandir ses onze enfants. Mais son dernier geste, celui d’un père qui transforme son corps en rempart, restera gravé bien au-delà de Plymouth, Caroline du Nord. « Cet acte à lui seul en dit long sur l’homme qu’il était : désintéressé, protecteur, et rempli d’amour pour sa famille », a résumé sa famille.
Le bébé de huit mois est sorti de l’hôpital. Il porte peut-être des cicatrices, mais il est vivant. Et un jour, quelqu’un devra lui raconter pourquoi.
