Diesel à 1 € le litre à Salzbourg : 136 pleins, 54 000 litres et la carte d’un transporteur croate

Un litre de diesel à 1 €, quand les pompes autrichiennes affichent plus de 2 €. Forcément, ça fait tendre l’oreille. À Salzbourg, un homme de 29 ans aurait fait le bonheur de dizaines d’automobilistes, certains venus avec des jerricans. Mais derrière ce prix de rêve se cachait une carte qui n’était pas la sienne, et un montant qui donne le vertige.
Un rendez-vous dans une station de Salzbourg, des jerricans dans le coffre
Imaginez la scène. Vous roulez en Autriche, le diesel dépasse les 2 € le litre, votre budget grince. Et on vous propose de faire le plein à 1 € le litre.
C’est exactement ce qu’un homme de 29 ans, de nationalité serbe et installé à Salzbourg, aurait proposé pendant plusieurs mois. Les automobilistes l’appelaient d’abord au téléphone. Rendez-vous était ensuite donné dans une station-service précise de la ville.
Sur place, tout se serait passé à la pompe. Les clients remplissaient leur réservoir, parfois des jerricans, pendant que le jeune homme réglait avec une carte de paiement. Le client, lui, versait son euro par litre.
La police de Salzbourg résume l’affaire sans détour sur sa page de recherches : « Il a proposé à des dizaines de personnes de faire le plein de diesel pour seulement un euro le litre dans une station-service déterminée de la ville de Salzbourg. » Des dizaines de personnes, donc. Pas un petit arrangement entre voisins.
Le bouche-à-oreille a visiblement fait son œuvre, car les sommes ont rapidement pris de l’ampleur. L’affaire a fini par remonter jusqu’au parquet de Salzbourg, qui a ouvert une information judiciaire. Cette histoire de plein à prix cassé se raconte aujourd’hui devant un tribunal.
À ce prix-là, on a tous envie de savoir comment c’était possible. Même le décalage des prix du carburant entre pays européens ne permet pas d’afficher un tarif pareil. La réponse tient dans un petit bout de plastique.
La carte d’une entreprise croate, 136 pleins et une addition à cinq chiffres
Selon l’acte d’accusation, tout aurait commencé en septembre 2025. Le jeune homme aurait alors mis la main, par un moyen encore inconnu, sur la carte carburant d’une société de transport basée en Croatie. Il ne lui appartenait évidemment pas.
Ce type de carte sert à régler les pleins d’une flotte professionnelle : camions, utilitaires, véhicules de service. Ici, elle aurait servi à alimenter d’autres véhicules, sans que le transporteur n’en sache rien. Les automobilistes, eux, ne payaient qu’une fraction du prix affiché à la pompe.
Dans un pays où le diesel tourne autour de 2,24 à 2,26 € le litre en moyenne, la tentation est facile à comprendre. Sur autoroute, les prix records qui font trembler les automobilistes poussent aussi à chercher la moindre économie. Mais il y a une marge entre chercher un bon plan et en profiter les yeux fermés.
Reste la question des chiffres, car l’accusation en avance de précis. La carte aurait été utilisée 136 fois entre septembre 2025 et janvier 2026. Elle aurait permis de tirer environ 54 000 litres de diesel.
Le préjudice pour l’entreprise croate est estimé à près de 68 000 euros. Soit, en moyenne, une opération presque tous les jours pendant quatre mois. L’accusé est décrit comme jusqu’ici inconnu de la justice.
Voilà pour le mécanisme. Mais comment 136 pleins ont-ils pu passer inaperçus aussi longtemps, et que reproche exactement la justice autrichienne à cet homme ?

Ce que le tribunal régional de Salzbourg doit trancher
Ce genre d’histoire rappelle que le carburant attire toutes les convoitises, jusqu’au vol de 6 400 litres en une semaine dans le Pas-de-Calais. À Salzbourg, l’affaire est d’un autre genre, plus administrative et plus technique. Elle est désormais entre les mains du Landesgericht Salzburg, le tribunal régional de la ville.
Le trentenaire doit répondre de deux chefs principaux. D’abord, une manipulation frauduleuse de données informatiques. Ensuite, une suppression ou dissimulation de documents.
Le procès a débuté le mardi 29 septembre 2026. Pour l’instant, il ne s’agit que d’accusations. L’homme bénéficie de la présomption d’innocence tant qu’aucun jugement définitif n’a été prononcé.
Les juges devront se pencher sur plusieurs points. L’usage répété de cette carte professionnelle, d’abord. La manière dont ces pleins ont pu passer inaperçus pendant plusieurs mois, ensuite.
Autre inconnue de taille : le moyen par lequel la carte serait tombée entre ses mains. Le dossier le décrit comme encore inconnu. Ce détail pèsera forcément dans les débats.
Autrement dit, le « bon plan » à 1 € n’aurait rien eu d’une promotion. Il aurait reposé sur un paiement que le véritable titulaire de la carte ne maîtrisait pas. Et la facture, elle, a un nom : une entreprise de transport croate.
Pourquoi un diesel à 1 € faisait autant tourner les têtes
Pour comprendre l’affluence, il suffit de regarder les panneaux. En Autriche, le litre de diesel affiche en moyenne 2,24 à 2,26 €, selon les données statistiques citées localement. Dans certaines stations d’autoroute ou zones très fréquentées, il peut grimper jusqu’à 2,60 €.
Les stations plus isolées affichent parfois entre 2,15 et 2,18 € le litre. Et la loi autrichienne n’autorise les stations à augmenter leurs tarifs qu’une seule fois par jour, à midi. Un cadre strict, qui n’empêche pas l’addition de piquer.
Chez le voisin allemand, la réponse politique est différente. Un rabais à la pompe d’environ 17 centimes par litre a été adopté. L’économie est évaluée à environ 39 € pour un automobiliste moyen entre octobre et la fin de l’année, voire 155 € sur douze mois si la mesure durait un an.
En France aussi, la question de l’aide aux automobilistes fait débat. Le gouvernement a ainsi indiqué qu’il étudiait tous les scénarios pour une aide à l’achat de carburant. Les automobilistes cherchent des solutions, parfois légales, parfois non.
Côté distribution, certains alertent sur la fragilité de l’approvisionnement. Michel-Édouard Leclerc parle d’une visibilité limitée à un mois sur l’avenir du carburant. Dans ce climat, un litre facturé 1 € apparaît comme une exception qui attire forcément l’attention… y compris celle de la justice.
Il faudra attendre le jugement pour savoir ce que retiendront les magistrats. D’ici là, une chose est sûre : à Salzbourg, le diesel le moins cher de la ville aurait fini par coûter très cher.
Un plein à 1 € le litre, c’était peut-être trop beau pour être vrai, et l’addition, 68 000 € selon l’accusation, a fini par arriver.
Si cette histoire vous a fait réfléchir à ce qui se passe vraiment à la pompe, l’arnaque invisible qui copie votre carte bancaire en quelques secondes va vous faire regarder votre prochain plein autrement.
Et si vous cherchez comment les ménages encaissent la flambée, la demande faite à des millions de fonctionnaires face au prix du carburant n’est pas la moins surprenante.