Anne-Claire Coudray et un médecin de l’AP-HP clonés par IA pour vendre un faux remède anti-parasites
Vous scrollez sur Facebook, et voilà la présentatrice du JT de TF1 qui lance un reportage. Un visage rassurant, une voix familière, un témoignage touchant. Sauf que tout est faux, de la journaliste au médecin qui prend ensuite la parole. Derrière cette mise en scène, un produit miracle qui n’existe pas, et un détail que l’AP-HP a tenu à pointer.

Une présentatrice du 20h qui n’a jamais tourné ce reportage
À l’ère de l’intelligence artificielle, fabriquer un faux contenu de toutes pièces est devenu à la portée de n’importe qui. Les escrocs l’ont compris très vite. Sur les réseaux sociaux, l’une de leurs armes préférées porte un nom : le deepfake.
Le principe est simple, et redoutable. On crée une vidéo dans laquelle une personne célèbre dit ou fait exactement ce que souhaite l’arnaqueur. Le visage est là, la voix aussi, l’illusion tient assez longtemps pour faire cliquer.
Plusieurs personnalités ont déjà dû prévenir que leur image avait été détournée, le plus souvent pour vendre de faux biens ou de faux services. C’est le cas de Giorgia Meloni, visée par des images truquées, qui avait réagi publiquement.
Cette fois, c’est Anne-Claire Coudray qui se retrouve embarquée malgré elle. Fait notable : ce n’est pas la présentatrice du JT de TF1 qui a donné l’alerte.
Selon Le Parisien, l’information vient de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et de l’université de la Sorbonne. Car la journaliste n’est pas la seule personne dont l’identité a été détournée dans cette vidéo.
Qui d’autre y apparaît, et que raconte exactement ce faux reportage ? C’est là que l’histoire devient plus inquiétante.
Un faux reportage, un faux témoin, un vrai professeur à qui on fait dire n’importe quoi
La vidéo circule notamment sur Facebook. Elle s’ouvre sur une fausse Anne-Claire Coudray, qui présente un reportage tout aussi inventé. Le décor est celui d’un vrai journal télévisé, ce qui suffit à installer la confiance.
Premier acte : le témoignage d’une femme que l’on dit sauvée par un produit miraculeux contre les parasites. Un récit de guérison, émouvant et sans aucune preuve, exactement le genre de séquence conçue pour toucher quelqu’un de fragile ou d’inquiet.
Le procédé rappelle d’autres pièges relayés par des visages connus. Le présentateur Emilien avait ainsi alerté ses fans sur de fausses pubs créées avec l’IA, preuve que la méthode s’étend à tous les milieux.
Deuxième acte : une prétendue interview d’un médecin. Dans la vidéo, il affirme que les parasites seraient à l’origine de la plupart des maladies, puis vante le traitement en question. Le message est limpide : le mal est partout, la solution est ici.
Ce médecin n’est pas un figurant inventé. Il s’agit du Pr Renaud Piarroux, spécialiste de parasitologie, qui travaille au sein de l’AP-HP et de la Sorbonne. Son image, et sa voix, ont été copiées.
L’AP-HP est catégorique : « Il s’agit incontestablement d’un montage réalisé par intelligence artificielle en utilisant la voix et l’image de ce médecin. » Autrement dit, ni la présentatrice ni le professeur n’ont jamais prononcé ces mots.
Reste la vraie question, celle qui concerne tous les internautes : pourquoi l’institution parle-t-elle de danger, et pas seulement d’escroquerie ?
Le remède miracle n’existe pas, et c’est précisément le problème
Avant de répondre, un détail d’actualité : les faux courriers de l’Assurance Maladie montrent que les arnaqueurs adorent se draper dans une autorité médicale. Ici, ils ont poussé le curseur plus loin, en empruntant le visage d’un vrai professeur.
Premier point, simple et sans appel : un tel remède n’existe pas. Le traitement vanté dans la vidéo n’a aucune existence scientifique. Le discours selon lequel les parasites expliqueraient presque toutes les maladies est un argument de vente, pas une réalité médicale.
Deuxième point, plus grave. L’AP-HP prévient que « la diffusion de tels contenus constitue un véritable danger pour la santé des patients ». Selon l’organisme, ils peuvent conduire des internautes à adhérer à de fausses informations.
Ils peuvent aussi les pousser à recourir à des produits « dont l’efficacité et la sécurité ne reposent sur aucune donnée scientifique ». C’est la phrase clé de l’alerte : le risque n’est pas seulement de perdre de l’argent.
Le piège fonctionne parce qu’il additionne les signaux de confiance. Une journaliste que des millions de Français voient au journal, un médecin rattaché à de grandes institutions, un témoignage de guérison. Chaque élément semble valider l’autre, alors que tous sont fabriqués.
On peut imaginer la situation de quelqu’un qui souffre de troubles persistants et qui tombe sur cette vidéo. Il peut être tenté d’acheter le produit plutôt que de consulter, ce qui est exactement le scénario redouté par l’AP-HP.
Mais l’histoire ne s’arrête pas au signalement. Car la vidéo a été retirée, et pourtant le problème demeure.

Plainte déposée, vidéo retirée… mais d’autres déjà en ligne
Face à cette usurpation, l’AP-HP n’est pas restée silencieuse. Une plainte a été déposée, et la vidéo a été signalée à Meta, la maison mère de Facebook. La plateforme a fini par retirer le contenu.
Victoire ? Pas vraiment. Selon les informations rapportées, d’autres vidéos ont été mises en ligne depuis. C’est la mécanique classique de ce type d’escroquerie : on supprime un contenu, trois autres apparaissent ailleurs.
Cette course de vitesse est difficile à gagner pour les victimes. Il suffit à l’escroc de relancer un montage avec les mêmes visages et les mêmes voix, quelques heures après la suppression.
L’usurpation touche aussi le monde du spectacle. Julien Doré, après Patrick Bruel, a dénoncé un piège voisin sur les réseaux sociaux, avec le même objectif : exploiter la notoriété pour mettre en confiance.
La voix peut elle aussi être copiée. Un banquier italien a ainsi viré 95 millions d’euros après avoir été piégé par un clone vocal généré par IA, ce qui montre jusqu’où ces outils peuvent aller.
Que retenir pour ne pas se faire piéger ? Quelques réflexes de bon sens suffisent souvent : se méfier d’un remède présenté comme miraculeux, d’un témoignage sans source, d’un médecin qui promet de tout guérir.
Autre signal d’alarme : une personnalité qui vante un produit de santé sur un réseau social alors qu’elle n’a jamais communiqué dessus. En cas de doute, mieux vaut en parler à son médecin ou à son pharmacien, et signaler la vidéo à la plateforme.
Ce qui reste à surveiller, c’est la suite judiciaire de la plainte, et la capacité des plateformes à bloquer plus vite les copies. L’AP-HP, elle, a choisi de rendre l’affaire publique pour prévenir le plus grand nombre.
Le message est clair : un visage connu et une voix familière ne prouvent plus rien. Une vidéo ultra crédible peut n’être qu’un montage, et quand il s’agit de santé, le doute doit passer avant le clic.
Si vous pensez qu’un logiciel détecte à coup sûr ces faux, cette vidéo jugée authentique à 80 % par un outil anti-deepfake risque de vous faire changer d’avis. Et si vous vous demandez ce que deviennent vos données une fois volées, six vérifications gratuites à faire sans attendre méritent cinq minutes de votre temps.