Nuit de pluies torrentielles en Corse : un couple de septuagénaires emporté dans sa voiture, leur fille s’en sort

La Corse a passé une nouvelle nuit sous des trombes d’eau. Entre jeudi 5 et vendredi 6 novembre, la montée des eaux a viré au drame sur une route que des milliers d’automobilistes empruntent chaque semaine. Un couple de septuagénaires n’est pas ressorti de sa voiture, alors que leur fille, elle, a pu être sauvée. Voici comment la situation a basculé, et ce que les autorités disent de la suite.
Porto-Vecchio sous les eaux : 160 personnes évacuées avant le drame
Pour comprendre cette nuit, il faut remonter à mercredi. Depuis ce jour, un épisode méditerranéen touche la Corse, mais aussi l’Hérault et le Gard, avec de forts cumuls de pluie. Selon Météo-France, les précipitations ont atteint localement 350 millimètres, soit l’équivalent de plusieurs mois de pluie dans certains secteurs.
Dès jeudi, la région de Porto-Vecchio a pris l’eau. Plusieurs quartiers ont été submergés, des habitations envahies, de nombreuses routes coupées. Plus de 160 personnes avaient déjà été évacuées, certains sinistrés trouvant refuge dans un gymnase municipal.
La violence des crues a même provoqué l’effondrement du pont de Bala, sur la route de Murateddu. Des établissements scolaires ont fermé, plusieurs axes ont été interdits et des centaines de foyers se sont retrouvés sans électricité.
Les deux départements corses étaient placés en vigilance orange pour pluie-inondation. Et la façade orientale restait particulièrement exposée.
Dans l’Extrême-Sud, 85 pompiers étaient mobilisés face à de nouveaux orages, capables d’apporter jusqu’à 100 millimètres supplémentaires. Ces orages, justement, ont frappé dans la nuit. Les images qui circulent déjà sur les réseaux, comme celle d’un habitant filmant les crues à Porto-Vecchio, donnent la mesure de ce qui se jouait. Un autre déluge corse avait déjà battu un record national. Mais que s’est-il passé exactement sur la route territoriale 10 ?
Une chaussée submergée, un courant, et 1 h 45 d’alerte
Il est environ 1 heure du matin. Sur l’extrême sud de l’île, des pluies torrentielles s’abattent sans répit. Une femme d’une cinquantaine d’années conduit, après être allée chercher ses parents à l’aéroport de Figari.
Tous trois roulent sur la route territoriale 10, entre Bonifacio et Porto-Vecchio. Sur un tronçon recouvert d’eau, la voiture est surprise par la montée du niveau, puis entraînée par le courant.
Les secours sont alertés vers 1 h 45. Ils engagent une intervention décrite comme particulièrement délicate, dans des conditions que le ministre de l’Intérieur qualifiera lui-même de difficiles. Dans le noir, avec un courant fort, chaque minute compte.
Sur place, il faut atteindre un véhicule pris dans l’eau, avec trois personnes à bord. La conductrice parvient à s’extraire de l’habitacle. Mais ses parents, eux, restent prisonniers de la voiture.
On sait aussi que la sécurité civile a engagé un hélicoptère cette nuit-là. Et que les crues de ces derniers jours ne sont pas un cas isolé en Corse, comme l’a montré la tempête Nils dans le sud du pays. Reste à savoir ce que les pompiers ont découvert à l’intérieur du véhicule.
Le bilan, lui, est tombé : deux morts. Les deux septuagénaires ont péri noyés dans leur voiture. Les pompiers ont retrouvé leurs corps à l’intérieur, confirmant un drame que personne n’a pu empêcher.

Hélitreuillage, hypothermie : la fille sauvée et le pompier hospitalisé
Quand les orages frappent fort, les conséquences se jouent en quelques minutes, et cette nuit en Corse en est une illustration glaçante. La conductrice a été prise en charge par les sapeurs-pompiers. Elle a ensuite été évacuée par hélicoptère vers une clinique de Porto-Vecchio.
Ses jours ne sont pas en danger. Dans son message, Laurent Nuñez précise qu’elle a été hélitreuillée par l’hélicoptère de la sécurité civile. Il la décrit comme une femme de 40 ans, alors que d’autres éléments de la source évoquent une cinquantaine d’années. Un écart d’âge qui reste à clarifier.
Autre détail qui en dit long sur les conditions : le sapeur-pompier qui lui a porté assistance a lui aussi dû être pris en charge. Il a été transporté à l’hôpital pour une hypothermie.
Le ministre a salué le courage des sapeurs-pompiers et l’engagement de l’ensemble des forces de sécurité civile et intérieure, sous la direction des deux préfets. Il a aussi appelé chacun à la plus grande prudence et au strict respect des consignes.
Ce drame n’est pas le premier de la série. Moins de trois semaines plus tôt, un automobiliste avait été emporté par une crue à Ghisonaccia, en Haute-Corse, le 20 octobre. Deux épisodes, une même mécanique : une route, de l’eau, une voiture.
Vigilance orange jusqu’à midi : ce que la Corse surveille encore
Le danger n’est pas écarté. Météo-France maintenait la Corse en vigilance orange pluie-inondation jusqu’à 12 h ce vendredi, selon son bulletin de 6 h. En revanche, l’Hérault et le Gard sont sortis de la vigilance orange.
En Haute-Corse, où les cumuls atteignaient déjà 200 millimètres, jusqu’à 150 millimètres supplémentaires étaient redoutés pendant la nuit. Dans le département, 240 sapeurs-pompiers, des gendarmes et des renforts de CRS ont été engagés.
Les autorités appellent les habitants à limiter leurs déplacements. Une amélioration progressive est attendue dans la journée de vendredi, mais les routes coupées et les sols gorgés d’eau resteront un risque. Les épisodes extrêmes bouleversent aussi la gestion de l’eau au quotidien, et la question reviendra.
Pour les sinistrés de Porto-Vecchio, tout reste à faire : retour dans les logements, électricité, routes. Et les habitants savent que d’autres épisodes méditerranéens peuvent survenir. Les scientifiques se demandent déjà si des phénomènes plus violents menacent nos côtes.
Le message officiel est clair : ne jamais s’engager sur une chaussée submergée, même quand elle semble franchissable.
Une route, une nuit, une famille : le drame de la RT10 rappelle qu’une chaussée inondée n’est jamais anodine. Si l’on veut comprendre ce que la nature peut encore réserver, ce que Météo-France annonce de novembre à janvier a de quoi intriguer. Et pour mesurer la violence d’un orage, cette femme emportée par les eaux en descendant d’un bus a vécu une scène qui laisse sans voix.