Ce détail dans ses commandes Deliveroo pourrait coûter 5,5 millions d’euros à Samir Nasri

Il pensait être tranquille à Dubaï, loin des impôts français. Sauf que ses habitudes alimentaires l’ont rattrapé. Un ancien international tricolore, ex-star de l’OM et de Manchester City, est aujourd’hui dans le viseur du fisc à cause d’un détail aussi banal qu’une commande de burger. Le montant réclamé : 5,5 millions d’euros. Bienvenue dans l’affaire la plus absurde — et la plus révélatrice — du moment.
200 commandes Deliveroo en un an : la trace numérique fatale

Samir Nasri, 37 ans, est officiellement résident fiscal à Dubaï. Dans l’émirat, les habitants ne paient quasiment pas d’impôts. Un avantage que de nombreuses personnalités françaises exploitent, comme l’illustre l’exode des influenceurs vers Dubaï. Sur le papier, tout est carré. Sauf que Bercy a repéré un truc.
Près de 200 commandes Deliveroo passées depuis la France en une seule année. Toutes livrées à Paris. Pour le Trésor public, c’est un signal clair : si vous commandez autant de repas dans la capitale, c’est que vous y vivez. Et si vous y vivez, vous devez payer vos impôts ici.
L’ancien milieu de terrain intervient effectivement plusieurs fois par semaine sur le plateau de Canal+, notamment pour commenter la Ligue des Champions. Ce qui, combiné aux livraisons, dessine un tableau assez limpide pour les enquêteurs fiscaux.
5,5 millions d’euros réclamés par le fisc
Selon Les Echos, si les faits sont confirmés, Samir Nasri risque un redressement fiscal massif. On parle de 5,25 millions d’euros de rappel d’impôt sur le revenu pour la période 2020-2022, plus des pénalités. Total de l’addition : 5,5 millions.
Le pied-à-terre parisien de l’ancien footballeur a déjà été soumis à une hypothèque. Certains de ses comptes bancaires ont fait l’objet d’une demande de saisie par le Trésor public. Autrement dit, l’étau se resserre. Dans un contexte où la situation économique française pousse l’État à traquer chaque euro manquant, le fisc ne plaisante plus.
De son côté, l’ex-international aux 41 sélections dément les faits qui lui sont reprochés. Mais la montagne de preuves numériques risque de peser lourd dans la balance.
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« C’est con » : les chroniqueurs n’en reviennent pas

L’affaire a fait réagir sur le plateau des Grandes Gueules, sur RMC, lundi 6 avril 2025. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que personne n’a épargné l’ancien joueur.
Bruno Poncet, syndicaliste et cheminot, a résumé l’absurdité de la situation : « Je suis étonné que personne ne lui ait expliqué que défiscaliser à Dubaï, c’était pas bien, mais que surtout il ne fallait pas commander sur Deliveroo. » Avant d’ajouter qu’il aurait suffi de mettre une autre adresse ou de commander via le compte d’un ami.
L’éducateur Abel Boyi, lui, n’a pas mâché ses mots : « C’est con. Tu commandes Deliveroo, envoie quelqu’un. On avait des grands hommes politiques qui commandaient de la cocaïne en envoyant leur chauffeur, donc pour du Deliveroo tu peux envoyer quelqu’un. » Il a aussi souligné que la présence régulière de Nasri sur les plateaux TV rend sa défense encore plus compliquée. « Il commente beaucoup de soirées Ligue des Champions, il va avoir du mal à prouver qu’il n’est pas résident français. »
Un cas loin d’être isolé
Barbara Lefebvre, enseignante et chroniqueuse, a apporté un éclairage plus large. Selon elle, les services fiscaux ont d’abord repéré les allers-retours fréquents de Nasri en France pour ses activités télévisées. Les factures Deliveroo sont venues confirmer leurs soupçons.
« Je pense qu’il n’est pas le seul dans le sport et dans la politique à vouloir défiscaliser dans les pays du Golfe », a-t-elle lancé sur RMC. Un constat partagé par beaucoup, alors que les critiques envers les exilés fiscaux de Dubaï se multiplient. D’autres personnalités du monde du sport et du divertissement sont également dans le collimateur, comme le rappeur Gims, récemment mis en examen pour blanchiment aggravé.
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L’enseignante a aussi pointé un angle social que personne n’avait soulevé. « On a compris qu’il ne savait pas se faire à manger, mais il ne se pose pas la question du nombre de livreurs qu’il a exploités en faisant Deliveroo, tous ces sans-papiers sur des vélos qui sont des esclaves modernes. » Elle a renvoyé au film « L’histoire de Souleymane », primé au Festival de Cannes 2024 et aux César 2025, qui raconte justement le quotidien d’un livreur sans-papiers à Paris.
Quand le numérique trahit les fraudeurs

Cette affaire illustre un tournant majeur dans la lutte contre la fraude fiscale. Aujourd’hui, chaque commande en ligne, chaque transaction par carte, chaque géolocalisation laisse une empreinte. Le fisc français a considérablement musclé ses outils de détection ces dernières années. En croisant les données des plateformes numériques avec les déclarations fiscales, Bercy peut reconstituer votre vie quotidienne avec une précision chirurgicale.
Les impôts représentent un sujet brûlant pour les Français, surtout quand on voit que certains impôts risquent de faire leur retour et que la taxe foncière ne cesse d’augmenter. Dans ce contexte, voir une ex-star du foot tenter d’échapper au fisc depuis Dubaï — et se faire coincer par des commandes de sushis — ne passe pas inaperçu.
La morale de l’histoire
Samir Nasri a marqué 5 buts en équipe de France. Il risque aujourd’hui d’en encaisser un beaucoup plus douloureux. Le plus fou dans cette affaire, c’est que ce n’est ni un informateur, ni une enquête bancaire complexe, ni un lanceur d’alerte qui l’a trahi. Ce sont des pizzas, des burgers et des poke bowls livrés à domicile.
Pour rappel, les 212 repas Deliveroo commandés sur le sol français ont suffi à construire un dossier solide. À l’heure où les annonces fiscales se multiplient, cette affaire envoie un message clair : les traces numériques sont les mouchards les plus efficaces du XXIe siècle. Et même depuis Dubaï, personne n’est à l’abri d’un coup de filet du fisc français.