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Gims éclaboussé : le réseau « quasi-industriel » soupçonné d’avoir blanchi plus d’un milliard d’euros

Publié par Cassandre le 30 Sep 2026 à 11:25

Le nom de Gims a fait le tour des écrans. Mais derrière l’artiste le plus écouté de France en 2025, les enquêteurs traquent autre chose : une machine à laver l’argent qui aurait tourné pendant des années, loin des regards. Milliers de clients, sociétés fantômes, comptes aux quatre coins du monde. Et un détail troublant sur la clé USB d’une comptable.

DemDem Gims people
@gims – Instagram

Gims, l’arbre qui cache une forêt de 2 000 sociétés

Tout est parti d’une arrestation spectaculaire. En mars 2026, à Roissy, le chanteur est interpellé. L’affaire éclate alors dans les médias, et le public découvre un dossier que la justice instruit pourtant depuis un moment.

Le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) a expliqué que la mise en examen de l’artiste reposait sur des soupçons de « blanchiment de fonds provenant d’activités illégales et la dissimulation de leur origine ». Il évoque aussi « l’utilisation de fonds d’origine illicite aux fins d’investissements immobiliers importants à l’étranger ».

Dans les radars des enquêteurs : le projet Sunset Village, à Marrakech, au Maroc. Le chanteur congolais, depuis sa garde à vue dans cette affaire de blanchiment en bande organisée, a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire.

Sa défense ? Toujours selon une source proche du dossier, il a évoqué en garde à vue un simple « contrat d’image ». Il est présumé innocent, et les faits restent à démontrer.

Mais voilà : pour les enquêteurs, le rappeur n’est pas le cœur du dossier. Il figurerait parmi les bénéficiaires présumés, aux côtés de dirigeants d’entreprises. Reste à comprendre l’ampleur de ce qu’ils décortiquent, et les chiffres donnent le vertige.

Un milliard d’euros et des fausses factures à la chaîne

Début 2026, des sources proches de l’enquête évoquaient quelque 300 millions d’euros blanchis entre 2019 et 2025, pour le compte de « milliers de clients ». Depuis, la fourchette a bondi.

Une nouvelle estimation, rapportée par une source proche du dossier, parle de « plus d’un milliard d’euros depuis 2014 ». Une lessiveuse qui aurait donc tourné bien plus longtemps qu’imaginé.

Selon des éléments de l’Office national anti-fraude (Onaf), la nébuleuse présumée reposerait sur plus de deux mille sociétés. Elles opéreraient des virements sur la base de fausses factures, produites à un rythme « quasi-industriel », vers plus de cinquante entreprises dites « blanchisseuses ».

Ces dernières seraient souvent des coquilles vides : gérants de paille, ni locaux, ni salariés. Pour brouiller les pistes, des sociétés « rebonds », de l’Europe à la Chine en passant par l’Inde, récupéreraient une « grosse partie des fonds ».

À quoi servait tout cela ? Le Pnaco résumait en mars que le réseau offrirait à des dirigeants la possibilité de convertir des fonds en espèces, et de minimiser leurs impôts grâce aux fausses facturations. Une autre source cite « payer des travailleurs non déclarés », des « usages à des fins personnelles », « corrompre ». Mais ces fins « restent à établir ».

Côté corruption, Le Monde avait révélé en juin la mise en examen de Gims pour blanchiment aggravé quelques semaines plus tôt, puis celle de deux policiers. Vingt-deux personnes sont désormais mises en examen. Et parmi elles, un homme est présenté comme la pièce maîtresse.

Clé USB posée près de factures vierges et d'une calculatrice

L’« homme-clé », la comptable et deux surnoms qui intriguent

Ce type de dossier rappelle d’autres affaires de fonds détournés, comme celle où les 100 millions de Kiabi ont été retrouvés. Ici, la question est : qui tient les manettes ?

D’après une source policière, le projet de Marrakech serait porté par un promoteur immobilier marocain, désigné par les initiales L. A. S. Il serait l’« homme-clé » du réseau. On lui reproche la collecte de fonds, la mise en place de sociétés rebonds et des contacts au Moyen-Orient pour garantir des systèmes de compensation.

Son avocat, Me Jérémie Assous, assure que son client a fait part « à plusieurs reprises » de sa volonté d’échanger avec les juges. Il « conteste intégralement » le rôle que lui attribue l’accusation. Et le décrit comme un chef d’entreprise employant plus de 700 personnes au Maroc, aux financements « parfaitement légaux et dûment vérifiés ».

Le Pnaco répond que les juges l’ont « convoqué à plusieurs reprises » sans qu’il se soit « jamais présenté ». Une nouvelle convocation lui a été adressée pour audition dans les prochaines semaines.

Autre figure : « la comptable » supposée du réseau, « cheville ouvrière » selon la source policière. Sa clé USB a ouvert de nombreuses portes, menant à des distributeurs-collecteurs présumés aux alias variés : « Zink Picsou », « Cyra »…

Et c’est là que le dossier prend une tournure inattendue : cette machine mondiale se resserre autour de liens familiaux, à quelques kilomètres de Paris.

Nanterre, Saint-Cloud : le réseau mondial très local

« Zink Picsou », distributeur-collecteur présumé, vit à Nanterre. Il serait en contact avec une société blanchisseuse imputée à l’un de ses cousins éloignés, déjà connu pour une affaire de stupéfiants il y a vingt ans, et domicilié à Saint-Cloud.

Ce cousin est considéré par les enquêteurs comme l’un des « lieutenants » de L. A. S.

« Cyra », qui a grandi à Nanterre, est lui soupçonné d’avoir ventilé près de 232 millions d’euros. Il soutient que son foyer vit avec 700 euros mensuels. Pourtant, selon des éléments d’enquête, il a touché près de 1,4 million d’euros.

Un enquêteur résume : « C’est un blanchiment et de la compensation classiques, mais avec des montants astronomiques et une sophistication jamais vue ». Les policiers veulent comprendre « tous les rouages : organisateurs, bénéficiaires, facilitateurs ».

Un ancien chauffeur, lui, aurait collecté 24 millions d’euros, d’après le titre du Parisien. Les enquêteurs n’ont sans doute pas fini de tirer ce fil, et la suite ne se limitera pas à un chanteur.

Ce qui reste à démêler dans l’enquête

La clé USB de la comptable continue de produire des pistes. Il y a une quinzaine de jours, elle a permis de remonter jusqu’à un homme d’une vingtaine d’années domicilié dans les Hauts-de-Seine.

Selon Le Parisien, il aurait collecté au moins une dizaine de millions d’euros. Il a été mis en examen et écroué, ont confirmé des sources proches du dossier.

Les prochaines semaines s’annoncent décisives : l’audition annoncée de L. A. S. dira s’il se présente enfin devant la justice française. Les juges se disent « très enclins à recevoir ses déclarations ».

Autre chantier : établir à quoi ont réellement servi les fonds. Travailleurs non déclarés, usages personnels, corruption… rien n’est tranché à ce stade, et la présomption d’innocence s’applique à chacun des mis en examen.

Ce genre de dossier montre aussi à quel point l’argent sale peut s’infiltrer dans le quotidien. On l’a vu quand une simple box internet a servi un réseau criminel pendant 17 ans.

Même les grosses fortunes peuvent se retrouver piégées : Dany Boon escroqué de 4,5 millions d’euros en est la preuve. Le nom de Gims a servi de projecteur, mais l’essentiel se joue dans l’ombre, sur des milliers de virements.

Le rappeur a fait la une, le réseau, lui, préférait le silence. Reste à savoir jusqu’où remonte la chaîne. Et si les fausses factures vous intriguent, ce détail dans des commandes Deliveroo qui pourrait coûter 5,5 millions d’euros à Samir Nasri vous montrera comment le fisc s’y prend. Et pour comprendre comment des données peuvent circuler sans contrôle, le piratage des données de millions de Français par un adolescent de 15 ans a de quoi glacer.

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